A Bordeaux, François Hollande face aux auditeurs de justice

Par Jean-Philippe Déjean  |   |  910  mots
François Hollande heureux de voir cette importante promotion de 366 auditeurs de justice (Crédits : Agence Appa)
La visite du président de la République François Hollande vendredi après-midi à Bordeaux, pour la prestation de serment des auditeurs de justice, ces futurs magistrats qui font leur entrée à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM), était une première historique.

Cette promotion d'auditeurs de justice a elle aussi quelque chose d'historique puisque elle compte 366 étudiants : du jamais vu non plus. Un choix de carrière dont le procureur général, André Ride, a souligné la valeur.

"Vous êtes cet après-midi 366 rassemblés en rangs serrés aux pieds de la Cour, pour prêter le serment qui fera de vous des auditeurs de justice, 366 à avoir choisi de devenir magistrat. Choix mûrement réfléchi, sans nul doute, car on ne devient pas magistrat par hasard. Vous avez fait ce choix alors que bien d'autre possibilités s'offraient à vous, car réussir le si difficile concours de l'Ecole nationale de la magistrature est la preuve que vous auriez pu vous engager -ou persévérer - avec succès dans bien d'autres voies", a tenu à relever le magistrat.

Après avoir rappelé aux auditeurs qu'ils deviendraient, après 31 mois de formation, les juges du quotidien, du divorce, du surendettement, mais aussi ceux de la lutte contre la grande criminalité économique et financière, le procureur général les a avertit.

"Une mission d'une violence extrême"

"Vous devez en effet être conscients que vous allez exercer une mission d'une violence extrême, même dans le quotidien des jours : c'est vous qui déciderez d'une poursuite, qui requerrez une peine, qui la prononcerez ; c'est vous qui infligerez de lourdes amendes, qui retirerez un enfant à sa mère, qui emprisonnerez", a égrené le magistrat.

C'est ensuite le premier président de la Cour d'appel de Bordeaux, Dominique Ferrière, qui a pris la parole. Après s'être dit rassuré par la présence du chef de l'Etat, "au rebours de la défiance qui s'exerce parfois à l'encontre de l'autorité judiciaire", le premier président a également souhaité la bienvenue au nouveau garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, qui s'est rendu à Bordeaux pour son "premier déplacement officiel en juridiction".

Cet événement n'a pas rendu pour autant plus loquace le garde des Sceaux, qui n'a pas dit mot. Dominique Ferrière a ensuite évoqué le futur et "les évolutions qui feront du métier de magistrat et des conditions de son exercice ce qu'il sera demain".

Petit bain de foule amical en compagnie d'Alain Juppé (Agence Appa)

Agir en conscience

Dominique Ferrière leur a ainsi expliqué que les magistrats n'étaient pas de simples rouages mais des acteurs dont le métier conserve une place déterminante dans la défense de la démocratie.

"Ces évolutions, il vous faudra pour certaines collectivement les soutenir, les encourager, les susciter même, parfois les conduire, en tout cas les assumer. Pour d'autres, il faudra savoir vous y opposer si, en conscience, il vous apparaissait qu'elles doivent affaiblir l'autorité judiciaire dans ses missions essentielles de protection des libertés individuelles, de garantie des droits personnels et patrimoniaux, et de régulation sociale et économique."

Parmi ces auditeurs de justice figure Lorraine Rousselot, étudiante à Sciences Po Bordeaux, stagiaire de La Tribune Objectif Aquitaine à l'été 2012 à qui nous adressons nos félicitations et nos vœux de réussite.

Avant la cérémonie les auditeurs, qui sont à 75 % des auditrices, prennent leurs place au tribunal... (photo J. Philippe Déjean)

Simplifier la justice

Venu au cours d'une séquence politique rendue difficile par le débat sur la déchéance de nationalité, la reconduction de l'état d'urgence, la démission de la garde des Sceaux Christiane Taubira et les résultats encore insuffisants de la lutte contre le chômage, François Hollande, après avoir comparé cette promotion de 366 auditeurs à celle de 140 qui était entrée à l'ENM en 2012, à l'époque de Nicolas Sarkozy, a observé "qu'une grande école de la République doit être accessible à ceux qui le méritent : l'ENM accueille ainsi un tiers de boursiers de l'enseignement supérieur", a-t-il éclairé.

François Hollande est ensuite revenu sur le projet de loi Taubira, voté par le Sénat et qui sera bientôt examiné par le Parlement et qui doit accoucher "d'une justice plus simple, plus rapide", soulignant que "éviter le procès ce n'est pas déroger à la loi" et confirmant la création "d'un service d'accueil unique du justiciable, pour que tout le monde soit au courant de ses droits".

Et essaient de se détendre (photo J. Philippe Déjean)

Rénover le droit des contrats

Le chef de l'Etat a également mis l'accent sur la réforme des Prud'hommes, car "il faut réformer pour réduire les délais et caler les niveaux d'indemnités, c'est un projet de loi du XXIe siècle", a-t-il cadré, indiquant aussi que cette réforme va concerner "les actions de groupes".

Rappelant que le droit des contrats est "pour l'essentiel extrait du code Napoléon de 1804", François Hollande a indiqué qu'il "fallait le revoir tout en maintenant les bases". Revenant à une actualité plus brûlante, le président de la République a relevé que "l'état d'urgence, dont le Premier ministre avait fait la proposition a été prolongé" et qu'il sera prorogé si le Parlement en est d'accord, estimant que "cette loi si elle est votée ne constituera pas un état d'urgence permanent".

Ce virage sécuritaire, pris en réaction aux attentats sanglants de Paris, n'est-il pas l'une de ces évolutions de la justice à propos desquelles le Premier président de la Cour d'appel à tenu à avertir les auditeurs de justice ?