Pionnier de la fermeture des urgences de nuit, le CHU de Bordeaux a passé un bon été

La fermeture des urgences adultes de nuit par le CHU de Bordeaux en mai dernier avait provoqué de fortes réactions syndicales et un certain émoi dans la population. Mais cela fonctionne et fait école dans le reste du pays. C'est l'un des constats de ce bilan de l'été 2022 tiré par le directeur général du CHU, Yann Bubien. Peu touchée par la variole du singe, la Nouvelle-Aquitaine reste en alerte Covid-19 même si la pandémie n'avance plus qu'à bas bruit pour le moment.
Vue de l'hôpital Pellegrin, vaisseau amiral du CHU de Bordeaux.
Vue de l'hôpital Pellegrin, vaisseau amiral du CHU de Bordeaux. (Crédits : Thomas Sanson / Ville de Bordeaux)

Le directeur général du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, Yann Bubien, a présenté ce lundi 12 septembre le bilan hospitalier de cet été 2022. Au cours de ce premier semestre le CHU de Bordeaux a défrayé la chronique en France en annonçant en mai dernier la fermeture des urgences nocturnes adultes, de 17 heures à 8 heures, avec régulation de l'accès à ce service par le 15, qui est de ce fait devenu réservé aux cas graves.

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Jugée inacceptable par la CGT, cette mesure prise par manque de personnel avait alors suscité un véritable tollé syndical, alors que le CHU de Bordeaux (1) reste le plus gros employeur de Nouvelle-Aquitaine, avec 14.569 fiches de paie adressées chaque mois en 2021. La pression sur le personnel soignant ne s'étant pas améliorée par la suite, la direction du CHU de Bordeaux, établissement de pointe régulièrement classé en seconde voire troisième place au national quand il n'est pas premier, procédait dès juin à la fermeture de 600 lits cet été pour permettre aux soignants de prendre leurs congés.

Incendies : l'accueil surprise de réfugiés âgés

"Le bilan de cet été 2022 correspond à nos prévisions car nous étions prêts. Tout s'est passé comme prévu au cours des mois de juin, juillet et août. L'été c'est toujours dur parce qu'il y a les vacances à prendre pour nos personnels et la fermeture des lits. Chaque service a été impacté. La canicule n'a pas eu d'effet notable. Quant aux incendies, au-delà des fumées, ils ont provoqué le 18 juillet le transfert au CHU, entre 2 heures et 3 heures du matin, de 50 résidents très âgés d'un Ehpad de La-Teste-de-Buch, ce qui n'a pas été simple. En juillet et août nous n'avons pas eu plus de lits fermés que d'habitude", a souligné Yann Bubien.

Il n'en reste pas moins que le problème de fond, celui des recrutements, n'a pas disparu. La direction du CHU de Bordeaux en est bien consciente et fait de nombreux efforts dans ce sens, notamment en termes de communication. Volontarisme qui s'est soldé par un millier de recrutements depuis le début de l'été, dont 151 en juin, 299 en juillet, 320 en août et 267 pour ce mois de septembre. Le directeur général a souligné que deux secteurs restent en forte tension : la gériatrie et les postes de nuit, tandis que le taux d'absentéisme est en baisse. Ce qui a rendu possible la réouverture de nombreux lits et un retour à la situation d'avant la période estivale.

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Plan d'investissement de 10 milliards d'euros : ça bouge

Yann Bubien a confirmé que l'ambitieux programme de modernisation du CHU de Bordeaux, doté de 1,2 milliard d'euros sur dix ans, est bien lancé. En particulier avec la restructuration de l'Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Lormont (Bordeaux Métropole), qui dépend du groupe hospitalier et dont la nouvelle mouture va être construite avant que l'ancien établissement ne soit rasé. Avec un projet immobilier qui doit démarrer à l'automne 2023 et durer un an et demi.

Dans ce volet investissement figure également la construction du nouveau lactarium sur le site de l'hôpital Haut-Lévêque, à Pessac (Bordeaux Métropole). Le CHU de Bordeaux est le seul en France à produire du lait maternel lyophilisé, comme l'a rappelé le directeur général. Ceci grâce à l'engagement de mères bénévoles, ce qui permet en particulier d'acheminer ce lait lyophilisé, indispensable aux nourrissons, dans les départements et territoires d'outre-mer.

Nouveau : des médecins généralistes à l'hôpital

La fermeture des urgences adultes de nuit fait l'objet d'une régulation par le service d'appel d'urgence du 15 et le professeur Nicolas Grenier, président de la commission médicale d'établissement, a souligné que cette nouvelle organisation fonctionne bien et qu'elle fait tache d'huile dans le reste du pays.

Cette fermeture de nuit fait gonfler les appels téléphoniques, ce qui a conduit à la création d'une nouvelle cellule pour pouvoir répondre rapidement à ce surcroît de sollicitations du 15. Une formule qui devrait devenir pérenne. Nicolas Grenier a également souligné que cette réorganisation avait rapproché l'hôpital public de la médecine de ville, des médecins généralistes ayant accepté de donner des consultations aux urgences, avec l'appui d'étudiants ayant passé leurs thèses.

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Des patients qui téléphonent avant d'aller aux urgences

Comme l'a souligné le professeur Philippe Revel, chef du pôle urgences adultes -Samu Smur, cette nouvelle organisation a fait chuter de 20 à 25 %, soit une quarantaine de personnes par jour, la fréquentation des urgences à l'hôpital Pellegrin, soit un recul de 10 à 15 % sur l'ensemble du périmètre du département de la Gironde. Sachant aussi que certains établissements du CHU de Bordeaux, comme l'hôpital Saint-André, notamment ciblé sur les maladies tropicales et du voyageur, accueillent beaucoup moins de patients aux urgences que Pellegrin.

"Fait nouveau, les gens commencent à téléphoner pour savoir s'ils peuvent se rendre aux urgences. Pour nous le bilan est positif. Nous ne souhaitons pas revenir en arrière aux urgences" constate avec satisfaction Philippe Revel.

Les professeurs Charles Cazanave, infectiologue (service des maladies infectieuses et tropicales) et Marianne Lafitte, responsable du centre de vaccination du groupe hospitalier Sud (Haut-Lévêque et Xavier Arnozan) ont ensuite respectivement traité de l'épidémie de variole du singe et de la vaccination. La variole du singe a jusqu'ici très peu touché la Nouvelle-Aquitaine, avec 133 cas, dont aucun de mortel, et recule en septembre après avoir connu une montée du nombre de cas en juillet-août.

Incivilités : 800 actions malveillantes par an

Ouvert en janvier 2021, le centre de vaccination situé au groupe hospitalier Sud a fait face cet été à la variole du singe avec succès a souligné Marianne Lafitte, grâce à une bonne anticipation des besoins et une capacité d'action rapide. Depuis le début de cette campagne de vaccination contre la variole du singe, 4.494 doses ont été administrées dans la région, dont 1.906 par le CHU de Bordeaux. Quant au professeur Denis Malvy, infectiologue, responsable de l'unité des maladies tropicales et du voyageur, il a rappelé que nous étions toujours en période pandémique de Covid-19, avec 20.143 nouveaux cas au 9 septembre pour 46 décès.

Après une septième vague de variant omicron très contagieuse mais moins virulente que les précédentes versions, il a souligné que trois scénarios sont possibles. Soit il n'y pas de huitième vague, soit il y a une huitième vague avec le sous-variant BA-5 (sous-variant du variant omicron), ce qui serait le signe d'un début de saisonnalité de l'infection, donc une bonne nouvelle, soit enfin l'amorce d'un fonctionnement saisonnier du coronavirus se confirme mais avec l'apparition d'un énième nouveau sous-variant : une hypothèse pleine d'incertitudes.

Psychologue spécialisée en médecine du travail et pathologies professionnelles Aurore Gonzalez a enfin présenté la nouvelle campagne de communication, intitulée "Zéro violence", préparée avec les représentants du personnel, qui est lancée par le CHU contre les incivilités. Les données chiffrées collectées dans les services font état de 800 actions malveillantes par an, avec des actes qui vont de l'insulte à l'agression physique. Principaux foyers de tension : les urgences adultes, les urgences pédiatriques et les urgences ophtalmologiques.

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(1) Le CHU de Bordeaux fédère les hôpitaux Pellegrin et Saint-André (Bordeaux), Haut-Lévêque, Xavier Arnozan (Pessac), les Ehpad Lormont et Jardins de l'alouette (Pessac).

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