Bordeaux Métropole et la coopération : l'heure de resserrer la focale ?

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Le CGET a recensé 173 coopérations territoriales entre 21 métropoles françaises et leurs territoires voisins.
Le CGET a recensé 173 coopérations territoriales entre 21 métropoles françaises et leurs territoires voisins. (Crédits : CGET)
Depuis 2014, la politique de coopération de Bordeaux Métropole a permis de tisser des liens bilatéraux avec d'autres villes de Nouvelle-Aquitaine. Une stratégie qui, à l’exception de Libourne, a fait l'impasse sur le périurbain girondin, ce voisin direct et partenaire naturel de la métropole. Pour corriger le tir, le Médoc et le Bassin d'Arcachon vont entrer dans la ronde.

"La Gironde a une force avec une métropole extrêmement attractive mais aussi une faiblesse avec un territoire fracturé, notamment par la Garonne et la Dordogne et parce que la métropole et les petits pôles d'équilibres que sont les préfectures se trouvent au milieu d'un océan de vignes", brosse Philippe Buisson, le maire de Libourne, lors des 4es Rencontres de Bordeaux Métropole coopérative, le 9 octobre. L'élu souligne que cette équation géographique ne rend pas "évidentes" les coopérations entre des villes pourtant voisines d'à peine quelques dizaines de kilomètres.

Attention à ne pas oublier les Girondins !

De fait, depuis la mise en place d'une politique de coopérations bilatérales à partir de 2014, Bordeaux Métropole a privilégié les relations longues distances souvent initiées ou facilitées par des atomes crochus personnels entre les élus. Ainsi d'Angoulême (en 2016) à Mont-de-Marsan (2019), en passant par Marmande (2018), Saintes (2018) puis Limoges (2019), Bordeaux Métropole a choisi d'opérer à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine plutôt que de la Gironde qui est pourtant le plus vaste département de France métropolitaine. Libourne, avec qui un accord a été conclu dès 2017, étant la seule exception.

"Attention à ne pas oublier tous ces habitants et salariés de Gironde qui n'habitent pas dans la métropole mais qui y travaillent et n'ont pas d'autres choix que de prendre la voiture matin et soir pour s'y rendre", martèle ainsi Patrick Seguin, le président de la CCI Bordeaux Gironde, qui vient de réaliser une étude sur l'impact économique des embouteillages dans le département.

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Inquiet de voir la Métropole discuter avec d'autres interlocuteurs plus lointains, le président de la Chambre de commerce et d'industrie appelle ainsi Bordeaux Métropole à s'occuper de ses voisins immédiats : ces territoires périurbains qui font partie intégrante de l'écosystème métropolitain en termes d'emploi, d'habitat et de mobilité. L'entreprise Ceva Santé animale, qui compte 700 salariés à Libourne, emploie ainsi un tiers de Libournais, un tiers d'habitants de Bordeaux Métropole et un tiers de personnes qui vivent ailleurs en Gironde.

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Sans attendre la Métropole, le Département de la Gironde a déployé ses contrats de ville d'équilibre depuis début 2018 auprès des villes moyennes du territoire. Libourne, Lesparre-Médoc, La Réole, Castillon-la-Bataille, Langon et Saint-André-de-Cubzac : toutes ces villes discutent avec le Département... indépendamment de leur liens avec la Métropole. Chacun se rend bien compte que, pour gagner en cohérence et en efficacité, ces démarches devraient idéalement être menées conjointement par la Métropole et le Département, voire même la Région Nouvelle-Aquitaine.

Le retour des Assises du territoire ?

Pour l'heure chacun avance encore dans son couloir mais les trois présidents concernés - Patrick Bobet, Jean-Luc Gleyze et Alain Rousset - seraient décidés à se mettre autour de la table. "Il faut réactiver cette idée d'Assises du territoire [proposée en janvier 2019 par Alain Juppé avant son départ] en s'attachant à travailler sur une seule thématique par an pour aller au bout de la démarche, sans s'éparpiller", considère Patrick Bobet.

Dans l'immédiat, Bordeaux Métropole est déjà en train de recentrer son action coopérative sur le théâtre girondin avec la signature, prévue d'ici la fin de l'année, d'un protocole d'accord avec le Parc naturel régional (PNR) du Médoc sur le tourisme, les mobilités, l'eau et la candidature pour accueillir le surf lors des Jeux olympiques de 2024, d'une part, et avec les trois intercommunalités du Bassin d'Arcachon (*) sur le tourisme et la mobilité d'autre part. "Il faut axer notre action vers une coopération plus immédiate en Gironde avec le Médoc, le Bassin, le Nord-Gironde, le Sud-Gironde. Il faut se parler mais, surtout, il faut s'écouter pour éviter d'aboutir à un nouveau dialogue de sourds", confirme Patrick Bobet. Une dialogue qui devra nécessairement se faire d'égal à égal, promet Nicolas Florian : "L'idée d'équilibre est fondamentale mais la coopération ne doit pas se traduire par des transfert de richesses mais plutôt par notre capacité collective à valoriser l'existant qu'il s'agisse des questions alimentaires, de ressources naturelles ou de santé."

Le maire de Bordeaux défend également la création de lignes de car express entre le centre-ville de Bordeaux et toutes les sous-préfectures du Département (Arcachon, Blaye, Langon, Lesparre-Médoc et Libourne) sur le modèle de la liaison Créon-Bordeaux qui transport 500 passagers par jour depuis le 2 septembre dernier. Il souhaite enfin substituer au projet de "RER métropolitain" l'appellation plus englobante de "RER girondin".

Pour autant, souligne Jean-Marc Offner, le directeur de l'A'urba, l'Agence d'urbanisme Bordeaux Aquitaine, l'attention portée à la Gironde ne doit pas empêcher d'appréhender différentes échelles et de regarder au-delà des frontières départementales voire même régionales : "En termes économiques, les meilleurs voisins de Bordeaux et de Toulouse sont Bordeaux et Toulouse. Il faut aussi soigner cette relation !"

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La coopération à la bordelaise : un modèle à part ?

Toutes les métropoles et de nombreuses grandes villes françaises disposent aujourd'hui d'une politique de coopération avec les territoires alentours sous des formes très diverses : pôles métropolitains, syndicats mixtes, groupements d'intérêt public, associations ou des outils plus souples voire informels. C'est le constat dressé par une étude du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) sur "les coopérations entre métropoles et territoires environnants" (mars 2019). La démarche de Bordeaux Métropole embrasse les principaux thèmes de coopération retenus dans les autres territoires, à savoir le tourisme, le développement économique, la mobilité et la transition écologique (déchets, alimentation, santé, forêt, ressources naturelles, etc.). "La spécificité de Bordeaux se situe dans sa capacité à nouer des relations avec des territoires plus éloignés que la moyenne et moins avec son environnement périurbain immédiat de 1re et 2e couronne qui est le terrain le plus souvent privilégié par les autres métropoles", constate Cécile Altaber, chargée de prospective et de stratégie au CGET. L'autre marqueur local, c'est la forme très souple de ces coopérations bilatérales qui trouvent souvent leur origine dans la relation personnelle entre les deux maires ou présidents d'agglomération. Pas de pôle métropolitain ou de syndicat mixte, ni de structure tierce dédiée, mais de simples lettres d'intentions et protocoles d'accord renouvelables. De là à y voir une fragilité en cas d'alternance politique ? "Non je ne crois pas ! L'amitié fait le projet, c'est vrai, mais le projet fait aussi l'amitié. Toutes ces coopérations perdureront au-delà des échéances politiques", assure Patrick Bobet.

(*) Il s'agit de la Coban (communauté d'agglomération du Bassin d'Arcachon nord), de la Cobas (communauté d'agglomération du Bassin d'Arcachon sud) et la communauté de communes du Val de l'Eyre.

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