Mairie de Bordeaux : Alain Juppé, Nicolas Florian... et après ?

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Alain Juppé au premier plan et Nicolas Florian au second plan (à gauche), jeudi lors de l'annonce officielle du retrait du maire de Bordeaux
Alain Juppé au premier plan et Nicolas Florian au second plan (à gauche), jeudi lors de l'annonce officielle du retrait du maire de Bordeaux (Crédits : Thibaud Moritz / Agence Appa)
Porté par la majorité municipale, Nicolas Florian va prendre la suite d'Alain Juppé dans le fauteuil de maire de Bordeaux. Quels sont les dossiers qui l'attendent ? Faut-il déjà compter sur lui pour les élections municipales de 2020 ? Que peut peser en face l'opposition ? Pour La Tribune, le politologue Jean Petaux (Sciences Po Bordeaux) revient sur la brutale séquence bordelaise qui vient de se dérouler et s'intéresse à la suite de l'histoire.

Que retirez-vous de ces deux dernières journées marquées par le départ surprise d'Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel, suivi presque immédiatement par celui de sa première adjointe Virginie Calmels ?

Jean Petaux : Ce qui m'a frappé, c'est que les mots employés par les commentateurs faisaient presque penser à une mort brutale. Et je me suis moi-même pris dans cette posture. C'est sans doute lié à un état de sidération où il n'y avait plus grand-chose à dire à part utiliser des propos habituellement réservés aux nécrologies. Je retiens aussi le fait que si ce qu'il dit est vrai, il a su garder sa décision secrète pendant un certain temps et illusionner ses proches. Tous ne se seraient peut-être pas autant investis, notamment dans la démarche Bordeaux 2050, s'ils l'avaient su qu'il allait se passer.

Le règlement rapide de la succession, avec le départ de Virginie Calmels et la désignation de son adjoint aux finances Nicolas Florian, a permis d'éviter un pourrissement de la situation ?

Effectivement. Virginie Calmels l'aurait informé en décembre de la proposition qu'elle avait reçue de repartir dans le secteur privé, et j'imagine que ça a pu être un élément parmi d'autres dans la réflexion d'Alain Juppé. Même si sa désignation comme successeur était hautement improbable, de l'ordre de 5 %. Même s'il a pris ses distances avec les questions d'appareil politique, Alain Juppé fonctionne encore à la « frères d'armes », à la fraternité et au respect noué dans les combats politiques, avec une structure qu'on pourrait qualifier de "chiraco-RPR grande époque". Nicolas Florian a mouillé le maillot et est allé au combat. Il a défié la socialiste Michèle Delaunay lors des législatives de 2012 là où Juppé avait décliné dans la 2e circonscription, bataillé contre Dominique David (LREM) dans la 1ere circonscription en 2017... Le fait que Nicolas Florian lui succède dans le fauteuil de maire est donc assez logique, même s'il y aurait pu avoir débat avec Fabien Robert, son adjoint à la culture. Ce dernier est président du Modem girondin, ce qui n'est pas négligeable par les temps qui courent, et apprécié par Juppé. Il est aussi assez raccord avec un électorat bordelais, renouvelé, la trentaine.

Quels sont les gros dossiers qui attendent Nicolas Florian ?

Ce qui est notable ces dernières années, c'est que le barycentre s'est déplacé côté métropole. Les dossiers sont donc plus métropolitains que municipaux, Bordeaux étant très intégrée dans l'administration métropolitaine. Il va donc falloir regarder de ce côté-là. Il faut souligner qu'Alain Juppé n'a jamais opposé les élus bordelais aux élus du reste de la métropole au sein du groupe majoritaire Communauté d'avenir. Je pense que le futur président de la Métropole ne pouvait donc pas être un Bordelais. Avec la probable élection du maire du Bouscat Patric Bobet, au profil consensuel, c'est la minorité numérique de Communauté d'avenir qui l'a emporté.

Les relations entre la Métropole et le Département vont aussi être importantes, après les ponts jetés par Juppé entre les deux. A mon sens, ce n'est pas l'opposition entre les territoires ruraux et la Métropole mais bien la place de cette dernière dans l'aire urbaine qui doit être questionnée. Cette aire urbaine va bien au-delà des limites de la métropole, de la pointe du Ferret jusqu'au Libournais, une vaste zone stratégique qui va d'Ouest en Est. Le sujet déterminant est là, notamment en matière de transports.

"Un parachutage serait une configuration emblématique d'une politique un peu datée"

Revenons à Bordeaux. Que faut-il attendre dans la perspective des élections municipales de 2020 ?

Les éléments de langage qui sont ressortis de la réunion de la majorité municipale de jeudi soir, où il semble que ça ait beaucoup pleuré au passage, sont les suivants : Nicolas Florian n'est pas un maire par intérim, et dès qu'il sera installé il sera en campagne pour 2020. Il n'y a pas eu de vote à bulletins secrets pour le désigner mais une approbation générale via des applaudissements nourris, ce qui est significatif de l'absence officielle de tiraillements. Toute allusion à un maire intérimaire sera donc systématiquement réfutée par ses proches. L'opposition va bien entendu tenter de convaincre du contraire, ou de démontrer qu'il n'aurait pas les épaules.

Le parachutage d'un poids lourd de la scène nationale de la droite, ou des candidatures alternatives venues de la majorité municipale, sont-elles des options à exclure ?

L'arrivée d'un poids lourd ne peut pas être exclue mais je suis sceptique. Ce sera une configuration emblématique d'une politique un peu datée, avec les risques politiques que ça impliquerait. Par ailleurs l'histoire récente a montré que l'on pouvait devenir maire d'une grande ville sans être très connu. A Nantes, l'élection de Johanna Rolland l'a montré, à Rennes aussi où Nathalie Appéré vient d'être sacrée 2e meilleure maire du monde. Il ne faut pas oublier non plus que la légitimité de la fonction pèse dans le cadre d'une élection.

Le scénario d'une alternance doit-il lui aussi être exclu ?

Le départ d'un chef de file laisse toujours des traces. Mais sauf dissensions internes et brutale dépression, je ne vois pas la droite perdre en 2020 à Bordeaux. Une droite qui n'est pas celle de Laurent Wauquiez et de Sens commun, d'ailleurs ! Le paysage de l'opposition est déstructuré face à Nicolas Florian. Vincent Feltesse (ancien maire de Blanquefort et président de la Communauté urbaine de Bordeaux, ex-conseiller de François Hollande, NDLR) a quitté le PS et semble préparer le terrain pour une candidature. Matthieu Rouveyre, chef de file du groupe socialiste à la mairie, semble plutôt se câbler pour les sénatoriales et n'a pas d'intérêt à prendre des coups lors d'une élection municipale. Il faudra voir ce que fera La France Insoumise mais je ne les vois pas l'emporter. Quant à La République en marche, il y a l'hypothèse Catherine Fabre (députée de la 2e circonscription de la Gironde, NDLR) mais ils n'ont pas de réelle surface locale.

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