Girondins de Bordeaux : le maire Pierre Hurmic prend la main sur un dossier explosif

Avec la création d'un comité de soutien et de vigilance puis le lancement de l'appel "Tous Girondins!" le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui n'a cessé de s'intéresser au Football Club Girondins de Bordeaux (FCGB), se montre très actif. Opposé depuis 2018 à la vente du club aux investisseurs américains, il entend faire peser la voix des élus alors que le club, au bord de la faillite, va être une fois de plus revendu. Pierre Hurmic rêve d'un autre modèle de développement pour le FCGB. Enjeu qui laisse froid les supporters très indépendants du groupe Ultramarines, qui refusent de signer son appel.

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Pierre Hurmic
Pierre Hurmic (Crédits : Agence APPA)

Si la mairie de Bordeaux n'est pas propriétaire du Football Club Girondins de Bordeaux (FCGB) Pierre Hurmic, nouveau maire écologiste de la ville, après avoir été un opposant municipal de longue date, qui a ferraillé avec Chaban-Delmas puis Alain Juppé, avant de l'emporter l'an dernier contre Nicolas Florian, ne cesse de monter en puissance dans cette affaire. Jusqu'à prendre la main sur un dossier où il n'était pas forcément attendu.

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Parce que dans ce clash financier à 100 ou 120 millions d'euros, le palais Rohan ne pèse pas grand-chose, pour ne pas dire rien. C'est ainsi que le maire de Bordeaux ne tient pas dans ce scénario le rôle d'un puissant baron local mais au contraire celui d'un outsider dos au mur, prêt à tout pour sortir le club de l'impasse mais à ses conditions. Le défi peut paraître hors d'atteinte pourtant l'initiative du maire de Bordeaux est en train de faire boule de neige.

"Je me suis toujours opposé à cet accord"

Au lieu d'attendre que le rouleau compresseur des dettes engrangées par le FCGB ne vienne tout écraser sur son passage, Pierre Hurmic est passé à l'action. Impulsant la création d'un Comité de soutien et de vigilance consacré aux Girondins de Bordeaux, qu'il a officiellement présenté ce samedi 1er mai. Associant aussitôt à l'entreprise son allié numéro un, le président (PS) de Bordeaux Métropole : Alain Anziani.

Girondins de Bordeaux

Le nouveau président Frédéric Longuépée, à gauche (au côté de l'ex-président Joseph Dagrosa de GACP) cristallise le ressentiment des Ultramarines.

"Il s'agit de soutenir le club, de peser sur le choix du repreneur. Ce ne sont pas nous, les politiques, qui sommes les vendeurs. Mais nous voulons peser sur les choix qui seront faits. Le vendeur c'est King Street. Il faut absolument éviter ce qui s'est passé en 2018, quand le FCGB a été vendu par M6 à GACP", explique Pierre Hurmic à La Tribune.

"Nous ne pouvons pas accepter que la vente se fasse une fois de plus sans que toutes les parties prenantes intéressées par la vie du club ne puissent s'exprimer à ce sujet. En tant qu'élus nous avons entendu à l'époque Joseph Dagrosa, le patron de GACP, nous annoncer qu'il allait payer à M6 la somme de 100 millions d'euros pour acquérir un club déjà criblé de dettes, qui valait 1 euro ! Je me suis toujours opposé à cet accord contre lequel j'ai voté et que je n'ai cessé de dénoncer depuis", poursuit-il

Le maire de Bordeaux a le bon niveau de légitimité

Ce comité de soutien et de vigilance, Pierre Hurmic l'a étoffé dès son lancement avec des représentants du monde sportif et économique. Avec son adjoint chargé des sports, Mathieu Hazouard, mais aussi Philippe Seguin, président de la CCI Bordeaux Gironde, avec, côté joueurs, le légendaire Alain Giresse, Saïd Enjimi, président de la Ligue Aquitaine de football, Philippe Saïd, président du Comité régional olympique et sportif, et Jean-Didier Lange, ex-président du FCGB. Pierre Hurmic veut peser sur la trajectoire du FCGB et il était indispensable qu'il teste sa légitimité.

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Le fait que les deux premiers repreneurs déclarés du FCGB, Bruno Fievet et Pascal Rigo, l'aient contacté le 23 avril dernier, démontre que le maire de Bordeaux a le bon niveau d'accréditation pour convaincre. Mais plus on gratte le sujet et plus on comprend que, même sans en parler beaucoup, Pierre Hurmic n'a jamais lâché l'affaire, jamais renoncé à rectifier le deal conclu en 2018. Rien d'étonnant à ce qu'il ait soutenu les manifestations anti Longuépée des supporters Ultramarines des 27 juin 2020 et 24 avril 2021.

"J'ai fait appel à Jean-Didier Lange pour la création de ce comité de soutien et de vigilance parce qu'avec lui nous avions déjà organisé une instance de concertation avec les Ultramarines", éclaire pour La Tribune Pierre Hurmic.

Pourquoi les Ultramarines ne veulent pas signer

Contrairement à la plupart de leurs homologues, les Ultramarines, sans doute le groupe de supporters de football à s'être le plus précocement engagé en France dans la lutte contre le sexisme et les discriminations sexuelles, ont leur propre agenda et entendent conserver une complète indépendance. Ce qu'ils ont fait savoir au maire de Bordeaux. Pas question pour eux de donner pour le moment un blanc-seing à la nouvelle majorité municipale dans cette affaire qui touche à la survie du FCGB.

Le repreneur des girondins de bordeaux conteste par des supporters

Les Ultramarines ne s'intéressent qu'à la tête de Frédéric Longuépée.

"Les Ultras ne pensent qu'au départ du président Frédéric Longuépée. Moi je ne veux pas changer de personne mais de modèle, je ne veux pas voir arriver un nouveau fonds d'investissement au club. Les Ultramarines maintiennent que l'organisation du club ne les regarde pas, qu'ils ne sont pas intéressés par un droit de regard sur la vie du club. Ils s'opposent à la mise en place d'un système de socios, comme en Espagne ou en Italie. Ils sont arc-boutés sur la démission de Longuépée. Bien sûr je ne demanderais pas mieux que les Ultramarines acceptent de signer", observe avec une pointe de dépit Pierre Hurmic.

Remettre les politiques girondins en selle dans ce dossier

Le maire de Bordeaux est toutefois en train d'élargir à toute vitesse sa base mobilisée pour la création du Comité de soutien et de vigilance, avec une nouvelle couche, de plus en plus épaisse, de signataires qui viennent de répondre à l'appel « Tous Girondins ! » rendu public ce mardi 4 mai. Et avec cette initiative le maire de Bordeaux ratisse désormais bien au-delà de son camp et de ses alliés traditionnels. Et c'était bien son objectif.

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"L'idée c'est que le poids de cet appel soit assez fort, avec des noms qui comptent pour attirer l'attention sur la situation du club. Dans tous les cas ce ne sont pas les politiques qui décideront. Mais il faut que les élus girondins soient présents dans ce dossier, qu'ils aient voix au chapitre. Car le FCGB fait partie de notre patrimoine. Les signataires sont éclectiques mais tous s'intéressent au futur du club", recadre pour La Tribune le maire de Bordeaux.

En plus de la tête de liste  EELV aux Régionales 2021 Nicolas Thierry, des présidents sortants (PS) et candidats à leur succession Alain Rousset, à la Région, et Jean-Luc Gleyze, au Département, ou de la vice-présidente (PS) de la Métropole, Andréa Kiss, la sénatrice centriste Nathalie Delattre a elle aussi signé cet appel lancé par l'un de ses adversaires politiques.

Stéphane Martin, président des Girondins de Bordeaux

Dernier président du FCGB sous M6 le financier Stéphane Martin est proche de Pascal Rigo, l'un des deux premiers repreneurs déclarés.

Deux autres sénatrices de la Gironde avaient, au 4 mai, également signé cet appel : Monique de Marco (EELV) et Laurence Harribey (PS). Alors qu'il est désormais question de convaincre les grands propriétaires de domaines viticoles de participer au financement du club, Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) et Allan Sichel, négociant et vice-président du CIVB, ont eux aussi paraphé l'appel.

La signature surprise de l'appel par les opposants les plus durs

Mais ce "Tous Girondins!" lancé par le maire de Bordeaux prend aussi des allures de feu d'artifice avec risque d'incendie. Puisque ce même mardi 4 mai dans la soirée c'est la totalité de Métropole commune (34 élus), coalition de la droite et du centre menée par Patrick Bobet, socle de l'opposition à la majorité PS-EELV de la Métropole, qui a signé comme un seul homme l'appel de Pierre Hurmic. Un maire de Bordeaux et vice-président métropolitain sur lequel Patrick Bobet focalise en général ses attaques les plus virulentes.

Le maire de Bordeaux pourrait-il perdre la main et se faire doubler par ses propres adversaires politiques sur ce dossier ? Cela semble peu probable dans l'immédiat, parce que le maire de Bordeaux mène le bal. Il en a la légitimité et des alliés qui pourront lui être de précieux soutiens.

Parmi ces derniers ne se trouvent pas que des élus. Mais aussi d'anciens joueurs iconiques, comme Marius Trésor, Bernard Lacombe ou encore Bixente Lizarazu, formé au club et basque, comme Pierre Hurmic. Groupe auquel il faut ajouter l'artiste Pascal Obispo, qui intervenait sur les ondes de la radio Witt FM au milieu des années 90, quand Lizarazu, qui portait le maillot au scapulaire avec Christophe Dugarry et Zinédine Zidane, y avait sa chronique.

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Personnellement très investi dans la vie de son club Laurent Marti, le président de l'UBB (Union Bordeaux Bègles) a également répondu présent. Il est clair que cet appel au peuple ne va pas en rester là. Tout comme les chefs cuisiniers Philippe Etchebest ou Julien Camdeborde. Comme l'a également évoqué Pierre Hurmic de très nombreux prétendants à la reprise du club, plus ou moins sérieux ou farfelus, se manifestent. Personne ne peut encore prévoir ce que va réellement donner cette initiative, qui relance incontestablement le personnel politique dans la survie du Football Club Girondins de Bordeaux.

Rappelons enfin qu'il existe au moins deux autres candidats à la reprise du club considérés comme crédibles : Elie Simon, qui rêverait de pouvoir associer les supporters à son projet de reprise -ce qui risque d'être difficile-, et, selon Sud Ouest, l'homme d'affaires franco-américain Ravy Truchot, également en lice pour reprendre le club de Châteauroux (Ligue 2), selon la Nouvelle République.

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Le Comité social et économique du FCGB a publié ce mercredi 5 mai un communiqué titré "Nous sommes les Girondins" dans lequel cette instance, qui représente les salariés, rappelle sans donner de chiffres tous les problèmes qui se sont posés depuis 2018, y compris les pertes d'emplois. Le CSE se dit en particulier "touché par toutes les marques de soutien collectives et individuelles" qui se manifestent vis-à-vis du club.

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Commentaire 1
à écrit le 06/05/2021 à 10:50
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C'est un combat perdu d'avance, quand on voit comme les supporters du psg sont contents d'avoir un propriétaire de club qatari qui achète des joueurs médiatiques et que ça leur suffit amplement alors qu'incapables de gagner la champions league exposa...

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