Grippe aviaire : H5N8, virus de l’innovation ?

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Pour combattre voire faire reculer les crises liées aux virus aviaires, la filière d'élevage de palmipèdes et de volailles du Sud-Ouest va devoir innover, c'est une des convictions de Dominique Graciet, président de la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, qui faisait sa rentrée médiatique ce matin à Bordeaux.
Pour combattre voire faire reculer les crises liées aux virus aviaires, la filière d'élevage de palmipèdes et de volailles du Sud-Ouest va devoir innover, c'est une des convictions de Dominique Graciet, président de la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, qui faisait sa rentrée médiatique ce matin à Bordeaux. (Crédits : Pascal Xicluna / Min. Agriculture)
Catastrophique sur le plan de l’économie de la filière, traumatisante pour les femmes et les hommes éleveurs de canards et de volailles, l’influenza aviaire sera-t-elle une opportunité en matière d’innovations pour le secteur ?

Dit ainsi, cela ressemble à une provocation tant la situation des éleveurs de volailles et palmipèdes du Sud-Ouest est difficile, mais le fait est que les deux crises sanitaires liées aux grippes aviaires qui se sont succédé en un peu plus de 12 mois vont pousser la filière à innover. Question de survie d'une économie et d'une production sous label de qualité qui fait la différence sur le marché.
Lors de sa rentrée médiatique, ce vendredi matin, le président de la Chambre d'agriculture Nouvelle-Aquitaine, Dominique Graciet, a mis l'actuelle crise sanitaire au cœur de son intervention.
Il faut dire qu'il y a de quoi car après un répit de huit ans, fin 2015, la filière d'élevage de volaille et de palmipèdes du Sud-Ouest était confronté cette fois à un virus endémique qui avait conduit à euthanasier 9 millions de canards et établi un vide sanitaire de plusieurs mois qui avait réglé le problème, mais balloté sérieusement l'économie du secteur. Une nouveau répit de très courte durée puisqu'en novembre 2016, dans l'Aude cette fois, un nouveau foyer de grippe aviaire H5N8, hautement pathogène, transporté par les oiseaux migrateurs cette fois, était détecté.
Aujourd'hui, 114 foyers de ce virus sont recensés, dont 64 dans le Gers, 22 dans les Landes, 3 dans les Pyrénées-Atlantiques et 3 dans le Lot-et-Garonne. Dans la première phase de lutte contre la propagation du virus, 800.000 canards vont être euthanasiés dans les quatre abattoirs dédiés qui sont au plus près des territoires concernés. Ce chiffre atteindra 1,4 million de têtes d'ici la fin de l'opération de lutte... si d'autres foyers ne voient le jour d'ici là.

Cages et trappes high tech ?

"Nous ne pouvons pas continuer à jouer les pompiers face aux crises successives", explique Dominique Graciet. "L'Etat qui débloque entre 14 et 30 M€ chaque année pour aider la filière à absorber la crise sanitaire ce n'est pas possible durablement", assure le président qui plaide pour la création d'un fonds de mutualisation sanitaire de l'élevage.

Un système assurantiel qui pourrait être rendu obligatoire par l'Etat pour les agriculteurs.

"Dans toute la filière il faudra bien sûr intégrer le surcoût pour la production du coût de l'assurance dans les prix."

Outre l'assurance obligatoire, le président de la Chambre d'agriculture Nouvelle-Aquitaine (100 collaborateurs, trois sites à Bordeaux, Limoges et Poitiers) note que la lutte contre la grippe aviaire se heurte aux limites des matériels employés par la filière.

"Certains bâtiments d'élevage sont impossible à nettoyer du virus. Il faut prévoir des enveloppes pour détruire et reconstruire de nouveaux bâtiments. Certains systèmes de cages aussi sont impossibles à débarrasser d'un virus. Nous devons mettre au point des cages avec des trappes innovantes, faciles à nettoyer. Nous devons aussi penser à de nouvelles matières pour les futurs systèmes de cages car certains matériaux utilisés deviennent poreux, et donc impossibles à désinfecter totalement."

"Je plaide pour un cluster de bio-sécurité"

Un dossier des cages dont s'est emparé le GIP Agrolandes, créé par le Conseil départemental des Landes, qui planche sur l'innovation dans le monde agricole. "On y cherche la solution, et on l'a peut-être trouvée puisqu'actuellement 2.000 tests de trappes innovantes sont réalisés", assure Dominique Graciet.
Le système de nettoyage lui-même doit faire l'objet d'innovations.

"L'eau qui est utilisée pour nettoyer doit atteindre 70° et il faut aussi commencer à étudier ce que l'on fait de l'eau usée liée au process de désinfection... Nous devons aussi nous poser la question de la vaccination. De quelle manière peut-on innover dans ce domaine ? Je plaide pour la mise en place d'un cluster d'entreprises qui serait consacré à cette problématique de la bio sécurité", glisse le président de la chambre d'agriculture régionale.

Le chantier est énorme, des innovations en matière de process ont été introduites dans les modes de transports des productions volaillères, elles ont coûté environ 25 M€  aux acteurs de la filière.
Les innovations devront sans doute également concerner les mouvements des cages elle-mêmes qui pourraient se voir doter de puces pour enregistrer tous les mouvements de cages et renforcer au maximum la traçabilité de la filière.
Les crises sanitaires se succédant, cette filière  n'a pas encore eu le temps d'adapter totalement son process.
C'est d'autant plus compliqué qu'elle n'envisage pas une seule seconde de le faire en mettant en péril ce qui fait sa différence sur le marché : la production sous label de qualité.

"Il faut sauver l'élevage de plein air qui est, via la production sous label, l'ADN de notre filière régionale."

Ce sauvetage passera vraisemblablement par l'innovation, à condition que cette dernière permette aussi à la filière du Sud-Ouest de rester compétitive tout en étant rentable.

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