Régionales : comment l'eau devient un enjeu qui s'impose aux élus néo-aquitains

La question de l'eau devient un enjeu politique de plus en plus lourd et s'impose comme un sujet à part entière dans la campagne des Régionales en Nouvelle-Aquitaine. Avec deux dossiers détonants : ceux des bassines, dans les Deux-Sèvres, qui devrait être tranché par Bruxelles, et celui du lac de Caussade, en Lot-et-Garonne, interdit par la loi mais visité par la candidate Geneviève Darrieussecq.

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Un accès à l'eau de plus en plus conflictuel.
Un accès à l'eau de plus en plus conflictuel. (Crédits : CC Pixabay by feraugustodesign)

Le 28 mai dernier, le tribunal administratif de Poitiers a recalé la construction de neuf des seize bassines programmées par la Coopérative de l'eau 79 (Deux-Sèvres). Autrement-dit, sept d'entre elles pourront être mises en œuvre dès cet automne. Ce projet mobilise depuis quatre ans une forte opposition, cristallisée au sein du collectif "Bassines non merci !" et agite les tribunaux.

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Le programme consistait au départ à créer 19 bassines pour y stocker 8,6 millions de mètres cubes d'eau, pompés dans la nappe phréatique à dix mètres de profondeur, moyennant 60 millions d'euros de financement, dont une aide de la Région Nouvelle-Aquitaine. Suite à la forte mobilisation du collectif "Bassines non merci !" et à la montée des tensions, le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset, allié d'EELV, est intervenu pour faire baisser la pression. La taille du projet a ainsi été ramenée de 19 à 16 bassines, pour 6,8 millions de mètres cubes, et son coût de revient de 60 à 50 millions d'euros.

La liste LFI-NPA serait née dans les Deux-Sèvres

La dernière décision du tribunal administratif de Poitiers a ainsi jugé que le volume d'eau à stocker dans les neuf bassines retoquées est surdimensionné. Non seulement les opposants au projet ne désarment pas, mais ils ont développé une vraie dynamique militante, en particulier lors du point d'orgue d'octobre 2020 lorsque Jean-Luc Mélenchon, José Bové et Philippe Poutou sont venus participer à la manifestation d'Epannes, près de Niort. Au point que de nombreux observateurs estiment que c'est dans les Deux-Sèvres, d'où est originaire Clémence Guetté, leur tête de liste, et grâce à la mobilisation créée par le collectif qu'est née la liste d'union LFI-NPA présentée à ces élections régionales.

"Le collectif Bassines non merci !, qui lutte contre un grand projet inutile, est soutenu depuis le début par les écologistes d'EELV, la France insoumise (LFI), le Parti communiste (PCF), le Nouveau parti-anticapitaliste (NPA) et de nombreuses associations. C'est vrai que la mobilisation a permis à de nombreux militants de se retrouver et de réfléchir ensemble", évoque pour La Tribune Mélissa Gingreau, membre de LFI et du collectif « Bassines non merci ! ».

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Quand Dominique Graciet parlait "d'écologie suicidaire"

Au moment où ce dossier a vraiment commencé à monter en pression, en 2018, le précédent président de la Chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, Dominique Graciet, n'avait pas mâché ses mots.

" Il va falloir taper du poing sur la table, parce que malgré les conclusions positives des enquêtes, le dossier n'avance pas ! A force de retarder le dossier, à force d'attendre, les coûts ont grimpé. Au lieu des 3 à 4 euros par m3 stocké, on est passé à 7 euros ! Cette politique est un frein aux grandes cultures. Et cette importance de l'écologie politique devient suicidaire pour l'agriculture et la région. Car il n'y a pas de politique de l'eau homogène. Alors que le projet de Bassines est bloqué dans les Deux-Sèvres, il se développe sans aucun problème dans le département d'à côté, situé en Pays-de-la-Loire", s'était alors indigné le patron des agriculteurs.

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EELV, LFI-NPA mais aussi le PCF combattent le projet

La campagne pour l'élection régionale 2021 en Nouvelle-Aquitaine montre que ce projet est soutenu par une majorité de formations politiques, du RN jusqu'au PS, même si Alain Rousset entend rester vigilant sur ce dossier. Seulement deux listes, engagées depuis des mois dans ce combat, s'y opposent : celles d'EELV et de LFI-NPA. A noter qu'elles sont aussi soutenues sur le terrain par le PCF, allié à la liste pilotée par le PS pour ces élections régionales. La dernière décision prise par le tribunal administratif de Poitiers va juridiquement geler le sort des neuf bassines retoquées, jusqu'à ce que la Coopérative de l'Eau 79 propose une nouvelle mouture du projet.

Mais la question des bassines, qui ne se limite pas à ces projets de la Sèvre niortaise et touche aussi la Charente-Maritime, avec Le Mignon, risque pourtant de rebatte les cartes pour l'ensemble des projets en cours, au moins dans l'ex-région Poitou-Charentes puisque le collectif "Bassines non merci !" a réussi à attirer l'attention de Bruxelles.

L'Europe devrait lancer une enquête sur la violation de neuf directives

Mélissa Gingreau explique ainsi que l'Union européenne va lancer une enquête qui pourrait s'avérer déterminante dans les faits sur le dossier des bassines.

"Nous allons à la rencontre des conseillers municipaux et désormais une trentaine de communes du bassin versant du Mignon s'opposent au projet de bassines. Et puis nous avons envoyé une pétition à ce sujet à la commission Peti du Parlement européen. Notre objectif est de démontrer que le projet des bassines contrevient à neuf directives européennes, parce que la loi européenne est supérieure au droit national.

La bonne nouvelle c'est que notre pétition n'a pas été rejetée et qu'elle désormais rendue publique sur le site du Parlement européen. Cela signifie que l'Union va lancer une enquête sur ce dossier et que plus nous aurons de signatures et mieux ce sera pour notre action. Une enquête de ce type dure plusieurs mois et on peut être certains que dès cet automne la construction de sept bassines sera lancée", déroule Mélissa Gingreau.

Caussade : un lac d'eau de pluie très explosif

L'autre sujet très conflictuel lié à la gestion de l'eau est celui du lac de Caussade, en Lot-et-Garonne, non loin de Villeneuve-sur-Lot. Construit en toute illégalité par la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, après avoir, il est vrai, été autorisé dans un premier temps, le lac de Caussade est très différent des bassines du Mignon. Parce qu'il s'agit en l'occurrence d'une retenue collinaire d'eau de pluie et non d'un forage dans la nappe phréatique, mais qu'il est aussi plus modeste comparé aux 6,8 millions de m3 des bassines, avec sa capacité de 920.000 m3, qui représente néanmoins environ 2,5 bassines. Pourtant le lac de Caussade est une vraie bombe politique.

Rappelons que le 23 janvier 2020 la force publique a été mise en échec, quand les 30 gendarmes dépêchés sur le site pour y sceller les engins de terrassement ont été empêchés d'agir par les 300 agriculteurs mobilisés. En clair les gendarmes ont rebroussé chemin sans faire usage de leurs armes. C'est l'une des péripéties les plus marquantes de ce projet, qui est à la fois déclaré illégal par la justice et soutenu par l'ensemble des communes du département.

Geneviève Darrieussecq en campagne à Caussade

De son côté la justice semble dispenser le chaud et le froid. Le 4 juin 2020 le tribunal administratif de Bordeaux a ainsi rejeté la requête formulée par France Nature Environnement, qui a attaqué à l'origine le projet (avec la SépanLog), de faire vidanger le lac de Caussade. Mais le 10 juillet suivant, les deux figures de proue de la construction du lac de Caussade, Serge Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, et Patrick Franken, président de la Coordination rurale (CR) de Lot-et-Garonne, étaient condamnés à respectivement 9 mois et 8 mois de prison ferme pour s'être engagés dans cette construction illégale. Des peines alourdies par la révocation de deux condamnations précédentes à la prison avec sursis.

Aussi quand Geneviève Darrieussecq, candidate LREM aux régionales en Nouvelle-Aquitaine, et ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants s'est rendue au lac de Caussade, à la rencontre de ses constructeurs, elle a semé le trouble. Lors du débat organisé par La Tribune sur ces élections régionales Geneviève Darrieussecq a assuré qu'elle était allé sur place "pour dire que la construction était illégale et écouter quelles étaient leurs soucis et c'est de notre devoir au cours d'une campagne électorale".

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Pour autant la ministre ne fait pas mystère qu'elle est favorable, comme la plupart des partis en lice aux régionales, à la construction de retenues collinaires pour capter la pluie. Des ouvrages nettement différents des bassines. Une position qui la différencie nettement de sa collègue au gouvernement Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, qui a notamment rappelé que "Le barrage de Caussade est illégal" tout en observant, il est vrai, que "Le gouvernement est mobilisé pour trouver une issue à cette situation et promouvoir une agriculture adaptée au changement climatique"

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Commentaires 2
à écrit le 10/06/2021 à 14:29
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Quand on n'est pas capable de comprendre qu'il faut des réserves d'eau pour lutter contre les sécheresses on continue à fumer de l'herbe dans les ZAD mais on n'a pas la prétention de sauver la planète ... en moins d'un an de mandat les élus EELV ont...

le 11/06/2021 à 6:56
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Une pluie même forte n'est pas un raz de marée mais elle le devient automatiquement quand on ne régule pas les ruissellements en amont des bassins versants. Depuis plus de 30 ans les climatologues disent bien, qu'avec le dérèglement climatique, il n'...

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