Bordeaux : les circuits courts alimentaires survivront-ils au déconfinement ?

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Jean-Louis Dubourg, président de la Chambre d'Agriculture de Gironde, et Nicolas Florian, maire de Bordeaux, présentent les paniers alimentaires issus de l'agriculture locale.
Jean-Louis Dubourg, président de la Chambre d'Agriculture de Gironde, et Nicolas Florian, maire de Bordeaux, présentent les paniers alimentaires issus de l'agriculture locale. (Crédits : Maxime Giraudeau)
Deux mois de confinement pour un retour au bien manger et au local... et puis s'en va ? La mairie de Bordeaux ne l'entend pas de cette oreille et mise sur cette vague inédite pour galvaniser producteurs girondins et circuits-courts. Si les mesures proposées sont déjà vues, la Chambre d'Agriculture croit beaucoup en ce tournant.

A situation exceptionnelle, comportement exceptionnel. Les cinq drives fermiers que compte Bordeaux Métropole, dont celui éphémère place des Quinconces, ont connu une augmentation de fréquentation de presque 500 % pendant le confinement, avec jusqu'à 1.200 commandes par semaine. Jean-Louis Dubourg, le président de la Chambre d'Agriculture de la Gironde, y voit un tournant.

" Nous attendions ça avec impatience. Les agriculteurs vivaient avec un grand désarroi l'arrivée des fruits et légumes qui traversent les Pyrénées ou les Alpes, sans pouvoir se battre. Nous n'avons pas les mêmes règles de productions, sanitaires, sociales et fiscales. Les critères français de qualité sont très stricts. On retrouvait, dans les rayons de nos boutiques, des produits étrangers bas de gamme, qui répondaient à une qualité sanitaire minimale et sociale inexistante. La situation que nous avons vécue a remis l'agriculture et l'alimentation françaises au centre des préoccupations", plaide-t-il.

La mairie a également bien mesuré ce changement de paradigme et compte bien accompagner les producteurs du département.

" Le projet que l'on porte pour l'avenir c'est que la collectivité prenne à sa charge le différentiel entre le prix de production et le prix que payent nos concitoyens, à travers tout un réseau d'épiceries sociales et solidaires, avec la restauration et les circuits-courts locaux. C'est le rôle de collectivité de faire ce trait d'union", présente Nicolas Florian, maire de Bordeaux.

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Calcul du prix de revient

Avec ces paniers à prix coûtant, le producteur girondin pourra espérer un prix semblable - "voire un peu plus élevé" souffle-t-on à la mairie - que celui proposé par la grande distribution. Pour le consommateur, l'homogénéisation des prix devrait être renforcée. A lui de mesurer la différence de goût et d'utilité sociale. Nicolas Florian n'a néanmoins annoncé ni somme allouée au programme, ni source de financement. Quoi qu'il en soit, l'annonce devra attendre que les élections municipales rendent leur verdict le dimanche 28 juin prochain, alors que la campagne officielle démarre dans quelques jours.

Pendant le confinement, les structures alimentaires n'ont pas attendu ces revirements pour agir. En atteste l'action de la Banque Alimentaire de Gironde pour distribuer un million de repas en trois mois. Les producteurs locaux ont même répondu à la demande exponentielle sur les drives fermiers "en doublant leur capacité de production" souligne Jean-Louis Dubourg. Pour assurer un avenir décent à l'agriculture locale, celui-ci évoque des pistes. "Nous allons solliciter les élèves de Bordeaux Sciences Agro pour calculer le prix de revient pour arriver à un prix de vente qui soit cohérent et qui réponde aux besoins des producteurs." Et pourquoi pas aussi renforcer le partenariat avec l'Atelier Remuménage pour les livraisons à vélo.

De son côté, la plateforme du Département de la Gironde, existante depuis 2013, a connu un succès important pour mettre en relation producteurs et consommateurs. Même principe pour la plateforme de la Région Nouvelle-Aquitaine, lancée spécialement pendant le confinement.

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Relocalisation alimentaire ?

Au-delà de la distribution de paniers à prix coûtant, la mairie veut enseigner l'art du bien manger. "C'est très important pour le dispositif et ça passe par exemple par des cuisines collectives", théorise Nicolas Florian. L'idée a déjà été évoquée en novembre et n'a pas encore tout à fait parcouru son chemin. Et comment garantir un approvisionnement massif de fruits et légumes locaux quand la Gironde est majoritairement orientée vers la viticulture ? Jean-Louis Dubourg dresse un constat. "Faire du maraîchage c'est très technique. Faire pousser des radis c'est un métier, pour les patates c'en est un autre. Si on veut garantir une production et s'engager avec des contrats, c'est une affaire de spécialistes. Développer l'agriculture de proximité implique des métiers complexes." Des friches cultivables sont déjà identifiées autour de l'agglomération, des candidatures, beaucoup moins.

Pour rappel, en 2011, la production annuelle de produits frais (fruits et légumes, produits laitiers et viande) sur le territoire de la métropole de Bordeaux représentait moins d'un jour de la consommation annuelle correspondante. Ce ratio a grimpé à 7 jours en 2017 mais reste notoirement insuffisant et, selon un diagnostic mené par le bureau d'études VertigoLab pour les services métropolitains en 2017/2018, le potentiel agricole théorique utilisé à plein permettrait d'atteindre seulement 16 jours d'autosuffisance alimentaire.

Lire aussi : Bordeaux Métropole doit-elle viser l'autosuffisance alimentaire ?

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Commentaires
a écrit le 12/06/2020 à 10:57 :
A Bordeaux comme dans tous les territoires, découvrir les produits locaux pour certains, continuer a en faire usage pour d'autres /l'équilibre alimentaire est l'un des fondamentaux de la santé, bien précieux pour faire face aux maladies.
a écrit le 11/06/2020 à 7:53 :
C'est le tournant à ne pas rater, les villes qui sauront maitriser leur consommation locale auront une avance sur les autres sans cesse grandissante. Maintenant le lobby de l'agro-industrie étant aussi obscurantiste que puissant on comprend ceux qui, le canon sur la tempe, refusent de changer.
a écrit le 11/06/2020 à 7:40 :
Comme pour le vin, on a tendance a boire et manger local facilitant la traçabilité et la qualité! C'est la tendance a vouloir surproduire qui est un problème!

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