Bordeaux Métropole : après Ford, le nouveau propriétaire des Circuits bientôt connu

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Le terrain des Circuits est contigüe à celui de l'ex-usine Ford Aquitaine Industries, fermée l'an dernier.
Le terrain des Circuits est contigüe à celui de l'ex-usine Ford Aquitaine Industries, fermée l'an dernier. (Crédits : Pascal Rabiller)
Bordeaux Métropole et la Région Nouvelle-Aquitaine vont auditionner en novembre les onze porteurs de projets retenus pour développer de nouvelles activités sur le terrain des Circuits, à Blanquefort, ex-propriété du groupe Ford. Un des plus gros projet industriel consiste à refaire de Bordeaux une capitale de l'embouteillage, il est coordonné par le groupe Tesson dont le PDG, Jean-Eudes Tesson, a rappelé à La Tribune l'ambition initiale.

Le président (PS) de Bordeaux Métropole, Alain Anziani, a fait un point d'étape sur le dossier du terrain dit des Circuits, une emprise foncière de 12,7 hectares située dans la zone industrielle de Blanquefort, lors de l'assemblée plénière du 23 octobre.

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Bordeaux Métropole, qui est associé sur ce dossier à la Région Nouvelle-Aquitaine et à la ville de Blanquefort, avec l'appui de deux structures opérationnelles, l'Agence de développement et de l'innovation (ADI) Nouvelle-Aquitaine, et Invest in Bordeaux, a lancé un appel à manifestation d'intérêt (AMI) concernant cette emprise qui a été close le 10 juillet dernier. Plusieurs projets de création de nouvelles activités dans cette zone ont été proposées à la Métropole, l'objectif étant de revitaliser le territoire.

Onze dossiers retenus dont huit liés à l'immobilier

"Nous avons listé et analysé les dossiers proposés. Nous avons un critère : il doit s'agir d'une activité industrielle, pour compenser ce qui a été perdu. Et cette activité doit être non polluante. La première phase de consultation des dossiers est terminée. Nous allons démarrer la deuxième phase avec la Région, avec des auditions des porteurs de projets prévues en novembre", a cadré le président de Bordeaux Métropole.

L'AMI a permis de capter onze dossiers conformes aux objectifs de la Métropole, sachant que trois d'entre eux sont portés par des entreprises désireuses de s'implanter sur place, et que les huit autres sont le fait d'opérateurs immobiliers locaux ou nationaux, intervenant en propre ou en groupement avec des partenaires, qu'ils soient publics ou privés...

Parmi les projets industriels on retiendra celui de la PME girondine Hydrogène de France, qui voudrait installer une unité de fabrication de piles à combustibles sur deux à trois hectares sur le site, un type d'énergie cher au président de la Région, Alain Rousset,. Et surtout celui coordonné autour du monde du vin par Dartess, filiale girondine du groupe vendéen Tesson (350 salariés, 40 millions d'euros de chiffre d'affaires), à Olonne-sur-Mer, spécialisée dans la logistique du vin.

Un groupement intéressé bien au-delà des 12,7 hectares

Comme Jean-Eudes Tesson, PDG du groupe éponyme, a eu l'occasion de le préciser à La Tribune, le projet qu'il porte fédère au départ cinq autres membres fondateurs, qu'il s'agisse du numéro deux mondial du marché du vin, le groupe bordelais Castel, du cluster Inno'vin, du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), du Crédit agricole d'Aquitaine et de la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde (CCIBG). Ce groupement baptisé Winelogistics Camplus est de son côté très ambitieux puisqu'il veut créer sur place un pôle d'envergure mondiale dédié à la logistique des vins et spiritueux.

"Notre groupement est constitué de six membres fondateurs mais il a vocation à s'ouvrir à d'autres arrivants. Nous avons besoin d'acteurs capables de porter et développer ce projet. Nous sommes intéressés par ces 12,7 hectares et puis aussi par les 50 autres hectares qui vont être dépollués", a annoncé sans faux semblant à La Tribune Jean-Eudes Tesson.

Autrement-dit pas question pour les promoteurs de ce pôle de jouer petits bras.

Refaire de Bordeaux le leader mondial de l'embouteillage

Comme le souligne le PDG de Tesson, il s'agit d'afficher une véritable ambition. La mise de base pour ce projet doit démarrer avec la construction de 30.000 m2 d'unité de stockage de vin et un premier investissement de 30 millions d'euros, avec une création de 200 emplois.

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"Comme je vous l'ai dit nous ne nous contenterons pas de ces 12,7 hectares. Ceci étant, nous voulons un projet coconstruit. Notre objectif est de développer un projet au service de la filière, ce qui explique que nous soyons allés voir Castel. Et aujourd'hui nous avons affaire à une anomalie. Bordeaux a été une place portuaire mondiale centrale d'importation des vins, qui venaient ici se faire embouteiller. Et nous voulons restaurer Bordeaux dans ce rôle, au lieu de voir les vins aller se faire embouteiller à Mâcon !", déplôre Jean-Eudes Tesson.

Autre ressort du projet : profiter du durcissement de la loi pour récupérer les stocks de vin qui font "du tourisme fiscal à Londres ou à Genève". Et dans tous les cas le patron de Tesson n'a pas vraiment envie de partager le foncier avec un autre porteur de projet.

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Des négociations avec Ford qui n'ont pas fini de durer

Rappelons que pendant plusieurs semaines, en 2019, le devenir des terrains détenus par Ford à Blanquefort, dont celui des Circuits, a semblé se confondre avec l'avenir de l'usine Ford Aquitaine Industries (FAI), qui fabriquait des boites de vitesses automatiques et que le constructeur automobile américain a fermé.

Le groupe Ford faisait alors miroiter aux collectivités girondines impliquées, dont le Département, la Métropole et la ville de Blanquefort, ainsi que la Région, l'éventuelle rétrocession des 88 hectares de foncier qu'il détenait à Blanquefort, dont les 13 hectares bâtis pour l'usine, moyennant 1 euro symbolique...

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Mais cette option, aussi durable que le carrosse de Cendrillon, s'est vite transformée en citrouille. Car tout bien réfléchi le constructeur automobile américain a finalement décidé de ne rien céder gratuitement ou presque. Et quand il s'y est résolu, le groupe Ford a réussi dans le même temps à faire un cadeau aux collectivités tout en générant une explosion des prix.

Un terrain des Circuits rétrocédé pour 315.000 euros l'hectare

C'est après avoir annoncé un investissement de 20 millions d'euros pour aider à la reconfiguration de l'ancien site industriel de FAI par les collectivités, que Ford a précisé qu'il acceptait de rétrocéder le terrain des Circuits aux collectivités. Le groupe Ford à ensuite annoncé qu'il ramenait son aide aux collectivités de 20 millions à 18 millions d'euros.

Et puis le groupe de Dearborn (banlieue de Détroit) a précisé un peu plus tard qu'il cédait les 12,7 hectares de terrain aux collectivités moyennant un recul de son aide initiale de 18 millions à 14 millions d'euros. Toute cette opération n'a rien coûté aux collectivités. Mais si l'on retient que ces 12,7 hectares ont été, de façon un peu théorique c'est vrai, rétrocédés aux collectivités moyennant une contrepartie de 4 millions d'euros, on s'aperçoit que Ford a virtuellement vendu son terrain des Circuits à 315.000 euros l'hectare. Ce qui est assez éloigné de l'offre de départ.

Le président d'Alain Anziani ne cache pas que les négociations sont tendues. Ford voulant vendre ses terrains au meilleur prix et Bordeaux Métropole voulant du foncier à aménager. La tension est d'autant plus forte que cet été la Métropole a interdit la vente des anciens parkings de FAI pour y installer une base logistique d'Amazon.

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Commentaires
a écrit le 27/10/2020 à 10:58 :
Bordeaux est déjà la capitale de l'embouteillage hein...

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