Circulation : ce que l'on sait du projet de ZFE à Bordeaux Métropole

Lors d'une réunion de concertation avec les observateurs et usagers des transports, Bordeaux métropole a dévoilé les premières pistes de son projet de Zone à faibles émissions (ZFE). Types de véhicules concernés, dérogations spéciales, application progressive : l'agglomération doit trancher d'ici la fin d'année pour un lancement complet d'ici le 1er janvier 2025 au plus tard. Date à laquelle seuls certains véhicules pourront circuler dans la métropole intra-rocade.
Les voies de la rocade de Bordeaux ne seront pas concernées par l'arrivée d'une zone à faibles émissions alors qu'ils s'agit de l'axe où l'air est le plus pollué.
Les voies de la rocade de Bordeaux ne seront pas concernées par l'arrivée d'une zone à faibles émissions alors qu'ils s'agit de l'axe où l'air est le plus pollué. (Crédits : Agence Appa)

Bordeaux métropole avance silencieusement sur le dossier ZFE. Comme une trentaine d'agglomérations françaises, elle doit préparer l'instauration d'un périmètre urbain dans lequel les véhicules les plus polluants ne pourront pas circuler. Date du lancement officiel : au plus tard le 1er janvier 2025, comme l'impose la loi climat et résilience. Pour préparer le terrain, la collectivité a prévu trois rendez-vous de concertation cette année. Les deux premiers ont eu lieu entre mai et début juillet afin de définir un cadre de discussion avec les acteurs concernés.

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Et, déjà, on en sait un peu plus sur les intentions de Bordeaux métropole, à travers la présentation que ses services ont effectué face à un public de connaisseurs. Parmi les principaux représentants figuraient Trans'cub, la Ligue de défense des conducteurs et la Fnaut (Fédération nationale d'usagers des transports) mais aussi La Poste, Fed'ex ou Keolis - qui vient d'être reconduit à la tête des transports métropolitains - du côté des entreprises, pour une réunion de consultation qui s'est déroulée le 21 juin dernier. Alors, ZFE dure ou souple ? Transition lente ou application brutale ? Enjeu majeur de qualité de l'air et de santé publique, voici vers quoi va tendre la zone d'exclusion à la sauce bordelaise.

Véhicules concernés : deux scénarios en vue

Si l'on sait déjà que la ZFE sera déployée sur toute l'aire intra-rocade, la métropole doit déterminer quels sont les véhicules qui auront interdiction d'y pénétrer. Pour cela, elle se base sur le classement Crit'air qui accorde un numéro de 1 jusqu'à 5 et réserve une ultime catégorie dite "non-classés". Ces derniers représentant les véhicules les plus polluants.

Une seule catégorie devrait faire l'objet de l'arbitrage : la Crit'air 3. En effet, les deux scénarios prévoient une interdiction de circulation pour les véhicules sous pastille 4, 5 et non-classés. Entre 15 et 20 % du parc automobile métropolitain ne pourra pas entrer dans l'aire urbaine intra-rocade. Le second scénario étend l'interdiction à la catégorie Crit'air 3, qui représentent la deuxième catégorie de transports la plus présente à Bordeaux métropole, soit environ 20 % du total des voitures, utilitaires légers et poids lourds.

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Ce scénario strict, qui aurait la faveur de la direction métropolitaine, est défendu par les élus écologistes qui y voient l'opportunité pour décarboner le territoire de façon drastique. Pour d'autres, cette réglementation est trop brutale et risque de créer une ségrégation spatiale envers les résidents périurbains qui ne pourront plus se rendre sur leur lieu de travail avec leur véhicule personnel. Afin d'anticiper cet impact économique et social, la métropole va devoir recourir à des adaptations spécifiques.

Des dérogations pour les professionnels ?

L'arrivée de la ZFE doit permettre d'augmenter la fréquentation des transports en communs et d'accélérer la transition vers les mobilités douces. Mais pour beaucoup, les modes de transports individuels sont encore un impondérable, en particulier pour les professionnels. A tel point que les règles de la ZFE n'incluront pas la rocade, alors qu'il s'agit de la voie de circulation la plus polluée de toute la métropole.

Artisans, personnels de santé, commerçants, travailleurs du BTP ou logisticiens, de nombreuses professions ont d'ores-et-déjà fait l'objet d'une première consultation. Pour les entreprises disposant de flottes de véhicules lourds ou pour les travailleurs indépendants tels que les aide-soignants par exemple, investir d'ici 2025 dans un véhicule en catégorie Crit'air 1 ou 2 représente, selon leur avis, un coût trop important.

Aussi, les fédérations professionnelles réclament un accompagnement ciblé, matériel ou financier, qui pourrait passer par exemple par une déduction fiscale, des cartes carburant ou un délai supplémentaire de transition vers l'achat d'un véhicule propre. Dans le secteur des travaux publics, les entreprises réclament carrément des dérogations pour pouvoir accéder à la ZFE avec des véhicules lourds le temps de développer un réseau de fourniture en biocarburant sur la métropole. D'autres imaginent aussi une prime de conversion à l'électrique, pour les modes de transports moins imposants.

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Pour les acteurs économiques interrogés, l'instauration d'une ZFE ira de pair avec le développement d'un réseau de bornes de recharge électriques. Et ne pourra se faire sans dérogations, temporaires ou permanentes. Alors que la métropole notifie que "l'acceptabilité sociale a été considérée comme un enjeu majeur", elle va devoir se tenir prête à débloquer des aides pour soutenir son tissu économique. C'est le cas de la métropole de Lyon qui distribue un accompagnement financier aux artisans, TPE et PME impactés dans une Zone à faibles émissions expérimentée depuis janvier 2020 pour les véhicules utilitaires et poids lourds. La ZFE y sera déployée à grande échelle à partir de janvier.

Un calendrier progressif

À Bordeaux, si le projet est ficelé en fin d'année, il pourrait être soumis au vote du conseil métropolitain début 2023 au plus tard. La métropole fait en tout cas savoir qu'elle lancera l'expérimentation au cours de l'année prochaine. Les premiers véhicules seront interdits de circuler dès lors. Avant cela, une dernière réunion officielle de consultation se déroulera en octobre pendant que des négociations plus discrètes avec les instances professionnelles se joueront en coulisses.

Pour son calendrier d'application, Bordeaux Métropole pourrait prendre exemple sur Paris, qui a échelonné l'interdiction aux catégories de véhicules sur plusieurs années. Après l'interdiction pour les premières catégories et l'aménagement de règles différenciées entre semaine et week-end, la ZFE parisienne initiée en 2015 imposera le 1er juillet 2023 l'interdiction des véhicules Crit'air 3. Un processus de longue durée pour mieux garantir l'acceptabilité de la mesure. Mais qui n'empêche pas les obstacles : la municipalité souhaitait à l'origine imposer l'interdiction pour les Crit'air 3 en 2022. A Bordeaux, il faudra bien y aller par étapes tant les transports constituent un sujet problématique, d'autant plus alors que 75 % des habitants de la métropole ne savent pas encore ce qu'est une ZFE, selon une étude réalisée par l'IFOP en mai.

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