Coronavirus, déontologie, startups : les annonces du CHU de Bordeaux

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Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux
Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux (Crédits : Agence Appa/Eric Barrière)
Yann Bubien, le nouveau directeur général du CHU de Bordeaux, annonce à La Tribune que le centre hospitalier universitaire nommera d'ici quelques jours son premier déontologue, en la personne du professeur Lionel Collet, conseiller d'Etat. Confirmant la création prochain d'une pépinière de startups au sein du CHU, il a par ailleurs expliqué que ce dernier a les moyens de faire face à l'épidémie de coronavirus. Le premier malade diagnostiqué en France était bordelais, et il est désormais guéri.

Le Petit déjeuner de ce vendredi 21 février, organisé par La Tribune à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel, en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, a permis d'accueillir le nouveau directeur général du CHU de Bordeaux, Yann Bubien. Tout au long de l'entretien mené par Pierre Cheminade, rédacteur en chef adjoint de La Tribune, à Bordeaux, Yann Bubien a mis en lumière les défis que doit relever ce centre hospitalier universitaire, encore classé à la 1ère position nationale l'été dernier. Ex-directeur de cabinet adjoint de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, qui a annoncé ce 16 février 2020 qu'elle quittait son ministère pour se lancer dans la course à la mairie de Paris sous les couleurs de LREM,

Yann Bubien a été nommé à la direction générale du CHU de Bordeaux le 1er octobre 2019. Ce Bordelais pur sucre, qui a démarré Sciences Po Bordeaux à l'âge de 17 ans et poursuivi son cursus à l'université Bordeaux Montaigne (ex-Bordeaux III), a ensuite intégré l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Yann Bubien a été conseiller de plusieurs ministères avant de devenir celui de l'ambassadeur de France au Royaume-Uni. Avant de rejoindre le cabinet d'Agnès Buzyn il va assurer pendant près de six ans la direction générale du CHU d'Angers.

Une crise majeure qui a démarré un vendredi soir

C'est donc un cadre dirigeant expérimenté de l'administration hospitalière qui a été dépêché au port de la Lune.

"J'avais vraiment envie de venir à Bordeaux, parce que je suis né dans cette ville, que j'y ai ma famille. Bordeaux, c'est ma ville. Et puis le CHU de Bordeaux est très bien classé. C'est un CHU de référence dans beaucoup de domaines. C'est au CHU de Bordeaux qu'a été admis le premier patient français atteint par le coronavirus, le 23 janvier. Il s'agit d'un Bordelais qui revenait de Chine. Et comme toutes les crises, celle du coronavirus a débuté à Bordeaux un vendredi soir. Mais le CHU de Bordeaux, qui dispose d'un service pour les maladies tropicales et du voyageur, est préparé à faire face à ce type de crise. Même quand il s'agit de traiter un virus inconnu", déroule Yann Bubien.

Yann Bubien Public

Le public est venu nombreux (Agence Appa/Eric Barrière)

Le 13 février le ministère de la Santé annonçait que ce patient avait été guéri et qu'il était sorti de l'hôpital Pellegrin. Malgré les nombreux facteurs inconnus qui caractérisent encore le coronavirus, rebaptisé Covid-19 depuis le début de l'épidémie, l'équipe spécialisée placée sous la direction du professeur Jean-Marie Denis Malvy a su faire face.

Pourquoi le CHU a les moyens de faire face au coronavirus

"Il faut savoir que le service des maladies tropicales et du voyageur du CHU de Bordeaux est une référence en France. Et le responsable de ce service, le professeur Denis Malvy, est lui aussi une référence. C'est un spécialiste à l'échelle nationale et internationale, puisqu'il est référent de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Le coronavirus est un agent infectieux que l'on ne connaît pas, parce qu'il est nouveau, mais nos équipes sont formées et nos services techniquement opérationnels, en particulier avec des chambres à pression négative (qui empêche l'air d'une pièce de s'échapper à l'extérieur et inversement -NDLR), pour faire le travail. En cas de besoin, nous pouvons même couper des ailes de l'hôpital, les isoler", détaille le directeur général.

Il faut dire que depuis la crise du coronavirus, le CHU de Bordeaux, qui reçoit déjà 350.000 appels annuels aux urgences via le Samu, a vu cette cadence moyenne grimper de +30 % ! Ce nouveau virus qui vient de Wuhan, ville de la province du Hubeï jumelée avec Bordeaux, n'a pas encore déclenché de pandémie, autrement-dit d'épidémie mondiale, comme l'a souligné Yann Bubien, mais semble semer l'inquiétude dans la population. Au point que le patron du CHU de Bordeaux a annoncé l'organisation d'une conférence publique dédiée à cette question, ce mardi 25 février à 18 heures, au Pôle juridique et judiciaire de l'Université de Bordeaux, 35, place Pey Berland, avec Marc Laforcade, directeur général de l'Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, et le professeur Jean-Marie Denis Malvy.

Un psychiatre virtuel est né au CHU de Bordeaux

L'activité du CHU de Bordeaux ne saurait se limiter au coronavirus, malgré l'étendue des enjeux, et ce centre hospitalier universitaire, qui dispose d'une imposante équipe de recherche représentant 294 équivalent temps plein est aussi un pôle d'innovation. C'est ainsi que le CHU de Bordeaux développe deux innovations marquantes : les projets Rein 3D Print, et un prototype de médecin virtuel, qui est en l'occurrence une psychiatre addictologue.

"Oui je l'ai testé, c'est dans le service du professeur Pierre Philip. C'est un écran avec une personne modélisée en trois dimensions, une psychiatre. C'est original de lancer ça car cette initiative nous renvoie à l'intelligence artificielle, qui est en pleine explosion dans le monde de la santé", éclaire Yann Bubien.

Le directeur général, qui se définit aussi comme « un geek », reprends à son compte le projet de création d'une pépinière pour les startups, lancé par son prédécesseur Philippe Vigouroux. Il faudra encore trouver un lieu adéquat pour les accueillir. Une occasion pour Yann Bubien de souligner la force de l'écosystème construit dans la région Nouvelle-Aquitaine autour de l'innovation, tout en évoquant l'hôpital Saint-André, qui dispose d'espaces libres, en plein centre-ville, comme une option éventuelle pour cette pépinière.

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Yann Bubien n'est pas du genre à bouder les réseaux sociaux (Agence Appa/Eric Barrière)

Des cyberattaques qui n'épargnent pas les maisons de retraites

Le CHU de Bordeaux a notamment noué des partenariats avec trois startups (Synapse Medicine, Satelia, Betterise HealthCare), qui sont d'autant plus intéressantes qu'elles développent des systèmes de télémédecine permettant de suivre les patients à distance. Une technologie qui, a expliqué le directeur général, va se développer avec le vieillissement de la population et l'augmentation des maladies chroniques à suivre en temps réel.

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Le CHU de Bordeaux compte notamment dans son patrimoine l'hôpital Saint-André. "Il est ouvert depuis 700 ans et n'a jamais fermé, ni pendant la Révolution, ni pendant la guerre" observe Yann Bubien. Un auguste témoin historique toujours actif, qui va devoir subir certains réaménagements. Saint-André, où il n'est pas facile de caser une IRM (imagerie par résonance magnétique), pourrait ainsi perdre son service d'urgences, mais pas avant plusieurs années, promet Yann Bubien...

Même s'ils semblent spontanément en être éloignés, les hôpitaux n'échappent pas aux cyberattaques.

"Ils en subissent tous les jours, confirme Yann Bubien. Ce qui est également le cas des maisons de retraite, qui n'ont généralement aucune défense, poursuit-il. A l'inverse les CHU sont calés en la matière. Nous savons comment les attaques se déclenchent. Bien sûr c'est toujours terrible qu'un CHU subisse une cyberattaque. Mais le pire des cas nous sommes toujours capables de fonctionner en mode dégradé, en revenant au papier", éclaire le directeur général.

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Des liens financiers avec les laboratoires a relativiser

Interrogé sur les liens des hôpitaux avec les laboratoires pharmaceutiques, suite à l'enquête nationale lancée à ce sujet par une quinzaine de titre de la presse quotidienne régionale, dont « Sud Ouest », Yann Bubien a tenu à recadrer l'importance des enjeux. Cette enquête montre qu'au CHU de Bordeaux cette pression exercée par les laboratoires pharmaceutiques générait un flux financier de 9 M€ en 2018, sous forme d'avantages (repas, formations, participations à des congrès...) ou de rémunérations. Sans qu'aucune de ces pratiques d'influence ne relève de faits illégaux.

CHU Bordeaux

L'hôpital Pellegrin (notre photo), vaisseau amiral du CHU de  Bordeaux, a la maternité qui enregistre le plus de naissances en France métropolitaine, a souligné Yann Bubien (DR).

"Il faut relativiser ces 9 M€ de liens entre le CHU de Bordeaux et les laboratoires pharmaceutiques par rapport à notre budget de 1,16 Md€. Nous ne sommes pas financés par les labos ! Et puis il faut distinguer les liens d'intérêt et les conflits d'intérêts. Il est normal qu'il y ait des liens d'intérêts, parce que nous travaillons avec eux pour plus d'efficacité, ne serait-ce que pour avoir une expertise sur une molécule donnée. Cela ne me gêne pas tant que ces opérations sont transparentes. Les conflits d'intérêt c'est différent. Pour s'en prémunir il faut passer par une déclaration très précise sur les intérêts de chacun", recadre le directeur général.

Le CHU de Bordeaux aura un des premiers déontologues de France

Yann Bubien a confirmé que d'ici quelques jours le CHU de Bordeaux va bénéficier de l'expertise d'un déontologue extérieur au centre hospitalier universitaire. « Il s'agit de Lionel Collet. C'est un conseiller d'Etat qui est professeur d'université et qui n'a aucun lien avec Bordeaux. Il a accepté d'être notre déontologue. A ce titre il répondra par écrit à toutes les questions qui peuvent se poser en interne sur le plan éthique, de façon claire », annonce le directeur général. Professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH), psychiatre et ORL, Lionel Collet est lui-aussi passé par le cabinet d'Agnès Buzyn au ministère des Solidarités et de la Santé. Il a également présidé l'Université Lyon I de 2006 à 2011 et la Conférence des présidents d'université de 2008 à 2010.

Les hôpitaux sont en crise et le CHU de Bordeaux n'échappe pas à cette vague de mécontentement, que semble nourrir une politique gouvernementale au moins sous-dimensionnée par rapport aux enjeux en matière de santé. Comme dans d'autres établissements, quatorze chefs de service au CHU de Bordeaux ont ainsi démissionné de leurs tâches administratives le 13 février dernier. « Des crises hospitalières j'en ai connu beaucoup, c'est ancien. Cette crise je l'entends et je souhaite que l'on réponde à ces demandes concrètement », a précisé Yann Bubien, qui a rappelé que le budget du CHU de Bordeaux est à l'équilibre. Pas question pour lui de sombrer dans la sinistrose : en 2020 les investissements au CHU de Bordeaux vont être multipliés par deux pour atteindre 80 M€.

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LE CHU DE BORDEAUX EN CHIFFRES

  • 3 sites (Saint-André, Pellegrin et le pôle sud (Haut Lévèque, Xavier Arnozan et Pessac) et une propriété majeure : le Grand Théâtre de Bordeaux
  • 14.200 salariés, dont 58 % de personnel soignant, et plus d'un millier de recrutements par an
  • 2.700 lits
  • 350.000 appels au Samu
  • 128.000 passages aux urgences
  • 600.000 consultations médicales
  • 53.000 opérations chirurgicales
  • 1 million de patients suivis
  • Près de 6.000 naissances
  • Plus de 150 métiers
  • 294 chercheurs et 4.700 publications scientifiques
  • 14 instituts de formation
  • Un budget de plus de 1,16 Md€, dont 58 % de dépenses de personnel

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