Sobriété énergétique : les collectivités girondines rehaussent leurs ambitions

Alors que le décret tertiaire impose une réduction drastique de consommation énergétique aux bâtiments et que le gouvernement appelle chacun à la sobriété, les collectivités locales girondines veulent aller encore plus loin que la réglementation imposée dans leur parc immobilier public. Un moyen d'atteindre plus facilement leurs objectifs de sobriété et de palier les difficultés sur les bâtiments anciens.
Etat, Région, Département, Métropole : le quartier Mériadeck à Bordeaux concentre les bâtiments publics.
Etat, Région, Département, Métropole : le quartier Mériadeck à Bordeaux concentre les bâtiments publics. (Crédits : Marc Ryckaert / Wikimedia)

Défini dans le cadre de la loi Elan du 23 novembre 2018, le décret tertiaire du 29 septembre 2021 encadre la réduction de la consommation énergétique des bâtiments avec des seuils radicaux : -30 % en 2030, -50 % en 2040 et jusqu'à -60 % d'ici 2050 par rapport au niveau de 2010. L'immobilier tertiaire, qui correspond aux bureaux des entreprises et organisations de services, doit donc réinventer son fonctionnement. Dans cette course à la sobriété sont engagées les entreprises mais aussi les collectivités territoriales qui disposent d'un patrimoine immobilier aussi vaste qu'hétéroclite. En Gironde, elles brandissent des objectifs particulièrement ambitieux alors que le gouvernement vient de les inciter à muscler leur jeu en la matière.

Lire aussiSobriété énergétique: bientôt au tour des collectivités territoriales

"Le décret tertiaire concerne seulement les bâtiments de plus de 1.000 m2", rappelle Laure Curvale, vice-présidente du Département de la Gironde en charge de la transition écologique et du patrimoine. "Nous avons décidé de l'appliquer à l'ensemble de nos bâtiments et de développer en parallèle les énergies renouvelables. L'objectif est d'arriver à réduire notre consommation de -45 % d'ici 2030."

Avec un parc de 1.225 bâtiments publics - sans compter les collèges qui disposent d'une stratégie propre - le Département doit gérer la transition énergétique de plus d'un million de mètres carré. Travaux d'isolation, changement des habitudes et recours à des sources d'énergie alternatives : la stratégie de sobriété se décline en différents volets. Du côté du quartier Mériadeck à Bordeaux, où la Métropole, le Département, la Région mais aussi l'État disposent de bureaux, les bâtiments publics sont désormais raccordés à un système de géothermie. Grâce à cela, le conseil départemental a réduit les émissions de son parc immobilier de -20 % par m2. Dans le même temps, des bâtiments neufs ont été livrés et du chemin reste à parcourir pour diminuer l'empreinte globale globale alors que le patrimoine augmente en surface.

Lire aussiiQSpot : le marché de la sobriété énergétique des bâtiments « est en train de s'ouvrir »

Ça coince sur l'ancien

De nombreuses collectivités font aussi le choix d'appliquer les enjeux de sobriété à l'ensemble de leur bâtiments publics afin de définir des objectifs ambitieux. C'est le cas pour les 28 communes de Bordeaux métropole. Pour accompagner les municipalités dans leur démarche de sobriété, la métropole finance des audits du patrimoine immobilier avant la réalisation de travaux. Une façon de se coordonner pour atteindre des objectifs à l'échelle métropolitaine. A Bordeaux, la transition se fait pas à pas : "Nous avons quasiment éradiqué le fioul des bâtiments publics, maintenant on s'attaque au gaz. Les alternatives c'est de raccorder au réseau de chaleur, d'installer des pompes à chaleur ou d'aller vers le photovoltaïque", déroule Claudine Bichet, vice-présidente métropolitaine au climat, à la transition énergétique et à la santé, et adjointe au maire de Bordeaux.

En réalité, pour atteindre les objectifs très ambitieux du décret tertiaire, les collectivités sont presque contraintes d'appliquer les principes de sobriété aussi sur tous leurs bâtiments, y compris ceux de moins de 1.000 mètres carré. Pour les immeubles les plus anciens, les seuils de réduction de consommation ne paraissent pas entendables.

"En l'état actuel des choses, pour une ville ancienne comme Bordeaux, c'est impossible d'atteindre les objectifs du décret tertiaire sur les plus vieux immeubles. Pour gagner 60 % d'économie d'énergie, il faudrait isoler en extérieur et ça dissimulerait les pierres de l'Hôtel de ville par exemple. Ça nécessite en plus un investissement financier qui est juste colossal", explique Claudine Bichet.

Lire aussiBordeaux : Pierre Hurmic dénonce une "dette grise" et "des investissements somptuaires"

La municipalité espère donc compenser avec les bâtiments les plus récents et les plus petits qu'elle a intégrés à sa stratégie. Du reste, Bordeaux cherche à optimiser au mieux l'existant dans la limite des questions esthétiques et financières. A ce titre, l'Hôtel de ville a été raccordé au réseau de chaleur urbain. Mais au-delà, difficile d'imaginer un aménagement d'envergure pour réduire les émissions de ce monument du 18e siècle.

mairie de Bordeaux

Le Palais Rohan qui accueille la mairie de Bordeaux.

Métropole "à énergie positive"

Ces quelques initiatives demeurent encore insuffisantes au regard des objectifs réglementaires à tenir pour les prochaines années. Les collectivités ont en conscience mais renvoient, dans le même temps, la balle à l'État.

"Il n'y a pas de cohérence des politiques si on parle d'un soutien fort au développement des énergies renouvelables, alors qu'on a besoin de se doter d'une vraie indépendance énergétique. Nous mêmes allons devoir renforcer notre action en matière d'adaptation au réchauffement climatique mais notre budget est limité. Si l'état ne nous donne pas plus, je ne vois pas comment on réussira à atteindre nos cibles", exprime Laure Curvale.

La crise inflationniste actuelle rappelle d'ailleurs la nécessité à appuyer la transition avec la hausse de prix du gaz et de l'électricité. Pour gagner une forme d'autonomie énergétique, Bordeaux métropole envisage de devenir l'une des premières métropoles françaises à énergie positive en 2050. A cette échéance, elle devra produire elle-même 40 % de l'énergie qu'elle consomme, grâce aux énergies renouvelables, tout en ayant divisé par deux sa consommation. Le reste étant issu, si possible, de sources productions basées en Gironde. D'ici là, le secteur du bâtiment dans sa globalité est contraint de se fixer un cap ambitieux pour parvenir à surmonter les crises qui l'attendent.

Lire aussiUn an après, le fragile bilan du Bâtiment frugal bordelais

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 25/08/2022 à 8:12
Signaler
Il est toujours regrettable de voir que les collectivités locales en appellent toujours à l'état. L'état c'est nous. Si la Gironde ou la métropole, qui sont riches sont incapables d'autonomie, c'est grave. Comment faisait l'Aquitaine, quand elle ne d...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.