Bordeaux défend sa navette aérienne vers Orly

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(Crédits : ATR - Pierre Barthe)
Le risque de voir disparaître la navette entre les aéroports de Bordeaux-Mérignac et d'Orly dans le cadre du plan de sauvetage d'Air France inquiète grandement les acteurs politiques et économiques de l'agglomération bordelaise. Certains viennent de signer un courrier pour demander au gouvernement de préserver au moins la moitié des rotations vers la capitale. Plus largement, l'aéroport bordelais entre dans une zone de turbulences.

[Mise à jour le 18/05/20 à 15h : le Département de la Gironde n'a pas souhaité signer le courrier. Mise à jour le 19/05/20 à 12h : réaction de Pierre Hurmic]

L'annonce de Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des finances, fin avril, de conditionner les 7 Md€ d'aides à Air France à des évolutions structurelles menac pourrait menacer directement la navette entre Bordeaux-Mérignac et Paris-Orly, tandis que la liaison vers Roissy serait préservée. Et alors que les vols au départ à l'arrivée de Bordeaux reprennent au compte-goutte avec le déconfinement progressif, les élus locaux et la CCI Bordeaux Gironde se mobilisent pour sauvegarder les rotations quotidiennes vers Orly bien que cette ligne fasse figure d'exception, avec Orly-Nantes et Orly-Lyon, dans le paysage aérien français.

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Un courrier signé par Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde, Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, Patrick Bobet, le président de Bordeaux Métropole, Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, et Alain Anziani, le maire de Mérignac, va ainsi être adressé au Premier ministre Edouard Philippe. Jean-Luc Gleyze, le président du Département de la Gironde, n'a pas souhaité s'associer à cette démarche.

"Nous demandons que la navette vers Orly soit préservée car sa suppression serait une mauvaise réponse à une bonne question et aurait un impact très important sur le tissu économique local", fait valoir Patrick Seguin, qui juge plus raisonnable de mettre la pression sur les avionneurs. "A notre niveau nous avons acté le principe d'un aéroport neutre en carbone en 2030, maintenant c'est à l'Etat et à l'Union européenne d'inciter les constructeurs à mettre au point rapidement des avions moins polluants et moins bruyants. L'objectif de l'initiative européenne Clean Sky est 2030, je pense qu'il faut aller plus vite !"

Conserver au moins la moitié des rotations

L'an dernier, la destination la plus prisée au départ de Bordeaux Mérignac est restée Paris avec 1,2 million de passagers vers la capitale (Orly et Roissy), dont 550.000 vers Orly. La concurrence de la LGV, lancée en 2017, a néanmoins entraîné une baisse de -26 % du trafic sur cette ligne en 2019 par rapport à 2016. "Orly dessert la capitale mais aussi les Dom-Tom, l'Afrique et l'Europe centrale, nous avons besoin de cette liaison. Il faut peut-être revoir son cycle mais on ne peut pas descendre en-dessous la moitié des rotations réalisées avant la crise du Covid-19", assure le président de la CCI qui, comme les élus locaux, met dans la balance l'impact sur l'emploi du territoire, :

"L'aéronautique pèse 35.000 emplois à l'ouest de la métropole, c'est le premier secteur économique de l'agglomération devant le vin et le tourisme et l'arrêt de la navette serait un très mauvais signal. En cas d'arrêt de la navette, Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, a déjà laissé entendre qu'il pourrait changer d'avis sur l'implantation prévue à Mérignac du bureau d'études transféré depuis Saint-Cloud."

L'objectif des élus bordelais est surtout de nouer le dialogue avec le gouvernement sur cette question jugée stratégique dans un contexte de crise profonde pour le secteur aéronautique. "Nous ne sommes pas arc-boutés sur la situation d'avant la crise mais nous demandons de pouvoir discuter avec tous les acteurs, en particulier l'association Baas (Bordeaux Aquitaine aéronautique et spatial) et l'Etat, pour adapter la jauge à la réalité du trafic de demain, sachant que tous les TGV vers Paris étaient déjà complets avant le Covid-19." En déplacement à Bordeaux, ce 15 mai, Jean-Baptiste Djebbari, le secrétaire d'Etat aux Transports, s'est dit ouvert à une telle discussion avec les acteurs locaux.

De son côté, le candidat écologiste à la mairie de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui a fait quasi jeu égal avec le maire sortant en mars dernier, estime que "la diminution du trafic aérien, à commencer par le trafic intérieur, est un impératif climatique, à fortiori quand des villes sont dotées d'alternatives ferroviaires les plaçant à deux heures de Paris, avec de surcroît, demain, une liaison Tram Aéroport / Gare Saint-Jean. Le redressement économique de nos entreprises ne peut s'exonérer de contreparties écologiques et climatiques." Et l'élu bordelais d'interroger : "Le rôle des pouvoirs publics n'est-il pas d'accompagner les entreprises de l'Aéroparc vers une mutation inévitable au lieu de persister à les ancrer dans les errements du vieux monde ?"

L'aéroport de Bordeaux sous vents contraires

La fin ou la réduction de la navette vers l'Ile-de-France serait en effet une très mauvaise nouvelle pour l'aéroport de Bordeaux-Mérignac dont le trafic ne cesse d'augmenter ces dernières années : 7,7 millions de passagers en 2019, soit une croissance de 13,3 % sur un an et de 132 % sur dix ans. L'arrêt brutal du trafic aérien et les perspectives très dégradées du secteur pour les mois à venir devraient en effet avoir un impact fort sur l'activité de la plateforme qui a engagé en décembre dernier un plan d'investissement de 169 M€.

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"Les mois qui viennent vont être compliqués avec probablement une chute importante du low cost qui pèse la moitié du trafic à Bordeaux. Cela pourrait avoir des conséquences sur le déroulé du plan d'investissement avec potentiellement des travaux d'aménagements annulés même si l'extension de la ligne A du tramway prévue pour 2022 ne sera pas remise en cause", estime Patrick Seguin. La CCI Bordeaux Gironde, est actionnaire à 27 % de l'aéroport. Un conseil de surveillance abordera tous ces sujets le 26 mai prochain.

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a écrit le 23/05/2020 à 16:02 :
Le raisonnement du train face à l'avion (B. Lemaire) est imparable. Le train Paris-Bordeaux, met -en moyenne- 2H 14 minutes. L'avion met 1H. 10, auquel il faut ajouter plus de deux heures: joindre Orly: env. 40 minutes. Arriver avant pour enregistrement et éviter surbooking 30 minutes, attendre les bagages à Bordeaux, environ 20 minutes (minimum) et rejoindre le centre ville, entre 25 et... un certain temps... en fonction de la circulation. Le train mène, directement, de centre à centre. Faites les comptes.
La France est le pays des aéroports: un à Bézier, un autre à Montpellier (46 minutes d'autoroute). Un à Tarbes, un à Pau (48 KM, 34 Minutes). 4 en Corse (300 000 habitants), 3 en Sardaigne (1 million 500 000 h.). La liste n'est pas exhaustive. Cette multiplication des plateformes aéroportuaires à un coût. Il faut donc répondre à la question, est-il supérieur à ce que cela rapporte?
a écrit le 20/05/2020 à 16:15 :
Il faut savoir que la région ile de France est la première en termes d'empois dans les activités aéronautiques, spatiales et de défense (devant Toulouse, et oui, il faut le savoir…) Aussi, il y a de multiples liaisons entre les entreprises de la région parisienne du secteur et celles basées à Toulouse, Bordeaux et environs… et comme il s'agit d'entreprises industrielles, elles ne sont pas situées en centre ville, là où arrivent les trains ou TGV…et qu'il n'y a pas que l'aéronautique dans la région de Bordeaux. En prenant la navette Air-France à 7h le matin et celle de 18h30 ou 19h pour le retour quand la viso-conférence n'est pas possible, c'est efficace. C'est impossible de le faire en TGV et en RER pour se rendre à la gare. Une fois encore, les industries que l'on veut promouvoir, ne sont pas dans Paris intra muros ou dans le centre des villes de même que les salariés !
a écrit le 20/05/2020 à 13:16 :
Inutile de conserver cette ligne qui n est pas rentable . Cet aéroport est bruyant et peu attentif au bien être des riverains avec de nombreux abus dans l utilisation des pistes. L environnement est devenu une priorité ... nos élus devraient se préoccuper du bien être des citoyens avant de s occuper de leurs intérêts financiers
a écrit le 19/05/2020 à 18:18 :
Mr non il ne faut pas supprimer la ligne de Bordeaux merignac vers. OrLyon moi je prends cette ligne tous les ans . Correspondance la réunion cela est très bien. Sinon à rois sympa je ne le prendrai plus et donc. Sur Orléans il y a bcp de monde svp supprimé notre du depuis tjrs soyez indulgent Mrs.
a écrit le 18/05/2020 à 16:52 :
La navette Paris Orly peut être remplacée très facilement par des navette TGV Paris Massy Palaiseau qui permettront au bordelais d'être à Orly en 2h15 environ pour peu que les navettes Massy Orly soient synchronisées avec l'arrivée des TGV ce qui revient pratiquement au même en temps de déplacement et qui est beaucoup plus confortable!!
a écrit le 18/05/2020 à 15:59 :
La ville de Strasbourg a vu ses liaisons annulées il y a quelques années.
Je ne crois pas qu'il en ait résulté une catastrophe pour la région.
Paris/SXB = PARIS/BDX.
Réponse de le 20/05/2020 à 19:39 :
je pense qu'une proportion significative des passagers de la métropole strasbourgeoise et plus généralement de l'Alsace vont maintenant prendre l'avion à FRANCFORT ( long courrier) ou BALE MULHOUSE ( europe) d 'où une perte commerciale des transporteurs français essentiellement basés à Roissy et Orly
Réponse de le 21/05/2020 à 2:22 :
SXB c'est très différent, autour il y a rien, contrairement à BOD là bas c'est à Strasbourg-Centre que tout se passe, sans compter qu'il a toujours souffert de la concurrence de Francfort facilement accessible par la route pour les alsaciens et les lorrains. Il me semble qu'il existe même une navette bus Lufthansa Strasbourg centre-FRA airport (ou du moins a existé). Le TGV en 2007 n'a fait qu'achever la ligne aérienne Strasbourg-Paris déjà mal en point à l'époque. Autour de Mérignac il y a d'énormes zones d'activités et des villes très densément peuplées (Martignas, Saint Médard, Le Haillan, le sud du Médoc etc...). Pour la plupart des habitants de la Gironde, l'aéroport reste actuellement plus facilement accessible que la gare Saint Jean. Tout le monde n'habites pas et ne travaille pas dans un rayon de 2km autour de la Gare Saint Jean, d'un arrêt de tram ou d'une gare TER. Je comprends la question écologique, la ligne aérienne Paris-Bordeaux est certainement sur-dimensionnée aujourd'hui : réduire les fréquences au raisonnable et mettre des avions plus petits donc plus écologiques serait le meilleur compromis pour tout le monde.

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