Alain Rousset veut une BPI régionalisée ou un fonds d'investissement

Par Mikaël Lozano  |   |  779  mots
Alain Rousset, président du Conseil régional d'Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (Crédits : LTB / Mikaël Lozano)
Le président, élu en décembre dernier, du Conseil régional Aquitaine Limousin Poitou-Charentes proposera demain à Paris que soit expérimentée une "BPI régionalisée". A défaut, il compte mettre en place un fonds d'investissement à destination des PME et ETI capable d'intervenir sur des tickets importants.

Présentant ce vendredi midi ses vœux à la presse, Alain Rousset ne tenait pas à revenir sur la campagne qui a précédé sa réélection, sur un périmètre géographique élargi cette fois avec la fusion des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes. Il s'est contenté d'évoquer "une curiosité qu'il ne faudra pas oublier", ciblant les attaques de la candidate Les Républicains Virginie Calmels, préférant aborder directement la question de la nouvelle organisation des services de la Région :

"La première chose à noter, c'est que le service public continue. Ce qui n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Les administrations régionales doivent se rapprocher tout en continuant à faire leur travail."

Alain Rousset a tracé quelques axes de réflexion qui guideront l'action du Conseil régional dans les mois à venir, parmi lesquels un accompagnement renforcé des chômeurs par la formation. Mais s'il était un sujet qui était au cœur de son discours ce vendredi matin, c'est bien le soutien aux TPE, PME et ETI, "les seules qui créent de l'emploi".

"On n'a pas tout essayé"

Le président du Conseil régional sera demain à Matignon et à l'Elysée pour une réunion durant laquelle il compte proposer la mise en place d'expérimentations pilotées par les Régions. Il en est persuadé :

"On n'a pas tout essayé, notamment ce qui marche ailleurs en Europe. Seul le renforcement du couple Région - PME permettra de redresser l'appareil productif."

Sur ce point, si "le président de la République et le Premier ministre ont compris que le modèle centralisé ne suffit pas", visiblement le ministre de l'Economie Emmanuel Macron semble plutôt rétif : "Il a beaucoup de talents mais il n'a pas compris ma question." Lors de cette réunion parisienne, Alain Rousset, qui ne manque pas une occasion de fustiger l'organisation de Bpifrance qu'il juge trop "parisiono-centrée", compte à nouveaux proposer deux options. Son diagnostic :

"Si on veut inverser la courbe du chômage, cela passera par un appui plus important aux PME pour qu'elles deviennent des entreprises de taille intermédiaire (ETI), aux TPE pour qu'elles deviennent des PME, et aux ETI elles-mêmes pour qu'elles se développent. Aujourd'hui, quels sont les dispositifs de soutien des fonds propres qui ne sont pas centralisés comme l'est Bpifrance ? Il existe une épargne gigantesque regroupée à Paris et qui ne redescend qu'en pluie fine sur nos entreprises. Les gros tickets d'investissement sont souvent le fait de fonds spéculatifs qui veulent un retour sur investissement en trois ans maximum. Je proposerai l'expérimentation d'une BPI régionalisée. Ou à défaut, un fonds d'investissement de plusieurs millions d'euros. Nous avons déjà réuni des industriels capables de piloter une telle structure."

L'aéronautique inquiète

Alain Rousset a également évoqué la question de la sous-traitance aéronautique, pointé du doigt "le comportement assez inconséquent" de certains services achats et indiqué qu'il réunirait prochainement les acteurs de la filière, donneurs d'ordre et supply chain.

"Les carnets de commandes de Dassault et d'Airbus sont considérables, note le président de la Région. Mais des tensions voient le jour, portant sur la capacité de la sous-traitance à honorer les commandes. Si on tire trop sur la corde, le risque porte sur la qualité et le juste-à-temps. L'urgence est de profiter de la visibilité offerte par ces carnets de commandes pour développer les PME et les ETI. C'est l'objectif de ce séminaire de travail auquel participeront aussi l'UIMM, le pôle Aerospace Valley..."

Le président du Conseil régional entend, sur un autre sujet, regrouper les acteurs de l'énergie, et notamment des énergies renouvelables, dans une structure unique à l'échelle de la nouvelle région, sur un modèle analogue à un pôle de compétitivité.

Dernier point abordé lors de ces vœux, la question du Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), composé des lignes à grande vitesse Bordeaux - Toulouse et Bordeaux - Dax - Espagne. A Bruxelles mercredi, Alain Rousset en revient "pas très satisfait" de la position de la Commissaire aux transports, qui semblerait plutôt favorable à un partenariat public-privé. Echaudé par la bagarre stérile entre Lisea et SNCF sur la ligne Tours - Bordeaux, Alain Rousset n'est pas du même avis qu'elle et les représentants espagnols non plus. Problème : les collectivités locales trainent la patte pour financer cet équipement et Alain Rousset lui-même a promis à Europe Ecologie Les Verts, lors de l'entre-deux tours, que le Conseil régional ne financerait pas ces nouvelles lignes.