Après Ford à Blanquefort : Bordeaux Métropole fait-elle du "logistique bashing" ?

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Jean-Eudes Tesson : Il y a des emplois qui sont nobles et d'autres qui ne le sont pas. Je suis choqué ! C'est de la « logistique bashing » !
Jean-Eudes Tesson : "Il y a des emplois qui sont nobles et d'autres qui ne le sont pas. Je suis choqué ! C'est de la « logistique bashing » !" (Crédits : DR)
Jean-Eudes Tesson, patron du groupe vendéen éponyme, présent en Gironde avec Dartess, sa filiale spécialisée en logistique du vin, coordonnait le plus gros des projets en lice pour acquérir le terrain des Circuits, sur l'ex-site de Ford à Blanquefort, avec 30 millions d'euros d'investissements. Un projet non retenu par Bordeaux Métropole qui a donné la priorité à Hydrogène de France. Jean-Eudes Tesson confie à La Tribune avoir du mal à comprendre l'éviction de son projet à vocation internationale. Décision qu'il analyse comme une position anti-logistique. (réactualisé 20/04/2021).

"Nous avons été surpris d'apprendre la décision retenue pour l'attribution du terrain des Circuits à Blanquefort par la presse. J'en ai parlé à Patrick Seguin, le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux Gironde (CCIBG -ndlr), qui s'est montré tout aussi étonné que moi", regrette pour La Tribune Jean-Eudes Tesson, PDG du groupe vendéen Tesson, aux Sables-d' Olonne, spécialiste de la logistique du vin, qui aurait préféré être d'abord averti par la Métropole.

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Situé à la lisière de l'ex-usine Ford Aquitaine Industries (FAI), en cours de démantèlement, le terrain des Circuits, d'une surface de 12,7 hectares, a été rétrocédé par le groupe Ford à Bordeaux Métropole moyennant un prix de 4 millions d'euros. Somme que la collectivité n'a pas eu à régler mais que le constructeur automobile a retiré des 18 millions d'euros d'aide à la reconversion du site qu'il avait annoncé, soit un prix de l'hectare à 315.000 euros.

Ce qui ne déstabilise pas totalement Jean-Eudes Tesson, qui s'intéresse depuis le lancement de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour le terrain des Circuits, à l'ensemble du périmètre direct de l'ex-usine FAI avec l'association Winelogistics Camplus, qui porte le projet collectif de pôle logistique qu'il défend.

Jean-Eudes Tesson assure qu'il avait gardé une place pour HDF

Ce gros morceau de foncier est toujours à l'agenda du dirigeant de Tesson et de ses associés de Winelogistics Camplus, mais le courrier de Bordeaux Métropole l'informant que c'est Hydrogène de France qui se voit octroyer le terrain des Circuits, enfin une petite partie, a du mal à passer.

"Le comble c'est que nous avions prévu de mettre trois hectares de côté pour répondre aux attentes d'Hydrogène de France, tandis que nous prendrions tout le reste du terrain des Circuits. Personne ne sait de quoi l'avenir sera fait et à qui va aller la dizaine d'hectares restants sur le terrain des Circuits.

Mais lors de notre audition pour ce dossier, on nous a clairement fait comprendre que la préférence de la Métropole irait à des emplois industriels. Autrement-dit il y a des emplois qui sont nobles et d'autres qui ne le sont pas. Je suis choqué ! C'est de la « logistique bashing » ! Pendant l'audition nous avons entendu des remarques qui nous ont fait comprendre que les camions n'étaient pas les bienvenus. Je vous donne des éléments de contexte, ce n'est pas un jugement", pondère Jean-Eudes Tesson.

Remettre Bordeaux au centre du jeu mondial de l'embouteillage

Si l'association Winelogistics Camplus, qui porte le projet de centre d'embouteillage international, a raté la première marche en se faisant éconduire par Bordeaux Métropole, Jean-Eudes Tesson ne renonce pas.

"L'association Winelogistics Camplus a été créée pour se positionner sur le secteur des vins et spiritueux, secteur où nous voulons refaire de Bordeaux une place mondiale. Notre association garde toujours sa raison d'être. Parce que notre projet n'était pas un projet en l'air, sorti d'un chapeau. Il s'appuie sur la forte densité d'entreprises logistiques déjà implantées à Blanquefort parmi lesquelles, en plus de Castel ou de Dartess, se trouve JF Hillebrand, leader mondial en logistique des spiritueux. Notre association a toujours sa raison d'être", veut faire entendre Jean-Eudes Tesson.

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Une densité logistique qui s'impose d'elle-même à Blanquefort

Le terrain de l'usine de l'ex-Ford Aquitaine Industries totalise 88 hectares et Ford essaie de le négocier séparément avec la Métropole. Sans grand succès jusqu'à présent puisque le constructeur automobile américain n'a pas réussi à convaincre les élus de Bordeaux Métropole d'accepter l'installation d'Amazon sur les anciens parkings de l'usine. Si Jean-Eudes Tesson rêve toujours de mettre la main sur cette grosse tranche foncière pour son projet, il n'est pas le seul, et les élus métropolitains vont rester en première ligne sur le sujet encore un moment.

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Le groupe Tesson est présent en Gironde par le biais de sa filiale Dartess, spécialiste de la logistique en vins et spiritueux, dont le siège se trouve à Blanquefort et qui porte ce projet de création à Blanquefort d'un pôle d'embouteillage international pour les vins et spiritueux. Le groupe Castel, géant du vin, dont il est le numéro deux mondial, a fait de Blanquefort son quartier général et y a investi plus de 100 millions d'euros entre 2016 et 2019 pour y remettre à niveau ses installations, notamment avec un entrepôt de 34.000 m2 et une unité d'embouteillage de 24.500 m2.

Tesson investit 4 millions d'euros dans un entrepôt à Bruges

Castel fait partie de l'association, tout comme la CCIBG, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) ou encore le Crédit agricole d'Aquitaine et le patron de Tesson ne comprend pas vraiment ce qui a pu passer par la tête des élus. Tellement la pertinence de ce projet logistique est pour lui évidente à Blanquefort. Une ville métropolitaine déjà bien équipées en sites logistiques, située en sortie sud du Médoc (côté estuaire), proche de la rocade et de l'avant-port de Bassens.

Le groupe Tesson se montre de son côté très actif, en particulier à Bruges, près de Blanquefort, où il investit 4 millions d'euros dans l'un de ses trois entrepôts, près de la rocade, mais aussi à Artigues-de-Lussac, à côté de Saint-Emilion, où le groupe vient d'acheter deux hectares de terrain pour construire, ou encore à Saint-Loubès. Dans ce dernier cas, le groupe Tesson est à la recherche de foncier. Autant dire que Jean-Eudes Tesson prend Bordeaux très au sérieux et qu'il n'est pas prêt de renoncer à la puissance internationale de cette marque dans le monde du vin.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2021 à 14:12 :
Mauvais perdant, qui crache dans la soupe. ça c'est clair.
Mais mettez vous à la place de bordeaux métropole.
de la logistique du vin, c'est, au final, très peu d'emplois. et les retombées économiques ou les opportunités pour la région et l'environnement industriel ou commercial sont limitées.
la productions de piles à combustibles, par contre, c'est la création d'un pôle de compétences, des emplois, et aussi l'attraction d'autres entreprises liés à l'utilisation de ces piles à combustibles. secteur d'avenir s'il en est.
entre les 2, qui serait assez fou ou irresponsable pour choisir du stockage de vin..?
surtout que cette activité peut s'implanter ailleurs sans aucun dommage.

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