Vélo : Bordeaux métropole met un coup de pédale sans changer de braquet

Le troisième plan vélo de Bordeaux Métropole, qui s'étendra jusqu'en 2026, a été approuvé par les élus vendredi 26 novembre. Pour répondre à la croissance des flux cyclistes, illustrée par l'intense trimestre de rentrée, l'aménagement d'un réseau vélo métropolitain de 14 lignes se dessine pour l'horizon 2030. Le début d'une révolution pour les "vélotafeurs" ? Pas forcément, au regard de certaines failles du réseau actuel peu considérées dans le projet et du gouffre qui demeure avec les standards scandinaves.

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Des représentants d'Amsterdam étaient en visite à Bordeaux mercredi 17 novembre pour conseiller les élus de la métropole bordelaise sur les aménagements vélo à réaliser.
Des représentants d'Amsterdam étaient en visite à Bordeaux mercredi 17 novembre pour conseiller les élus de la métropole bordelaise sur les aménagements vélo à réaliser. (Crédits : Maxime Giraudeau)

Inviter des habitants d'Amsterdam sur une portion cyclable à Bordeaux, c'est comme mettre un Bordelais face à un "pain au chocolat". La frayeur est assurée, au mieux. Logique, quand on sait que la capitale hollandaise "a 50 ans d'expérience de politique vélo, et nous 20" comme le reconnaissait Isabelle Rami le 17 novembre dernier. L'élue métropolitaine déléguée aux mobilités alternatives (EELV, Écologie et solidarités) guidait alors ses acolytes d'Amsterdam pour une balade à vélo dans les rues bordelaises. "Vous en êtes encore au tout début", faisait remarquer l'un d'eux. Ou presque. Puisqu'après deux volumes en 2011 et 2016, Bordeaux Métropole présente bien son troisième plan vélo.

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C'est donc Isabelle Rami qui l'a soumis au vote lors du conseil de ce vendredi 26 novembre. Avec un objectif affiché : que le vélo représente 18 % des déplacements sur Bordeaux métropole d'ici 2030, contre à peine 10 % aujourd'hui. L'usage demeurant très inégalitaire entre la ville centre, où la part modale du vélo s'élevait déjà à 15% en 2017, et les périphéries. Pour y parvenir, le projet pilier repose sur l'aménagement d'un réseau cyclable de 14 tracés, façon lignes de tramway, pour mailler le territoire sur 270 kilomètres.

"Ce Réseau vélo express [ndlr : ReVE] va être la construction d'un réseau indépendant mais qui s'appuie sur des infrastructures déjà existantes. Par exemple, il y a une discontinuité sur l'axe Bordeaux-Parempuyre, que l'on va compléter. Nous aurons un réseau où le cycliste sera prioritaire", promet l'élue à La Tribune.

réseau express vélo

Les tracés du Réseau vélo express imaginés par la Métropole doivent encore être discutés avec les communes. (Crédits : Bordeaux Métropole)

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Les communes mises à contribution

Un déploiement métropolitain qui fait espérer un bol d'air à des cyclo-travailleurs et autres vélotafeurs toujours plus nombreux. Les flux cyclistes du premier trimestre de l'année scolaire 2021-2022 se révèlent en effet particulièrement élevés, selon les données des capteurs compilées par l'Atelier open data. Selon nos calculs, le trafic vélo aurait augmenté de 20% entre la période avril-juin et septembre-novembre 2021. Dans le même temps, des aménagements temporaires, entrepris à la suite des confinements, ont disparu dans certaines communes, créant des difficultés accrues de cohabitation entre modes de transports doux et motorisés.

Pour glisser vers une pratique plus diffusée et sécurisée, l'agglomération met sur la table 138 millions d'euros pour la première tranche du plan vélo de 2021 à 2023. Un investissement conséquent, complété par une enveloppe prévisionnelle de 150 millions pour le seul Réseau vélo express qui doit être livré en 2030. Pour son plan vélo précédent, la métropole avait investi à hauteur de 70 millions d'euros entre 2017 et 2020. De quoi donner des gages aux élus, jusqu'à recueillir l'adoubement de l'ancienne déléguée aux mobilités Brigitte Terraza (DVG, Socialistes et apparentés) qui a salué "l'ambition forte de la métropole et la grande volonté des maires à développer les réseaux cyclables."

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L'agglomération aura d'ailleurs bien besoin du soutien des communes, puisqu'une majorité du financement du plan vélo - soit 85 millions d'euros sur 2021-2023 - va reposer sur les Contrats de co-développement (Codev) et Fond d'intérêt communal (FIC, dédié aux aménagements de voirie) discutés entre les deux collectivités. Une orientation pourtant mise en cause par le conseiller métropolitain d'opposition Guillaume Garrigues (LR, Métropole Commune(s)). "Cela impose aux communes de retirer d'autres projets, d'autant que le FIC est assez limité et nos communes sont contraintes de faire des choix" a-t-il opposé.

"C'est une voie de bus, pas une piste cyclable"

Un secteur en particulier fait l'objet des débats depuis plusieurs années autour du partage de l'espace public : la route de Toulouse, au sud de Bordeaux. Et le projet d'y instaurer une circulation à sens unique, dont l'expérimentation est voulue par le maire de Bordeaux, cristallise encore un peu plus les attentions. "Le sens unique constitue la seule solution pour implanter une vraie piste cyclable au vu de la largeur réduite de la route", considère William Boy. "Mais ce serait au détriment du bus."

Le jeune étudiant en architecture, originaire de Bordeaux, se fait remarquer sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois en proposant des aménagements urbains pour intégrer le vélo au réseau routier. Au menu : voies cyclables à double sens, piétonisation ou encore ronds-points et carrefours hollandais - encore eux. Des conceptualisations qui vont même jusqu'à séduire certains élus parce qu'évidemment, sur le papier, c'est souvent emballant.

Pour un Réseau Express vélo ! 🚲
Faire du cours de la Somme et de la route de Toulouse un axe majeur de ce réseau pour relier la place de la Victoire à Villenave d'Ornon ! Ici l'exemple d'un carrefour hollandais Barrière de Toulouse. pic.twitter.com/hXGcAEhmen

— William Boy (@WilliamBoy32) October 15, 2021

route de toulouse

La proposition d'aménagement de la barrière de Toulouse avec un carrefour hollandais. (Crédits : William Boy)

Après avoir étudié les documents du nouveau plan vélo, l'étudiant en architecture se montre circonspect. Alors qu'est annoncé "un réseau cyclable indépendant du réseau routier", plusieurs portions du ReVE semblent s'appuyer sur des voies de bus. "La ligne 1 reprend le tracé du Bus à haut niveau de service, qui est en travaux actuellement. C'est une voie de bus, pas une piste cyclable", argumente William Boy. C'est effectivement le cas sur la partie intra-rocade de cette ligne majeure.

Rien pour les cours, ni pour la gare

Du reste, le plan vélo n'a pas encore résolu l'équation périlleuse de comment aménager une piste cyclable sur les boulevards. La ligne 13, dite des "boulevards", pourrait nécessiter le retrait d'au moins une rangée d'arbres sur toute la longueur de l'itinéraire ; une option pas franchement au programme d'une métropole qui aimerait planter son million de végétaux d'ici 2030. Autre carence : la difficile intégration des cyclistes sur les cours bordelais, ces grandes artères congestionnées aux heures de pointes, où se côtoient voitures, transports en commun et mobilités douces, souvent dans des voies communes.

Ce volet est pourtant crucial puisque, comme le révèle notre analyse des données des capteurs vélo de Bordeaux métropole, l'un des secteurs les plus fréquentés est celui du cours Verdun, avec 2.500 vélos par jour en moyenne. Or, si une portion de piste cyclable à double sens y a récemment été implantée, il n'est pour l'heure pas prévu que le Réseau express vélo s'y déploie. Tout comme pour le cours de la Marne, qui relie la Gare à l'hypercentre.

Nombre de vélos passant chaque jour en moyenne en 2021

Le pont de pierre voit passer chaque jour 5.908 vélos en moyenne dans les deux sens en 2021. Il s'agit du capteur qui relève le plus haut niveau de flux sur la métropole. (Source : Atelier open data Bordeaux Métropole)

Il paraît donc difficile que le réseau cyclable puisse être totalement indépendant du réseau routier existant puisque l'espace public est, de fait, limité. Le Réseau express vélo n'est pourtant que la partie émergée d'autres aménagements plus spécifiques qui verront le jour. Et si les cyclistes, toujours plus nombreux, pourront un jour aller au travail en prenant "la 14 puis la 10", façon métro parisien, ils devront encore faire leur place parmi les autres mobilités. "Il y a encore beaucoup de pistes à explorer pour rivaliser avec Copenhague et Amsterdam et devenir la capitale française du vélo", admet Fannie Le Boulanger (EELV, Écologie et solidarités) adjointe au maire de Bordeaux. Les visiteurs Hollandais ont notamment pointé les discontinuités récurrentes du réseau cyclable comme principal point noir. A croire que la métropole ne devra pas seulement pédaler plus vite pour y remédier, mais bien passer sur le grand plateau.

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Commentaire 1
à écrit le 07/12/2021 à 8:51
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Nous avons 50 ans de retard, nous respirons des particules fines tous les jours, nous perdons un temps fou dans les embouteillages, nous avons un maire écolo et cela n'avance toujours pas. Par contre on dépense un argent fou pour construire une ligne...

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