"Ne reproduisons pas dans le spatial ce que nous avons raté avec Internet ! "

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Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles qui concentre 3.500 emplois directs dans le domaine de l’aéronautique et du spatial
Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles qui concentre 3.500 emplois directs dans le domaine de l’aéronautique et du spatial (Crédits : Agence Appa)
A l’occasion du Grand débat national qui a récemment permis à des maires de Gironde d’échanger avec Emmanuel Macron, Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, a évoqué les enjeux de l’espace et du spatial en pointant l’urgence d’en faire une priorité stratégique européenne. Alors que la ville qu’il administre concentre 3.500 emplois directs dans le domaine de l’aéronautique et du spatial, l'élu, également vice-président de Bordeaux Métropole, insiste : "C’est dans ce domaine que se joue une grande partie de la richesse, de la domination technologique mais aussi de la souveraineté. Les Etats-Unis l’ont compris."

"Merci de nous avoir fait voyager", avait déclaré le chef de l'Etat à Jacques Mangon à Bordeaux le 1er mars dernier. Mais derrière ces mots, l'urgence. "Nous sommes à un tournant. C'est cette année que nous devons clarifier et réinvestir. Je ne veux pas vous rassurer mais vous dire que je partage votre analyse", avait aussi reconnu Emmanuel Macron. L'analyse, justement, de Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, sur ce sujet.

Vous avez interpellé le président Emmanuel Macron sur le risque pour l'Europe de se faire dépasser dans le domaine du spatial. Quel est l'enjeu ?

Jacques Mangon : L'espace va devenir le "tuyau" ultime, celui où, pour caricaturer, on fait l'argent, la plus-value et une grande part de l'économie. Aujourd'hui, c'est Internet. Mais demain, tout passera par le spatial pour avoir les niveaux de définition requis. Un seul exemple : pour guider un véhicule autonome, il faudra une précision de conduite que seul le spatial sera en mesure d'apporter. L'enjeu ne me parait pas correctement pris en compte à l'échelle européenne.

C'est tout l'inverse aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis oui, bien sûr, mais aussi en Chine, en Inde qui poussent les feux, alors qu'en Europe on tergiverse. Est-ce que nous allons reproduire, dans le domaine de l'espace, le schéma de ce qui s'est fait aux prémisses d'Internet ? Je rappelle que Rita (Réseau intégré des transmissions automatiques, NDLR) était un système très en avance dans l'armée française. Or, aujourd'hui Internet est américain, les Gafa (Google, Apple, Amazon, Facebook, NDLR) sont exclusivement américains.

Qu'est ce qui se joue dans le domaine de l'espace ?

C'est là que se joue une grande partie de la richesse, de la domination technologique mais aussi de la souveraineté. Les Etats-Unis ont annoncé une sixième armée dédiée à l'espace. Il y a eu, outre-Atlantique, une révolution des comportements avec une arrivée massive du privé dans le secteur. Derrière, il y a l'Etat américain. De fait, il finance totalement SpaceX en lui payant des vols spatiaux à des tarifs élevés pour que sur le terrain concurrentiel, la société puisse afficher des prix inférieurs. Les Gafa sont massivement présents également. Et s'ils sont là, ce n'est pas par philanthropie !

Quelle est l'urgence à l'échelle européenne ?

Concernant Ariane 6, il faudrait la confirmation la plus rapide possible d'au moins 5 tirs institutionnels pour stabiliser le modèle économique. Cela n'est pas encore le cas aujourd'hui, d'où les baisses d'effectifs annoncées par ArianeGroup. Mais, au delà d'Ariane 6, il s'agit de faire de l'espace et du spatial une priorité stratégique européenne. S'il y a des investissements d'avenir à faire, c'est bien dans ce domaine. Dans le spatial, il n'y a pas de point mort, on avance ou on recule et je ne crois qu'à la marche avant. Il faut investir massivement. Réveillons-nous. Je précise au passage qu'en France, l'espace relève encore du ministère de l'Enseignement supérieur. Le secteur est catalogué dans la catégorie recherche, pas dans la catégorie industrie. On en est à ce niveau-là !

Lire aussi : Lancement de satellites : le leader, c'est qui ? C'est Arianespace


Quelle voix entendez-vous porter ?

Il faut qu'à notre échelle locale, on ait des initiatives et on y travaille pour conforter et développer le secteur aéronautique, spatial, défense qui est l'un des grands domaines d'excellence de la métropole, avec plus de 300 entreprises, un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros, et 20.000 emplois. C'est à Saint-Médard qu'ont été implantés les moulins à poudre il y a 4 siècles avec jusqu'à 10.000 emplois à la Poudrerie. C'est là aussi qu'a été assemblée la première fusée Diamant. La ville a un long passé avec le spatial. Aujourd'hui, ArianeGroup est le premier employeur privé de la métropole avec 3.500 emplois dont 2.500 à Saint-Médard-en-Jalles, sur les 9.000 que compte le groupe. L'enjeu est donc bien évidemment local également.

Lire aussi : ArianeGroup va fabriquer les tuyères d'Ariane 6 près de Bordeaux


Bordeaux Métropole a été choisie pour la présidence 2020 de la Communauté des Villes Ariane. Qu'est ce que cela vous inspire ?

Assurer la présidence de la Communauté des Villes Ariane, qui rassemble les industriels et les villes européennes qui participent au programme Ariane, en 2020 n'est pas neutre. Ce sera l'année du lancement d'Ariane 6. C'est une forme de reconnaissance. Et j'insiste, Ariane 6 est une prouesse industrielle. Avoir révolutionné le modèle en 6 ans, c'est exceptionnel.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2019 à 16:57 :
Les 3 secteurs d’avenir sont l’exploration de l’espace, de la mer et le développement de l’Afrique.
Nous avons la chance d’avoir en Gironde le potentiel pour participer à cet aventure.
Seule se pose la question du financement !
A ce niveau, à l’occasion du grand débat et des discussions dans la rue, émerge l’idée que l’Etat reprenne le contrôle de l’émission monétaire à destination des projets de développement permettant d’accroître la productivité du pays.
C’est un des fondements du succès des 30 Glorieuses (planification indicative et crédit productif public) et c’est aussi la base de la dynamique des Nouvelles Routes de la Soie impulsée par la Chine.
a écrit le 15/03/2019 à 13:24 :
Très bien, mais que l'espace ne devienne pas la deuxième poubelle du monde après la terre.
a écrit le 15/03/2019 à 12:57 :
Notez tout de même qu'une phrase du style:" il faudrait réussir dans le spatial ce que nous avons réussi dans tel domaine" serait bien plus convaincante mais seulement le jour où l'UE aura réussi quelque chose par contre...

Les grandes défaites se mesurent souvent à des petits détails de la sorte.
a écrit le 15/03/2019 à 8:36 :
Qu'avons nous louper dans l'internet que nous nous n'avons pas louper dans le spatial? Il sera toujours trop tôt pour le dire a moins que nous ayons baissé les bras pour cause d'une France englué dans un dogme Bruxellois!

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