Philippe Dorthe, nouvelle figure de proue du port de Bordeaux

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Philippe Dorthe, nouveau président du conseil de surveillance du Grand port maritime de Bordeaux.
Philippe Dorthe, nouveau président du conseil de surveillance du Grand port maritime de Bordeaux. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Elu à la présidence du conseil de surveillance du Grand port maritime de Bordeaux, Philippe Dorthe veut en devenir le représentant incontesté. Après avoir dénoué un épineux conflit social qui minait le port de Bordeaux de l'intérieur, Philippe Dorthe veut en devenir sa figure de proue. Une consécration pour cet élu socialiste bordelais, ancien cheminot et défenseur résolu de l'activité portuaire dans sa ville.

"Je n'avais aucune prétention à présider ce port. Mais les mouvements sociaux de l'an dernier et la perte de trafic ont finalement convaincu madame la ministre des Transports de l'intérêt de la mission de médiation que j'ai menée entre la direction et les personnels du port l'an dernier. Suite à ce dénouement heureux du conflit social, beaucoup de gens se sont rapprochés de moi. Ce qui m'a valu d'entrer au port en qualité de personnalité qualifiée" rembobine l'élu socialiste Philippe Dorthe, conseiller régional girondin de Nouvelle-Aquitaine et conseiller départemental élu du canton Bordeaux-4, au nord de la ville, qui englobe une large part de la zone portuaire bordelaise et en particulier celle des Bassins à flot.

Le conflit social dont Philippe Dorthe a été le médiateur au sein du port de Bordeaux s'est dénoué le 7 décembre 2018 suite à sa mission de bons offices avec la signature d'un accord de sortie de crise entre le directeur financier du Grand port maritime de Bordeaux, Renaud Picard, et le secrétaire général de la CGT, Cyril Mauran. C'est le mercredi 23 octobre 2019 que les membres du conseil de surveillance du GPMB ont élu Philippe Dorthe, en qualité de président, en présence de la préfète de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio. En plus de sa mission de médiateur, les membres de l'institution portuaire ont également reconnu l'engagement de Philippe Dorthe au service du port dans le cadre de ses mandats de conseiller régional et conseiller départemental.

Un président qui compte bien être actif

Le nouveau président du conseil de surveillance dispose d'un gros carnet d'adresse, en particulier chez les politiques, et a fait savoir qu'il le mettra au service du Grand port maritime de Bordeaux. Membre de la Chambre de commerce et d'industrie de Nouvelle-Aquitaine, Nicole Pizzamiglia, dirigeante de la société Seli, à Saint-André-de-Cubzac (Gironde), a été renouvelée à son poste de vice-présidente du conseil de surveillance du GPMB.

Le programme de Philippe Dorthe pour redresser l'activité du port de Bordeaux, avec comme premier objectif de le ramener à ses performances d'avant la perte des conteneurs de la compagnie MSC, qui a cessé d'escaler à Bordeaux en 2018, ne marque pas de rupture avec le plan porté par le directeur général du port, la CCI de Bordeaux Gironde et les chargeurs de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux (UMPB), syndicat professionnel qui regroupe les utilisateurs de la plateforme portuaire. Il n'en reste pas moins que ce sera le programme de Philippe Dorthe, qui n'a pas accepté d'entrer dans le saint des saints portuaire pour aller y beurrer les sandwichs.

"J'ai décidé d'être un président actif et présent, et de proposer au président du directoire des idées que l'on pourrait mettre en route. La relance du trafic de conteneurs a d'ores et déjà été initiée par le directeur général, qui vient de lancer les travaux pour la relance du terminal de conteneurs à Bassens, avec un investissement immédiat de 3 M€ qui a été réalisé, qui sera complété en 2020 par un nouvel apport de 6 M€" a éclairé Philippe Dorthe.

Ce dernier a par ailleurs souligné qu'il faudrait trouver de nouveaux marchés, sans doute dans le vrac, pour compenser une baisse des trafics comme celui des oléagineux.

Port terminal de Bassens

La zone "feeder" (P433/P432) est celle dédiée aux conteneurs : elle fait l'objet d'un important réaménagement pour un montant total de 9 M€ (crédits ; GPMB).

Foncier : finies les AOT à 2 € du mètre carré

Autre objectif du nouveau président : maintenir et développer les activités navales pour permettre aux ateliers du port d'augmenter leur charge de travail. Stratégie qui passe par une montée en puissance des trois formes de radoub du port, ces cales sèches indispensables aux travaux de maintenance et de restauration sur les yachts, ferries ou bateaux de croisière fluviaux pour ne citer que ces exemples. Parmi les autres grands enjeux que le nouveau patron du port va devoir relever, figure la question du foncier. Le GPMB dispose d'importantes réserves foncières, pas forcément gérées au mieux jusqu'ici.

"Quand on parle de politique foncière la première question qui vient à l'esprit c'est de savoir s'il y en avait une... Le foncier du port est sous exploité, quand on voit qu'il y avait des autorisations d'occupation temporaires (AOT-régime juridique d'implantations d'activités sur le domaine portuaire -NDLR) à 2 € le mètre carré, on peut dire que c'était n'importe quoi !" tonne l'élu bordelais.

Ce gros programme ne comprend par la plus petite séquence d'improvisation puisque la nouvelle politique foncière va très largement dépendre des conclusions du comité d'audit créé pour remettre à plat ce sujet. Philippe Dorthe éclaire le futur tempo en avouant une préférence pour les entreprises liées à l'activité navale ou à forte valeur ajoutée. Le projet de création d'un pôle portuaire dédié au bois est aussi au programme.

TCSO Terminal du Verdon Port de Bordeaux

L'activité conteneurs du port du Verdon (notre photo) reste encore un objectif pour un peu plus tard (crédits : GPMB).

Reconquérir Le Verdon par la voie fluvio-maritime

La relance du terminal portuaire de Grattequina, à Parempuyre, sur la rive gauche et juste au nord de Blanquefort est un autre objectif.

"Ce terminal nous semble d'avenir. Il peut supporter des outillages de levage importants et nous sommes en particulier intéressés par l'avenir du site industriel de Ford Aquitaine Industries à Blanquefort. Grattequina pourrait servir à développer les transports circulaires et urbains, expose Philippe Dorthe. Bordeaux, poursuit-il, doit devenir un grand port fluvio-maritime et pour cela il faudra développer les transports fluviaux. On peut par exemple penser à faire basculer le transport des déchets dans des barges conteneurisées à destination du Verdon. Actuellement elles arrivent à Bordeaux par bateaux et repartent en camion !".

La relance d'un trafic fluvial à destination du Verdon serait pour le nouveau président du conseil de surveillance du port le premier pas vers une reconquête du port de la pointe du Médoc, dont l'activité est actuellement aux abonnés absents. Estuaire de la Gironde et port du Verdon même combat pourrait-on dire tant Philippe Dorthe compte sur cet axe fluvio-maritime pour relancer le trafic portuaire. Autant dire que cette cartographie estuarienne recouvre un autre enjeu des plus ambitieux, qui tombe sous le sens d'un point de vue mathématique mais pas économique : capter le gros trafic logistique généré par la vente de vins et spiritueux".

Le bateau plus cher que le camion : il faut compenser

Au XIIIe siècle plus de 200 vaisseaux se précipitaient des Iles Britanniques vers Bordeaux pour charger leurs cales de vin clairet, une époque bien lointaine.

"Il faut travailler avec les négociants en vin et en spiritueux pour acheminer ce fret depuis le port de Bordeaux. Au lieu de partir par bateaux les vins et spiritueux partent de Bordeaux par camions pour être transportés jusqu'au hub portuaire du Havre ou ailleurs... Nous devons aussi avoir une politique commerciale plus agressive en élargissant le hinterland du port jusqu'à l'Occitanie" déroule Philippe Dorthe.

Le nouveau patron du port est parfaitement conscient du fait que le transport par bateau est aujourd'hui devenu plus cher, sur les courtes et moyennes distances, que par camion. "Les pouvoirs publics doivent faire un effort pour amorcer le développement de ce type de transport moins polluants dans le cadre de la transition énergique" pointe-t-il. Aucun doute : Philippe Dorthe sera un président très "politique".

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