Digital Factories : moteur d'innovation ou cimetière à idées ?

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(Crédits : Pixabay)
[OPINION] Le CAC 40 compte au moins 18 Digital Factories en 2019 - six fois plus qu'en 2015. Construites avec la promesse d'accélérer (pour de bon) les projets et initiatives portées en interne, rares sont les grands groupes qui ne se sont pas dotés d'une de ces "machines à innovation". Cinq ans plus tard, on attend toujours la disruption promise. Les Digital Factories n'étaient-elles qu'un mirage ? Bilan. Par Mehdi Dziri, directeur de projet chez Fabernovel.

Selon une étude de 2018, seulement 20% des grandes entreprises ont un taux de transformation supérieur à 50 % sur leurs POCs (proof of concept). Pas de boom d'innovation ni de compétitivité donc. Ceux qui continuent à disrupter les usages ? Les startups. Pourquoi, alors même qu'elles adoptent leurs méthodes et bonnes pratiques, les Digital Factories n'y arrivent-elles pas ? C'est que, dans la pratique, l'exécution du modèle s'avère complexe - et il devient bien plus souvent moteur de déceptions que d'opportunités. Rythme, accessibilité, intégration et valeur business - pour ne citer qu'elles : les limites sont nombreuses. Mais elles peuvent être contenues. A condition d'apprendre des premiers échecs.

Sans positionnement ou objectifs définis, la Digital Factory tourne dans le vide.

La Digital Factory : une usine qui fait beaucoup de bruit mais qui produit peu. Plusieurs années après leur ouverture, beaucoup d'acteurs désillusionnés souffrent de n'en voir sortir que des POCs ou des produits simplement digitalisés, peu pertinents pour leurs usages réels. Entre usine à projets digitaux, lab d'exploration, espace d'acculturation, la Digital Factory a du mal à trouver sa vraie vocation. Ses visages sont nombreux - alors qu'il devrait être unique. Il ne suffit pas de la penser comme une usine miracle qui fera émerger des solutions. Elle doit être construite pour servir un véritable enjeu - interne ou business. Cellule de R&D, usine à outils métiers ou lanceur de nouveaux business, il faut choisir.

L'équation entre le débit d'entrée et de sortie de la Factory est clé.

La majorité des Digital Factories aujourd'hui sont saturées. Des idées, initiatives et projets à outrance - avec très peu de projets concrets à la sortie. A croire que le succès d'une Factory se mesure par son volume de projets à l'entrée. Il est urgent de mieux qualifier les projets entrants en ayant clairement défini son rôle et ses objectifs. Et une fois sélectionnée, il faut mettre en place les méthodologies pour arbitrer rapidement son potentiel business : tester, étudier, sonder pour mieux l'abandonner si nécessaire.

Un mirage ?

Loin d'une usine à POCs, le rôle de la Digital Factory doit être celui de concrétiser et passer à l'échelle des projets - et non de les multiplier. Et ce passage à l'échelle, qui doit être l'indicateur principal de réussite d'une Factory, se prépare dès sa création.

Si l'ambition de la Factory est d'accélérer et industrialiser la numérisation de l'entreprise, alors les liens entre Factory et "corporate" doivent être intimement tissés en amont. Avec les métiers et le business d'abord, qui doivent alimenter et diriger les actions de la Factory pour assurer la pertinence des solutions, et donc leur compréhension et adoption à l'échelle de l'entreprise. La pertinence technique des solutions accélérées est aussi essentielle en étant opérée de concert avec la DSI pour assurer la survie des projets.

Si l'objectif de la Factory est de créer et lancer des nouvelles lignes de business, on parlera d'un start-up studio corporate. Mais la question n'est pas tellement celle du vocabulaire, que des implications sur son opération et, surtout, les moyens humains et financiers engagés pour lui permettre de performer. Et parce que l'exécution prime sur l'idée, le recrutement d'un entrepreneur expérimenté en résidence dans le start-up studio est indispensable.

La Factory n'est donc pas un mirage donc, mais elle est le reflet de l'ambition et de l'investissement qu'on lui donne. Il est urgent que l'on se défasse de l'illusion de "magie" conférée par la Factory : elle ne produira pas seule les idées qui transformeront votre entreprise.

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L'auteur
Mehdi Dziri est Directeur de projet chez Fabernovel. Depuis 2015, il a pour mission de décrypter les modèles économiques de la nouvelle économie (GAFA, start-up et entreprises traditionnelles) et s'en inspirer pour identifier de nouveaux territoires d'innovation et concevoir de nouveaux services pour le compte de ses clients. Il est notamment en charge du programme d'accélération et d'incubation de projets corporate : Fabernovel Studio.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2019 à 15:27 :
Pour faire du changement, il serait aussi utile d'aller voir les méthodes de développement des chinois qui sont dans un mode bien différent du mode occidental. Ce processus différent pourrait venir du fait que le "conditionnel" est un temps qui n'existe pas en chinois à ma connaissance. le "si" se remplace par un "quand" et ça induit une autre façon de développer. Etant donné le niveau en IA atteint, ça doit bien fonctionner aussi

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