A Bordeaux le centre d'architecture Arc en Rêve tourne la page

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Evolution de l'architecture et de la ville sont au coeur des préoccupations d'Arc en Rêve.
Evolution de l'architecture et de la ville sont au coeur des préoccupations d'Arc en Rêve. (Crédits : Barré-Lambot)
Les fondateurs et dirigeants du centre d'architecture Arc en Rêve, à Bordeaux, Francine Fort et Michel Jacques, se retirent. Un nouveau directeur va être recruté. Cette association, dont les expositions et conférences ont toujours été ouvertes sur le monde, a un vrai rayonnement international. L'architecte Rem Koolhaas, qui lance à New York une exposition consacrée à la campagne (Countryside, The Future), aurait décidé d'organiser le volet européen de cette manifestation à Bordeaux, au centre d'architecture Arc en Rêve.


L'association Arc en Rêve-centre d'architecture, créée à Bordeaux en 1981, entame un virage historique avec le départ de ses deux cofondateurs et codirigeants : Francine Fort (directrice générale) et Michel Jacques (directeur artistique). Un nouveau directeur est en cours de recrutement tandis que le président de l'association, Denis Mollat, patron de la Librairie Mollat, la plus grande de France, a transmis son fauteuil présidentiel à François Brouat, directeur de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville. Diplômé de l'Ena, François Brouat a en particulier piloté la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) d'Aquitaine à partir de 2003.

"Denis Mollat m'a prévenu cet été qu'il quittait la présidence d'Arc en Rêve et m'a proposé de le remplacer. Je lui ai dit oui car j'avais envie de soutenir ce projet d'Arc en Rêve dans ce moment inédit, un peu délicat. Je vis cette présidence dans un moment de transition. Nous devons assurer un bon recrutement du futur directeur, trouver le bon profil, dans de bonnes conditions. Il n'y a pas d'autres villes en France ayant une structure comme Arc en Rêve et très peu en Europe", déroule François Brouat.

Une audience qui dépasse le cadre des architectes

Organisateur d'expositions, conférences et ateliers, le centre d'architecture Arc en Rêve monte aussi « des expérimentations », qui sont un autre moyen d'aborder les problèmes posés en partenariat avec les acteurs de l'aménagement (élus, maîtres d'ouvrage privés et publics). Les grands projets urbains se font par le biais d'appels d'offres internationaux et le monde de l'architecture est intellectuellement internationalisé depuis des lustres. Aussi les dirigeants d'Arc en Rêve n'ont jamais oublié d'inviter de grandes pointures internationales à leurs conférences tout en s'efforçant de populariser les enjeux liés à l'architecture.

"Quand nous invitons des architectes réputés nous rassemblons 200 à 800 participants, dont 100 à 150 architectes : tout le reste c'est du public. Et quand nous avons 200 personnes, il n'y a pas plus de 20 architectes" a expliqué Francine Fort.

En une quarantaine d'année d'existence l'association Arc en Rêves s'est fait connaître bien au-delà du monde des architectes. Même si l'action de ce centre d'architecture, qui organise de nombreuses expositions et réflexions sur l'architecture, n'occupe pas forcément le devant de la scène médiatique.

La crise fondatrice du projet de Ricardo Boffil

Interrogée sur l'impact concret des actions menées par Arc en Rêve, pour la défense de l'architecture, Francine Fort, répond, après avoir souligné que l'on ne peut pas diriger un centre d'architecture comme celui-là sans capacité d'action sur le local.

"L'action d'Arc en Rêve a permis de remettre en question le projet Boffil sur la Rive droite, qui nous désespérait, mais aussi de peser sur la future utilisation des quais, où il y avait encore des grilles qui empêchaient le public d'y pénétrer et pour lesquels le port et la chambre de commerce avait leurs propres projets" pointe Francine Fort.

Avec son projet, Ricardo Boffil aurait littéralement effacé la partie gauche de l'avenue Thiers donnant sur la Garonne (depuis la place Stalingrad vers le parc aux Angéliques), un quartier alors très abimé où se trouvaient notamment les ruines de la gare d'Orléans (dans le périmètre desquelles a été construit le complexe Megarama), pour reconstruire une sorte de quartier néo-classique à l'improbable architecture monumentale, face à la place des Quinconces.

Francine Fort n'est pas revenue en détail sur cet épisode marquant des années 1980 mais c'est bien Arc en Rêve qui, en organisant en 1989 une exposition sur le sujet, avec de nouvelles propositions faites par des architectes poids lourds comme Rem Koolhaas ou Jean Nouvel, alors que l'affrontement entre pros et anti-Boffil était à son comble, va convaincre le maire de Bordeaux, Jacques Chaban Delmas, de mettre fin au projet Boffil.

Le temps du réajustement budgétaire

Aujourd'hui l'association, qui emploie 18 salariés (intérim et temps plein compris), disposait jusqu'il y a peu d'un budget annuel de fonctionnement de « plus ou moins 1,5 M€, qui a été ramené autour de 1,2 M€ » selon Francine Fort, abondé à 40 % par la mairie de Bordeaux et Bordeaux Métropole, la Région Nouvelle-Aquitaine participant au financement, de même que l'Etat. Arc en Rêve n'échappe pas aux restrictions budgétaires mais n'aura pas à fusionner avec son imposant voisin de palier, le musée d'art moderne du CAPC, l'autre occupant de l'Entrepôt Lainé.

En plus de participer au financement de l'association, la mairie de Bordeaux est propriétaire du bâtiment et la voix de Fabien Robert, l'élu municipal responsable de la culture, a du poids.

"Pour assurer la pérennité d'un projet sur l'architecture il faut qu'il soit financièrement autonome. Ensuite le reste peut se discuter. La Ville dit vous êtes dans le même lieu (que le CAPC -NDLR) vous pouvez mutualiser... Auparavant nous faisions de la mutualisation de façon informelle parfois. Désormais il faut en préciser les conditions" analyse Francine Fort;

Elle tient à souligner aussi ne pas avoir de problème avec la mairie. "Nous ne nous opposons pas à Fabien Robert ni aux autres élus, qui sont associés à notre démarche".

Obtenir l'espace de la nef pour Rem Koolhaas

Le recrutement du nouveau directeur est en cours. Arc en Rêve a validé 20 candidatures qui vont être épluchées en détail. De son côté François Brouat se montre emballé par sa fonction de président d'Arc en Rêve parce que pour lui Bordeaux est une ville qui respire l'architecture et qui prend très au sérieux cette discipline.

Rem Koolhaas en faisant savoir, comme l'a souligné Francine Fort, qu'il voulait organiser à Bordeaux et à Arc en Rêve le volet européen de son exposition new yorkaise « Countryside, The Future », qui aura lieu au musée Guggenheim (du 20 février au 14 août), le confirme. Le problème c'est que cette exposition, qui a nécessité deux ans de recherche tout autour du monde, a été changée une première fois de date et qu'Arc en Rêve a besoin des 2.000 m2 de la nef du CAPC...

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