La mobilité, casse-tête des territoires et ferment de la colère sociale

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Le 15e Congrès de Régions de France à Bordeaux a mis l'accent sur un besoin important en matière d'intermodalité. Ici, la gare de Nice.
Le 15e Congrès de Régions de France à Bordeaux a mis l'accent sur un besoin important en matière d'intermodalité. Ici, la gare de Nice. (Crédits : DR)
En matière de mobilité, il y a des expérimentations, des recommandations mais pas de vérité, et surtout une multitude de solutions. Train, bus à haut niveau de service, car, tramway, covoiturage, modes doux… il revient à chaque territoire de co-construire son réseau et l’enjeu est de taille. Une réelle attente en matière de développement de l’offre de mobilité existe selon l’Institut Ipsos qui a dévoilé les résultats d’une étude sur le sujet, ce lundi 30 septembre, à l’occasion du Congrès des Régions qui se tient à Bordeaux.

"La mobilité a été l'un des facteurs importants de la contestation des Gilets jaunes." Philippe Tabarot, vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'a rappelé à l'occasion du 15e Congrès de Régions de France à Bordeaux, et Brice Teinturier de l'Institut Ipsos n'a pu que le confirmer. Selon l'étude (*) réalisée cet été auprès de 10.000 personnes et présentée ce lundi 30 septembre, "plus on se sent proche des Gilets jaunes, plus l'insatisfaction est prononcée avec 46 % des personnes interrogées qui se disent mécontentes du coût des transports en commun qu'elles utilisent, tandis que 45 % disent être mécontentes du nombre de lignes de transports en commun à proximité de chez elles. Les enquêtes de mobilité nous en apprennent souvent beaucoup plus que les enquêtes d'opinion et en l'occurrence, une offre peu adaptée nourrit la colère sociale", commente Brice Teinturier.

Une addition de solutions

Face à ce constat, alors que les attentes sont importantes, les réponses sont multiples. A Saint-Malo, la RATP dev, filiale de la RATP, est ainsi en train "de restructurer les lignes de bus qui, au lieu de suivre des circuits très compliqués pour n'oublier personne, se concentrent au contraire sur la vitesse et la ligne droite pour aller sur les pôles d'attraction. Cela offre plus de fréquence et de vitesse, ce qui permet de répondre à certains points d'insatisfaction", déclare Patrick Vautier, directeur marketing innovation.

Pour autant, pas de règles. "La mobilité, c'est une addition de solutions à co-construire", a martelé Michel Neugnot, premier vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté. D'où l'importance accordée à l'intermodalité. Et dans ce cadre, le covoiturage, qui peine à décoller dans les trajets domicile-travail, a toute sa place. En Occitanie, 4 territoires vont ainsi participer à une expérimentation avec l'application de covoiturage Karos. "L'idée est bien de travailler sur des modes complémentaires", explique Jean-Luc Gibelin pour la Région Occitanie. "Et d'autres solutions vont surgir", prédit Michel Neugnot.

Une information nécessaire

Le partage de données en temps réel est à ce titre essentiel, le système d'information multimodal (SIM) nécessaire. "La loi d'orientation des mobilités va justement permettre de l'imposer. Du moins, chaque région devra s'assurer qu'un SIM régional mette bien en avant toute l'information", rapporte Michel Neugnot. Et pour une simplification totale, la tarification unique est sur la table. "Elle sera mise en place sur la Côte d'Azur en janvier 2020 avec, à la clé, la possibilité de prendre le TER, le tram à Nice et les transports urbains de Monaco avec le même titre de transport. Ce sera une révolution."

Penser la mobilité aujourd'hui, c'est partir des besoins pour trouver de bonnes solutions, y intégrer le paramètre environnemental, les notions d'aménagement et d'égalité du territoire, tout en disposant d'un budget contraint. Une équation qu'il va falloir résoudre et "parfois les conseillers régionaux devront faire face à des choix cornéliens", reconnait Philippe Tabarot pour la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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(*) Quelques enseignements de l'étude "La mobilité du quotidien dans les Régions françaises" réalisée par Ipsos pour Transdev et Régions de France :

  • Les Français passent du temps dans les transports mais le vivent plutôt bien. Ils sont satisfaits à 75 %
  • Les transports représentent un coût de 204 € par mois et par Français. 39 % sont mécontents sur la question du budget
  • 87 % utilisent régulièrement la voiture dans les déplacements du quotidien
  • 12 % utilisent les modes doux comme le vélo
  • 40 % mettent en avant l'absence de lignes de transports en commun à proximité de chez eux, 35 % des fréquences trop faibles ou des horaires inadaptées
  • 74 % sont attachés aux lignes ferroviaires locales
  • Forte méconnaissance du coût réel des transports collectifs et des attributions des collectivités dans la gestion des mobilités

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a écrit le 01/10/2019 à 16:25 :
"les lignes de bus qui, au lieu de suivre des circuits très compliqués pour n'oublier personne, se concentrent au contraire sur la vitesse et la ligne droite"
En Suède ai vu des parkings dans la campagne, permettant aux gens de couper la route en deux, ils s'y garent (vélo, voiture, autre) et montent dans le bus/car (ai pas pensé regarder les horaires si affichés, voir si c'est régulier ou concentré horaires de boulot (matin/midi/soir, souvent à 17h la journée est terminée, sont du matin, ça fait de longues soirées libres)). Ils conduisent jusque là mais n'ont pas à aller jusqu'à la ville avec leur véhicule perso.
Quand y a un bus il faut se caler sur ses horaires et non aller quand on veut à tout moment. Ça oblige à s'adapter, penser autrement. Ici y a un bus toutes les 1/2h (les 10 min à Chambéry, ligne d'un gestionnaire différent) environ.
Se déplacer c'est pas que pour aller travailler, y a d'autres occasions de bouger.
a écrit le 01/10/2019 à 13:31 :
Si déjà les prix de l'immobilier étaient à leur véritable valeur on n'aurait certainement pas dépassé le seuil critique aussi vite aussi fort.
Réponse de le 02/10/2019 à 16:07 :
Le prix de l'immobilier accélère l"étalement urbain, et des familles habitent maintenant très loin de la métropole, qui concentre pourtant la plupart des emplois
Donc il faut limiter l'étalement urbain et le prix de l'immobilier, mais aussi proposer des nouvelles façon de pouvoir se déplacer, car habiter loin ne doit pas être pénalisant si des solutions existent.

Mais au dela de ce constat, même dans les première couronne de la métropole, les déplacements ne sont pas aisés en transport en commun. faire du Cenon- Mérignac, du Eysines- Pessac ou tout autre trajet banlieue banlieue

Et les zones d'emplois sont trop localisées (aeroparc Mérignac = 40 000 emplois / Bordeaux Lac avec des assurances / ...)
Cela crée en plus des zones saturées.

Il n'y a bien sur pas de solutions miracles, mais penser les déplacements à l'échelle globale de l'influence de la métropole me parait important.
Et combiner les différents moyens. (TER / RER / Tram / Vélo / Bus / covoiturage).
Mais il doit y avoir un réseau structurant, rapide et efficace qui tienne compte des bassins d'emplois
Et celui ci n'est, je pense, pas encore existant à l'échelle de la métropole

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