Fabienne Buccio face à un risque d’explosion au barrage de Caussade

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Fabienne Buccio
Fabienne Buccio (Crédits : J. Philippe Déjean)
Lors de sa conférence de presse de rentrée, ce mardi 24 septembre, la préfète de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, a illustré l’action de l’Etat dans la région. Elle a reconnu que la situation déjà explosive autour du barrage hydraulique de Caussade, près de Villeneuve-sur-Lot, jugé illégal mais objet d’intenses négociations, allait devenir plus incertaine d’ici fin septembre après l’intervention de France nature environnement (FNE).

Fabienne Buccio, arrivée à Bordeaux le 15 avril, a choisi cinq thèmes prioritaires pour sa conférence de presse de rentrée : l'emploi agricole, l'aménagement du territoire, les investissements de l'Etat au bénéfice des collectivités et l'accueil des migrants.

Fabienne Buccio a tout d'abord fait un point express sur la croissance économique en Gironde et Nouvelle-Aquitaine. Le taux de chômage un petit peu plus favorable, à 8 %, dans la région que pour l'ensemble de la France métropolitaine (8,2 %), des créations d'entreprise en hausse de 11 % au premier trimestre 2019, une attractivité territoriale soutenue, avec une croissance prévue de la population de 550.000 habitants d'ici 2030 sont autant de points positifs. Une réussite qui n'est pas uniforme.

"La Charente-Maritime et la Dordogne affichent les plus forts taux de chômage tandis qu'en Creuse et Corrèze les créations d'emplois ont tendance à baisser" a éclairé la préfète pour bien souligner ces écarts, relevant dans la foulée la forte pression démographique subie par la Gironde, avec 18.000 nouveaux arrivants enregistrés en 2018.

117 lits pour la maison de saisonniers de Libourne

Fabienne Guccio a ensuite illustré l'action de l'Etat, en commençant par l'emploi agricole, avec une focale centrée sur le travail saisonnier. D'où l'idée de proposer de nouvelles offres en matière de logement et de transport.

"Pour répondre aux problèmes de logement l'Etat finance la construction à Libourne d'une résidence hôtelière à vocation sociale de 117 lits. De nombreux saisonniers dorment dans leurs voitures ou leurs camionnettes faute de trouver de quoi se loger dans le vignoble. C'est pourquoi l'Etat a décidé de financer cette maison des saisonniers à hauteur de 117.000 €, en association avec les collectivités" a déroulé Fabienne Buccio.

Côté création d'emplois la patronne régionale des services de l'Etat a par ailleurs annoncé faire "de plus en plus de sur-mesure" tout en préservant la cohérence de l'action en la coordonnant à l'échelle des bassins d'emplois. En plus des élus et des chefs d'entreprises la préfète envisage notamment d'associer les syndicats de salariés.

Au chapitre des infrastructures la préfète s'est en particulier focalisé sur le financement de la mise à deux fois trois voies de la rocade bordelaise, soit un investissement global de 175 M€ depuis 2009, couvert à 50 % par l'Etat. Avec une enveloppe de 92 M€ programmée d'ici 2022, date qui devrait marquer l'achèvement des travaux sur la rocade.

Eau : un risque de déficit de 1,2 milliard de m3

L'investissement de l'Etat à hauteur de 28 M€ (sur un total de 84 M€) dans la remise à niveau de la voie ferrée Libourne-Bergerac, qui doit être opérationnelle le 30 septembre et reste chère à Alain Rousset, président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine, n'a pas été oublié par Fabienne Buccio. Autre priorité : la lutte contre l'artificialisation des sols, qui représente 800 hectares de terrains urbanisés par an en Gironde. C'est énorme juge Fabienne Buccio, qui, sans vouloir stopper les constructions nouvelles, met en particulier l'accent sur les opérations de rénovation de centres-villes en Gironde. Autre sujet sensible : la gestion de l'eau.

Forêt Médoc

Le gisement d'eau en nappes profondes situé entre Le Temple et Saumos, attise les tensions entre la Métropole et les sylviculteurs (agence Appa)

"Nous avons les moyens d'arriver à des résultats mais, selon les scientifiques, le déficit en eau sera multiplié par six d'ici les trente prochaines année" a prévenu la préfète. Les territoires couverts par l'Agence de bassin Adour Garonne devraient enregistrer 1,2 milliards de mètres cubes de déficit à cet horizon.

La qualité de l'eau est aussi en débat puisqu'actuellement seulement un tiers de la masse d'eau serait en bon état dans la région. Un sujet qui mobilise aussi l'exécutif régional et les chambres consulaires de l'agriculture et les agriculteurs sachant que, comme l'a souligné Fabienne Buccio, "la majorité des captages d'eau sont situés sur les exploitations agricoles. Nous devons aller plus loin sans employer de méthode coercitive, via des incitations éventuellement financières pour convaincre les exploitants agricoles ayant des captages d'eau à passer en Bio" a évoqué la préfète de région, dans une perspective de protection de la qualité de l'eau.

Caussade : l'appui d'Edouard Philippe nécessaire

La préfète est revenue sur un dossier toujours bouillant : celui de la construction par des agriculteurs de la Coordination rurale (CR) de Lot-et-Garonne (47) du barrage de Caussade, près de Villeneuve-sur-Lot. Autorisé dans un premier temps par les autorités, cette construction a été ensuite interdite à la demande des ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique. Ce qui n'a pas dissuadé la CR 47 d'aller jusqu'au bout, avec à la clé un bras de fer tout prés de dégénérer en affrontement entre agriculteurs et services de l'Etat.

Arrivée au premier trimestre 2019 Fabienne Buccio a pris le train en marche sur ce dossier explosif qui n'avait pas été déminé par son prédécesseur s'efforçant, comme elle avait déjà eu l'occasion de l'expliquer à La Tribune, de tracer une nouvelle voie, avec l'appui du Premier ministre, Edouard Philippe, afin de sortir de l'impasse actuelle. Une nouvelle réunion aura lieu le 30 septembre. Les sanctions pécuniaires et juridiques annoncées en mai dernier par la préfète de Lot-et-Garonne contre la CR 47 sont maintenues mais suspendues en attendant un nouvel accord au sujet du barrage.

FNE : l'intervention qui pourrait tout changer

La situation à Caussade est donc suspendue à un fragile équilibre politique que pourrait briser l'intervention de France Nature Environnement (FNE : fédération des associations de protection de la nature) une des deux associations plaignantes, avec la SepanLog, qui ont conduit les ministères à interdire le projet.

Jean Dionis du Sejour

Le maire d'Agen et président de l'agglomération, le centriste Jean Dionis du Séjour, craint toujours le pire à Caussade (agence Appa).

Fin juillet FNE a ains exigé que la préfète de Lot-et-Garonne, Béatrice Lagarde, mette en application les sanctions prévues depuis le mois de mai contre la CR 47 et la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne qui, quoique remplissant une mission de service public, n'a pas craint de s'opposer à l'Etat. L'intervention de la FNE laisse aux deux préfètes jusqu'à la fin de ce mois de septembre pour mettre en application les mesures coercitives prévues et changer leur fusil d'épaule. Ce que Fabienne Guccio, adepte de la négociation, a du mal à digérer.

"Nous avons été très surprises par cette attaque venue de la direction nationale de FNE. Nous en avons parlé avec eux hier lundi dans mon bureau" évoque la préfète sans aller plus loin. Les tensions sur ce dossier sont d'autant moins apaisées que début septembre, lors du comice agricole de Puymirol, les maires de Lot-et-Garonne ont réaffirmé, par la voix du vice-président de leur association départementale, Jean-Louis Coureau, maire de Puymirol, leur soutien au barrage interdit.

Ford : le groupe de travail se réuni ce 27 octobre

La préfète de la Gironde a confirmé que le prochain groupe de travail consacré au futur de l'usine de Ford Aquitaine Industries, à Blanquefort (Gironde/Bordeaux Métropole) se tiendra ce vendredi 27 septembre. Ses services ont par ailleurs expliqué que le contenu du protocole d'accord entre le groupe Ford et les élus était à la signature dans les collectivités impliquées par le dossier, avec une date butoir fixée au 7 octobre. Après avoir rappelé que l'Etat a investi 1 Md€ en 2019 au bénéfice des collectivités de Nouvelle-Aquitaine, la préfète a mis en avant "l'effort sans précédent fait par l'Etat pour accueillir les migrants" grâce à l'hébergement d'urgence.

Concernant les violences liées au mouvement des Gilets jaunes, la préfète a annoncé un changement de doctrine pour l'emploi des forces de l'ordre lors de ces manifestations. Un changement expliqué aux commerçants du centre-ville de Bordeaux, qui ont sérieusement souffert de ces manifestations.

"Nous leur avons expliqué que nous allions à nouveau laisser les manifestants entrer en centre-ville. Les manifestants sont actuellement moins nombreux mais c'est toujours un moment délicat. La manifestation s'est plutôt bien passée. Notre doctrine est de permettre au centre-ville de fonctionner même pendant les manifestations" a indiqué Fabienne Buccio, soulignant qu'elle n'avait aucun détail à donner sur les enquêtes menées actuellement par l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) au sujet des violences policières.

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