A Bordeaux Métropole, Alain Anziani remet l'attractivité métropolitaine en selle

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Alain Anziani
Alain Anziani (Crédits : Appa/ Eric Barrière)
Alain Anziani a éclairé de nombreux sujets métropolitains lors de la cérémonie de ses voeux à la presse. A commencer par la fin de la cogestion, la nécessité de relancer en la retouchant la politique d'attractivité de l'agence Invest in Bordeaux, ou encore le rétablissement impératif de la navette aérienne quotidienne Bordeaux-Paris. Alain Anziani a montré à ses opposants de droite et à ses alliés écologistes qu'il est le patron de la Métropole.

Lors de ses vœux à la presse, ce lundi 18 janvier, Alain Anziani, président (PS), de Bordeaux Métropole a balayé un grand nombre de sujets métropolitains en s'attachant à montrer qu'il a une vision parfaitement indépendante des enjeux du territoire. Avec un double message à destination autant de ses opposants de droite que de ses alliés écologistes. A la suite de la sévère attaque qu'il a subi, par presse interposée le 13 janvier dernier, de la part du groupe d'opposition, de droite, Métropole commune, conduit par l'ancien président de Bordeaux Métropole, Patrick Bobet, qui l'a accusé en particulier d'être instrumentalisé par EELV et Pierre Hurmic, le nouveau maire de Bordeaux, Alain Anziani a gardé son calme et choisi la synthèse.

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Il a rappelé que l'année 2020 avait été placée sous les auspices d'une crise sanitaire imprévue, celle du Covid-19, et d'un défi climatique toujours d'actualité, il a souligné qu'il fallait faire les bons choix, pour répondre à la crise sanitaire et relever une double ambition.

"Je veux former un vœu : que nous n'opposions pas développement économique et défi climatique. Parce que nous pouvons atteindre l'objectif du développement durable grâce à l'innovation", a éclairé en substance le président de l'assemblée métropolitaine.

La fin de la cogestion n'est pas un drame, explique le président

Après ce chapeau générique, Alain Anziani a tout de même répondu au chef de file de ses opposants, Patrick Bobet, apparemment très affecté par la fin de la cogestion, qui faisait depuis des dizaines d'années coopérer forces de droite et de gauche. Une rupture inspirée par Pierre Hurmic, allié du PS à la Métropole, et qui horripile Patrick Bobet, qui voit dans cette décision la mainmise des écologistes sur la nouvelle gouvernance de la Métropole.

"Oui Bordeaux Métropole connait de nouveaux équilibres, c'est la fin de la cogestion. Elle doit être pacifique, éviter les chicaneries, les propos polémiques, l'outrance. Je n'hésite pas à dire que j'apprécie le travail qui a été fait par la précédente majorité ainsi que la bonne santé financière de la Métropole. Des temps austères, du moins de sobriété, nous attendent. Nous devrons maîtriser les dépenses de fonctionnement et donc la masse salariale, sinon il sera impossible de poursuivre tous les investissements", a prévenu en substance le président métropolitain.

Alain Anziani a ensuite tenu à recadrer les enjeux de gouvernance entre les 28 communes de la métropole, pour relativiser l'impact réel de la fin de la cogestion.

 Une métropole qui "tourne à plein régime"

"Dans une intercommunalité toutes les communes ont les mêmes droits et j'y veille", a ainsi souligné l'élu. Avant de compléter ce tableau de l'après cogestion par des détails dont il a voulu montrer qu'ils n'avaient rien d'anecdotiques. De la proposition faite par la nouvelle majorité à l'opposition d'assurer trois vice-présidences de commissions, dont celle des finances, à la concertation organisée avant chaque réunion du conseil, en passant par l'organisation, dans le cadre de la loi qui l'a créée, d'une conférence des maires, "qui n'est pas sans pouvoirs. La loi prévoit la réunion de quatre conseils des maires par an, moi j'ai préféré un par mois. Le pacte de gouvernance sera acté en mars prochain... la machine métropolitaine tourne à plein régime", a rassuré Alain Anziani.

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Après être revenu sur les fonds d'aide aux entreprises, le président de Bordeaux Métropole a souligné que la collectivité qu'il dirige n'avait pas oublié de soutenir un des grands moteurs de la croissance : la consommation des ménages, en décidant d'intervenir auprès de plus de 100.000 personnes en difficulté pour leur verser, par le biais de la Caisse d'allocations familiales 5 millions d'euros en bons alimentaires.

Tramway

Le tramway reste un sujet métropolitain de poids (crédits : Agence APPA)

Alain Anziani s'est également attaché à montrer que la Métropole est proche de ses communes et qu'aucune d'entre elles n'est oubliée, illustrant son propos avec les opérations d'aides financées dans deux villes d'opposition, Pessac -pour son quartier populaire Saige Formanoir-, et Talence, avec l'appui à la rénovation de la gare de la Médoquine.

Bordeaux Métropole dans le Top 3 de la congestion

D'où la transition du président sur l'énorme question des mobilités.

"Je dis souvent que la mobilité est un échec. Quand je dis cela je n'accuse personne, car c'est un échec collectif auquel j'ai participé ! Nous avons fait beaucoup de choses mais quand un classement qui dure vous met dans le top trois des agglomérations les plus congestionnées en France, ce n'est pas un hasard. Oui il y a des causes conjoncturelles, mais si l'on regarde le dernier mandat on voit qu'il y a eu beaucoup de réflexions à ce sujet, y compris avec le retour de l'idée de faire un métro" a rembobiné Alain Anziani.

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Ce constat se double d'une autre observation qui ne rassure pas : les habitants de Bordeaux Métropole préfèrent la voiture.

"Pourquoi le covoiturage urbain est-il un échec, à Bordeaux comme ailleurs ? Il faut sans doute jouer avec les entreprises pour que cela puisse être plus efficace" a commenté Alain Anziani, avant de pointer "deux évidences" : tout d'abord il n'y a pas de solution miracle et ensuite il faut désormais construire des réseaux de mobilités de façon circulaire et non plus en étoile.

Les mobilités au centre de la vie métropolitaine

Le piéton, grand oublié des mobilités, le cycliste, avec un réseau en fort développement mais encore dangereux par ses discontinuités, le projet de RER métropolitain Libourne-Bordeaux-Arcachon, qui continue d'avancer grâce à de bons contacts avec la SNCF, la liaison rapide centre-ville (de Bordeaux)-aéroport (à Mérignac), le soutien de la Métropole à la création de nouvelles lignes d'autocars directes en Gironde ou encore l'étude de la mise en place d'une traversée de la Garonne par téléphérique ont ensuite émaillé l'intervention sur les mobilités, dont l'avenir du tram reste le plat de résistance.

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La question des mobilités est aussi une composante clé de l'attractivité, d'une métropole. Ce qui a permis à Alain Anziani d'aborder un sujet à fort potentiel divergent avec ses alliés écologistes : l'attractivité économique de Bordeaux Métropole. Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, a déjà dit tout le mal qu'il pouvait penser de cette stratégie qui consiste à attirer dans la Métropole des investissements d'entreprises qui auraient pu aller ailleurs, et pourquoi pas dans des territoires plus en difficulté.

L'agence Invest in Bordeaux sauvée par Métropole et Région

"L'intercommunalité c'est aussi des ressources. Ne nous plaignons pas trop d'être dans une Métropole attractive. Il s'agit juste de maîtriser cette attractivité. L'agence Invest in Bordeaux a failli fermer. Nous l'avons sauvé avec l'aide de la Région. La Métropole développe des actions structurantes, en particulier avec les opérations d'intérêt métropolitain (OIM) Inno Campus, avec le CHU et l'université, et Aéroparc, avec les projets validés Tarmaq (qui a eu besoin des voix de la droite pour passer -Ndlr) et Space Hub....

La suppression de la navette aérienne Bordeaux-Paris est une bêtise qui relève d'une vision extrêmement parisienne des choses, et qui a très peu d'intérêt sur le plan écologique", a pilonné le président de Bordeaux Métropole, rappelant ainsi que le PS n'est pas EELV même si les deux formations sont alliées.

L'ESS en bonne place dans la feuille de route économique

Le président de la Métropole a souligné que l'agence Invest in Bordeaux ne devait plus se concentrer uniquement sur Bordeaux ou Bordeaux Métropole mais rayonner sur l'ensemble des territoires du département de la Gironde. Seulement 13 % des emplois annoncés en 2019 par Invest in Bordeaux étaient situés en dehors des 28 communes de Bordeaux Métropole. Alain Anziani, qui est le maire de la ville où se trouve l'aéroport international de Bordeaux, a souligné aussi qu'il poursuivait, avec les représentants de l'industrie aérospatiale, une campagne de sensibilisation du gouvernement à ce sujet, qui l'a poussée à écrire au président Macron pour demander une concertation sur la navette vers Orly.

Il a ensuite évoqué la feuille de route du développement économique de la Métropole, sachant que cette compétence relève de la Région, les deux collectivités coopérant de façon active. Après avoir cité les grands secteurs d'activité présents dans la Métropole, Alain Anziani a insisté sur l'importance de l'économie sociale et solidaire (ESS) et annoncé la création d'une foncière qui permettra une installation plus facile des entreprises de ce secteur. Il a terminé son intervention notamment en rendant hommage à Emmanuelle Ajon.

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