Urbanisme et attractivité : Pierre Hurmic défend son bilan à Bordeaux un an après son élection

SÉRIE D'ÉTÉ : UN AN DE MÉTROPOLE OU DE MAIRIE ÉCOLOGISTE (2/5). Les douze premiers mois de mandat de Pierre Hurmic ont été marqués par le Covid mais aussi par les questions d'urbanisme et d'attractivité économique. Deux sujets sur lesquels le maire écologiste de Bordeaux entend marquer sa différence. Et alors que l'opposition municipale pointe les "renoncements", l'édile met en avant les actions déjà engagées tout en appelant à la patience tandis que le monde économique oscille entre réserves et relative bienveillance. Analyse

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Pierre Hurmic, le 28 juin 2020, quelques minutes avant son élection à la mairie de Bordeaux.
Pierre Hurmic, le 28 juin 2020, quelques minutes avant son élection à la mairie de Bordeaux. (Crédits : Agence APPA)

"Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie. Il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux." Montesquieu, mais aussi Gandhi, Nelson Mandela ou encore Van Gogh, ont été convoqués par Pierre Hurmic et ses adjoints pour décrire leur première année de mandat à Bordeaux, le 30 juin dernier. Les élus de la majorité EELV-PS, dont la quasi-totalité sont novices en politique et n'avaient jamais dirigé de collectivité locale, à l'instar de la première adjointe Claudine Bichet, ont mis en avant une centaine de réalisations plus ou moins significatives. Ils ont aussi concédé que beaucoup reste logiquement à faire après une première année marquée par la disparition brutale d'Emmanuelle Ajon, la 3e adjointe en charge du logement, par des débats souvent stériles en conseil municipal et par une série de vaines polémiques nées de maladresses autour du sapin de noël et d'hommages à Jacques Chaban-Delmas en passant par une campagne de communication ratée sur la culture.

"Je sais qu'il y a chez certains Bordelais de l'impatience de voir Bordeaux métamorphosée. Mais je suis le premier de ces impatients et je sais aussi que Bordeaux ne s'est pas faite en un jour. Tout cela prend du temps ! [...] Nous travaillons avec méthode et engagement en étant lucide quant à notre immense responsabilité. Je suis dans l'action plutôt que dans l'incantation ou la confrontation. Quant aux polémiques, je rappelle que ceux qui les nourrissent avaient promis de me "pourrir la vie" dès mon élection", considère ainsi Pierre Hurmic, qui ajoute : "Nous ne sommes pas propriétaires de l'écologie, nous n'en sommes que les diffuseurs et notre écologie doit rassembler, elle n'est pas punitive."

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L'urbanisme et la construction au centre des débats

Tout juste un an après avoir décrété "l'état d'urgence climatique" pour faire de Bordeaux "un modèle de développement responsable, écologique et solidaire", ce sont les évolutions en matière d'urbanisme et de logement qui ont mobilisé les équipes du Palais Rohan. Le plan "cassons du bitume" a été présenté fin novembre et la mairie revendique désormais plus de 1.200 arbres plantés notamment dans des micro-forêts urbaines. Le déploiement des pistes cyclables, en particulier sur les boulevards, s'est accéléré. Un tour de vis réglementaire en matière de logement a ensuite été présenté au printemps 2021 avec une application à partir de 2022 : action foncière, bail réel solidaire, permis de louer et de diviser, encadrement des loyers, logements sociaux et fiscalité des résidences secondaires sont notamment au programme.

Mais le plus gros morceau est sans conteste à mettre au crédit de Bernard Blanc, l'adjoint au maire en charge de l'urbanisme résilient, avec le label du Bâtiment frugal bordelais dévoilé en mai dernier, dans les colonnes de La Tribune, après de long mois d'échanges avec les promoteurs. Construit autour de 22 critères obligatoires et 20 optionnels, ce label a vocation à devenir obligatoire pour les constructions neuves à Bordeaux en 2023 mais la mairie entend bien l'imposer dès aujourd'hui dans les pratiques, projets démonstrateurs à l'appui.

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Pierre Hurmic

Le plan "Bordeaux grandeur nature" (crédits : Agence APPA)

Les réactions des professionnels du bâtiment sont plutôt bienveillantes et Pierre Vital d'Idéal Groupe, le nouveau président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) de Nouvelle-Aquitaine, s'est lui-même engagé pleinement dans la démarche, incitant ses pairs à faire de même. "Notre fédération partage pour l'essentiel ce qui a conduit à la mise en place du label car il est désormais très clair qu'il faut intégrer la transition écologique dans l'immobilier. Nous voyons cette réforme d'un bon œil", assurait également à La Tribune son prédécesseur Arnaud Roussel-Prouvost. Mais plus que sur la qualité du bâti c'est sur la quantité de nouveaux logements à Bordeaux et dans l'agglomération que les promoteurs et les élus bordelais s'affrontent ouvertement. Les premiers militent, étude ad hoc à l'appui, pour 7.000 à 10.000 logements neufs par an tandis que Bernard Blanc fixe plutôt un cap situé entre 5.500 et 7.000 unités.

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L'urbanisme c'est aussi le projet de la Rue bordelaise, vaste projet d'immobilier commercial porté par le promoteur Apsys et l'EPA Bordeaux Euratlantique. Si Pierre Hurmic a obtenu des évolutions de l'offre commerciale et des surfaces de logements, il n'a pas pu ou pas voulu interrompre un projet dont il n'avait pas toutes les clefs. Il a ainsi abandonné sa promesse de stopper le percement de cette large avenue entre la gare et les quais, donnant autant de munitions à l'opposition qui pointe son renoncement tout en étant, elle-même, favorable au projet, hormis les trois élus LFI/NPA menés par Philippe Poutou.

Invest in Bordeaux a survécu

Un temps menacée fin 2020 par le désengagement potentiel de la mairie, Invest in Bordeaux, l'agence de développement économique de l'agglomération, a, elle-aussi, finalement survécu avec une feuille de route revue et corrigée. Mais après la disparition programmée de la mission Magnetic Bordeaux, au sein de la Métropole, Invest in Bordeaux devrait être rebaptisée pour faire plus de places au développement durable et aux investissements en Gironde hors métropole. Le nouveau maire cherche surtout à gommer l'idée d'une métropole qui attirerait les richesses au détriment du reste du territoire.

Parallèlement, Pierre Hurmic ne cache pas qu'il ne souhaite pas, en tant que maire, incarner ce discours d'attractivité et de développement, laissant volontiers à la Métropole ou à la Région cette mission qui ne relève pas de sa compétence propre. Stéphane Pfeiffer, son adjoint en charge du logement, de l'emploi, de l'ESS, et des formes économiques innovantes, revendique en revanche un travail de proximité vers les artisans et les commerçants. La cellule d'aides aux TPE, mise en place sur le tard en avril 2021 en agrégeant de nombreux partenaires économiques, a finalement trouvé sa place avec plus de 400 dossiers accompagnés. Elle devrait progressivement constituer une forme de guichet unique pour les très petites entreprises. Et contrairement à ce qu'il s'est passé au Grand Lyon, Bordeaux Métropole, présidée par le socialiste Alain Anziani dans le cadre d'un accord avec les Verts, est restée partenaire et financeur de la French Tech Bordeaux.

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Au total, du côté du monde économique, les jugements sont donc généralement plus interrogatifs qu'hostiles. Quelle appréciation faudrait-il donc décerner à cette première année ?

"Joker !", élude Franck Allard, le président du Medef Gironde, avant de se montrer plus loquace : "C'est une année de mise en jambe parce qu'ils sont arrivés à la mairie peu préparés. Mais ils sont encore à l'entraînement après douze mois et il va falloir songer à se mettre à courir pour rattraper le train en marche avant que ça ne soit catastrophique ! La belle dynamique bordelaise a été freinée et doit redémarrer rapidement ! Les interrogations sur Invest in Bordeaux sont très regrettables."

"Sur la même longueur d'ondes"

Du côté de la CCI Bordeaux Gironde, qui appréhendait aussi le changement de majorité et de culture politique, Patrick Seguin, le président, se montre plus positif. "Oui, c'est très différent de l'époque Juppé-Florian et il y a eu au départ une approche assez brouillonne et un peu naïve car novice sur la répartition des fonctions et la réalité du terrain. Mais aujourd'hui j'échange presque quotidiennement avec le maire et ses équipes et nous travaillons très bien avec la ville et la métropole sur la crise économique comme sur la future feuille de route économique. Nous jouons à plein notre rôle de chambre consulaire", explique-t-il à La Tribune. Quant aux crispations autour d'Invest in Bordeaux, que Patrick Seguin a défendu becs et ongles avec Alain Rousset, le président de la CCI a su faire valoir son point de vue : "Nous avons tenu huit réunions sur Invest in Bordeaux pour déminer le sujet et montrer que les positions des uns et des autres sont finalement assez proches. Quand Pierre Hurmic dit aux chefs d'entreprise qu'il est favorable à une économie qui continue à se développer mais de façon raisonnée et raisonnable, on est tout à fait sur la même longueur d'ondes !", poursuit Patrick Seguin.

Pierre Hurmic Alain Anziani

Entre les écologistes de Pierre Hurmic à Bordeaux et les socialistes d'Alain Anziani à Bordeaux Métropole, les points de vue ne sont pas toujours alignés, notamment sur l'aéronautique (crédits : Agence APPA).

Sur les bancs de l'opposition municipale, où l'on goûte peu l'humour pince-sans-rire de Pierre Hurmic, on dénonce logiquement ses renoncements, notamment sur la Rue bordelaise. Les débats sont souvent tendus voire hostiles avec le groupe des juppéistes réunis derrière le maire sortant Nicolas Florian, dont la gestion est attaquée par l'actuelle majorité. Ils sont un peu plus constructifs avec les marcheurs de Thomas Cazenave. Ce dernier regrette néanmoins le peu de réalisations par rapport aux ambitions affichées pendant la campagne : "Pierre Hurmic porte peu l'action et l'ambition économique du territoire au local comme au national, c'est dommage ! Les moyens promis ne sont pas au rendez-vous sur le foncier et le logement social. Des signaux négatifs ont été envoyés et il est maintenant urgent d'avoir une vraie stratégie économique, tout particulièrement sur l'aéronautique où l'on voit bien qu'il n'y a pas de ligne commune entre les Verts et le PS." Sur plusieurs sujets liés à l'aéroport, tels que le projet Tarmaq et la navette Air France vers Orly, la droite et le centre sont en effet venus au secours du président socialiste faute de soutien des Verts de Pierre Hurmic.

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Décarboner les entreprises, oui mais comment ?

Enfin, l'une des promesses de Pierre Hurmic sur la fiscalité économique semble s'être perdue en cours de route. Le candidat proposait en effet des exonérations de contribution économique territoriale (CET) en se fondant sur des critères environnementaux via un mécanisme très complexe nécessitant l'accord de la Métropole et de la Région. Et si, selon Stéphane Pfeiffer, l'idée peut encore voir le jour dans le cadre de la feuille de route métropolitaine actuellement en cours d'élaboration pour un vote prévu cet automne, son homologue à la Métropole, Stéphane Delpeyrat (Génération.s), n'y est semble-t-il pas très favorable.

Ce qui n'empêche pas Pierre Hurmic de maintenir le cap d'une décarbonation de l'économie bordelaise et de ses entreprises :

"Dans le cadre d'Invest in Bordeaux, notamment, on regarde de très près l'impact carbone des entreprises qui s'installent ici. On ne veut pas d'une ville qui magnétise le développement du territoire mais nous voulons au contraire accueillir des entreprises qui nous aident à franchir des pas en matière de transition climatique avec un impact carbone positif."

Lire le premier volet de notre série d'été, l'interview de Pia Imbs, la présidente de l'Eurométropole de Strasbourg.

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Commentaires 2
à écrit le 20/07/2021 à 14:53
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Faire un bilan sur une prévision c'est faire des plans sur la comète!

à écrit le 20/07/2021 à 10:44
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Disons que l'opposition aimerait bien qu'il se dépêche afin de mécontenter la population afin de se faire élire à leurs tours tout ces politiciens étant totalement désespérants inutiles et couteux. Ensuite il faut faire attention car les mises en exa...

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