La préfète de Nouvelle-Aquitaine met l'environnement en tête des priorités

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La préfète de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio
La préfète de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio (Crédits : Agence Appa)
Lors de ses vœux à la presse, ce mercredi 15 janvier, Fabienne Buccio a décliné la notion d’environnement : de sa définition la plus nature à des conceptions qui intègrent des dynamiques socio-économiques et urbaines. Dans tous les cas la préfète entend sortir des conceptions héritées du XXe siècle.

Dans son intervention Fabienne Buccio, préfète de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, a accordé une place centrale à l'environnement. Une dimension définitivement incontournable pour la représentante de l'Etat qui a souligné en substance "qu'il faut penser environnement dans chaque décision politique". Protection de la biodiversité, de la ressource en eau, accompagnement de la transition écologique, Fabienne Buccio s'est dite persuadée qu'il fallait traiter cette question au plus près des citoyens, que ce soit par le biais de la rénovation énergétique ou celui de la réduction de l'emploi des produits phytosanitaires dans l'agriculture.

Ce dernier sujet agricole lui a permis de faire le lien avec l'élaboration du nouveau contrat de plan état-région (CPER) "à signer courant 2020". Cette feuille de route coécrite par la Région et les services de l'Etat, qui permet de cofinancer un certain nombre de projets structurants, reste un outil important pour l'aménagement du territoire. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'Alain Rousset, président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine, qui ne jure que par l'exemple fédéral allemand, avec ses "Länders" : ces puissants états régionaux dotés de leurs propres gouvernements, n'est pas un supporteur du maillage territorial à la Française, où l'Etat central est capable d'intervenir directement dans beaucoup de décisions locales. La préfète, qui est arrivée dans la région à la mi-avril 2019 semble l'avoir bien compris, mais ne s'en formalise pas et préfère se montrer positive.

Région et préfecture main dans la main

Fabienne Buccio a rappelé ainsi que la lutte pour la réduction de l'emploi des produits phytosanitaires est devenue, d'un commun accord entre les services de l'Etat et la Région, l'une des trois thématiques de ce CPER 2020. Qui sera le tout premier à être conçu par l'exécutif régional et la préfecture de Nouvelle-Aquitaine. Puisque le précédent poursuivait les programmes élaborés par les trois anciennes régions (Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes) qui ont fusionné en 2016 pour créer la Nouvelle-Aquitaine.

"L'Etat et la Région sont côte à côte dans cette élaboration et je suis très volontaire, parce qu'avec le CPER nous travaillons pour le citoyen", prévient Fabienne Buccio. Après la limitation des produits phytosanitaire en agriculture, la deuxième thématique concerne l'enseignement supérieur et la recherche, un domaine très cher à Alain Rousset. "La page est en train de s'écrire" complète la préfète. Qui donne une place éminente à la troisième et dernière thématique de ce CPER 2020, puisqu'il s'agit de la cohésion des territoires.

"Je suis très contente qu'Alain Rousset ait accepté de retenir cette thématique... La page des Gilets jaunes n'est pas tournée, pas terminée. Il s'agit d'un mouvement respectable qu'il faut entendre. Si l'on ne fait rien pour les territoires ruraux ils se sentiront oubliés... Des actions importantes ont déjà été lancées, comme Cœur de ville ou Territoires d'industrie. Et hors CPER il faut rappeler le travail fait au titre du réseau Maisons France services", a déroulé en substance la préfète.

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Quand l'attractivité dévore le territoire

Maisons France services se développe depuis l'an dernier à partir de la refonte des Maisons de service au public, avec un objectif simple : amortir le choc de la réduction drastique des services publics, d'abord dans les zones rurales, afin "que chaque citoyen ait une réponse administrative à 30 minutes de chez lui" a souligné Fabienne Buccio. Cette dernière a ensuite repris sa casquette de préfète de la Gironde pour faire le point sur les objectifs étatiques dans le département.

Rappelant que la Gironde est un territoire "terriblement attractif", Fabienne  Buccio a prévenu qu'il fallait trouver l'équilibre : l'afflux de population favorisant le développement de l'urbanisation, qui grignote les surfaces agricoles, la forêt, le littoral...

"L'urbanisation se poursuit encore actuellement dans des formes qui datent du siècle dernier et cela ne peut plus durer. En Gironde nous manquons de Scot (schéma de cohérence territoriale)", a-t-elle averti.

Entre ceux qui sont devenus obsolètes et les communes qui bloquent toute avancée parce qu'elles refusent d'adopter tout plan local d'urbanisme qui soit intercommunal (PLUI), Fabienne Buccio confirme qu'elle va passer en mode « dur » et enfiler le bleu de chauffe pour bien faire comprendre aux élus les limites à ne pas dépasser.

Bassin d'Arcachon et Médoc au banc d'essai

Pour autant la préfète défend une philosophie de la réponse équilibrée.

"On ne peut pas être que dur. Nous allons aller voir les élus, accompagner les collectivités locales, dans le Médoc, le bassin d'Arcachon. Nous leur proposons un document de référence sur la stratégie de l'Etat dans l'urbanisme : notre porte est toujours ouverte", temporise-t-elle ainsi.

Il n'en reste pas moins que la politique qu'elle annonce pourrait être assimilée à une stratégie d'endiguement de l'urbanisation.

"Les élus ont trop tendance à imaginer une urbanisation qui s'étale. Nous, nous voulons concentrer cette croissance sur les centres bourgs et remplir les dents creuses : il y a de quoi à faire... Nous relançons le Scot du bassin d'Arcachon pour obtenir l'élaboration d'un Scot plus respectueux en ce qui concerne la consommation des espaces et la protection du littoral. Nous également très attentifs à la déforestation. Quand il y a des autorisations de défrichements sur de grande surfaces, nous nous y intéressons" a déroulé la préfète.

Le Scot du Médoc va lui aussi passer à la moulinette, en particulier parce qu'il est en décalage avec la loi littoral.

Le Signal, authentique symbole "du siècle dernier"

Fabienne Buccio a fait plusieurs fois référence à ces conceptions, à ces visions, qui "datent du siècle dernier". Abstraction faite du coup de vieux général asséné aux plus de 20 ans, cette accroche semble en appeler à l'émergence d'un monde nouveau plus en phase avec les nouvelles contraintes environnementales. Il faut dire que les exemples d'erreurs urbaines datant du siècle dernier et concernant le littoral ne manquent pas, à commencer par l'immeuble Le Signal, à Soulac, au nord Médoc.

Vidé de ses occupants et dépollué, cet immeuble à l'architecture typique des années 1960 reste planté sur la dune où il a été construit, au ras du vide... en attendant de tomber. A la suite d'un vote au Parlement, l'Etat s'est engagé à rembourser les anciens copropriétaires du Signal, cette construction désormais improbable, à hauteur de 7 M€. Une somme importante bloquée depuis des mois par Bercy pour un dédommagement qui devrait finalement être géré, au cas par cas, par la communauté de communes Médoc Atlantique. Car il y a plus d'un Signal en attente en France et Bercy n'est pas pressé de perdre sa chemise avec ce type de dédommagement.

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