Trump symptôme d'une "récession démocratique", selon Charles-Philippe David

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Le président des Etats-Unis montre selon Charles-Philippe David une voie qui n'est que celle qui mène à Donald Trump.
Le président des Etats-Unis montre selon Charles-Philippe David une voie qui n'est que celle qui mène à Donald Trump. (Crédits : Jonathan Ernst)
Professeur en sciences politiques à l’Université de Québec à Montréal, Charles-Philippe David, qui était au port de la Lune ce vendredi matin à l’invitation de l’Université de Bordeaux, a éreinté le locataire de la Maison Blanche, qu'il accuse de déstabiliser les relations internationales.

La 4e édition de l'Ecole d'été internationale sur la cybersécurité, organisée par l'Université de Bordeaux jusqu'au 30 juin à son pôle juridique et financier, place Pey Berland, vise les acteurs de la filière défense, sécurité, cybernétique. Cette école d'été, qui est aussi une séquence de formation, accueillait notamment ce vendredi matin Charles-Philippe David, professeur de sciences politiques à l'Université de Québec à Montréal (UQAM), où il a fondé la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et où il préside l'Observatoire des Etats-Unis.

La politique étrangère des Etats-Unis, première superpuissance mondiale, ne peut pas laisser beaucoup de pays indifférents et encore moins le Canada, qui est son voisin et premier partenaire commercial. C'est ainsi que Charles-Philippe David, par ailleurs diplômé de l'Université de Princeton, a notamment dirigé l'ouvrage "La politique étrangère des Etats-Unis : fondements, acteurs, formulation" (Presses de Sciences Po, 648 pages, 17,99 €), qui en est à sa troisième réédition et fait référence sur le sujet. Philippe-Charles David a intitulé son intervention de ce vendredi matin "Trumpland : prise de décision et politique étrangère américaine imprévisible ?".

Après l'immobilier, risque de pertes en politique

Donald Trump, 45e président des Etats-Unis, n'est sûrement pas le plus populaire de la série, et le moins que l'on puisse dire est que Charles-Philippe David n'est pas un grand fan. Après avoir jonglé avec les idées "d'aberration" et "d'anormalité" pour dépeindre une politique étrangère étatsunienne sans le moindre fil conducteur, Charles-Philippe David a livré une première synthèse. "C'est Trump d'abord. Parce que ce qui est bon pour Trump est bon pour les Etats-Unis et ce qui est bon pour les Etats-Unis est bon pour le monde", a ainsi prévenu le conférencier. Charles-Philippe David a ensuite abordé Donald Trump sous un angle sans doute plus proche de la psychologie clinique que de l'analyse idéologique.

"Donald Trump est autocentré. Il es très mégalomane et les grandes décisions qu'il prend se ramènent à lui-même, avec comme corollaire des résultats inconséquents" a éclairé le conférencier, qui a ensuite décrypté le président Trump en sept items, dont celui de l'incohérence, articulé chez le président Trump sur un principe moteur : "risquer pour gagner". Le conférencier a illustré cette partie de son intervention avec des exemples très typiques tels quel les revirements du président américain vis-à-vis de la dictature nord-coréenne ou encore de l'Iran. "Risquer pour gagner cela veut dire qu'il risque beaucoup de perdre, comme ça lui est arrivé dans l'immobilier" a commenté l'universitaire canadien.

Un vocabulaire trop pauvrement démocratique

S'appuyant sur les travaux de l'essayiste Walter Russell Mead, "expert en histoire des Etats-Unis", Charles-Philippe David a souligné la pertinence des comparaisons faites entre Andrew Jackson, 7e président des Etats-Unis (élu en mars 1829 -NDLR), et Donald Trump.

"Comme Trump, Jackson était unilatéraliste et très populiste. Il essayait continuellement de s'émanciper des règles établies. Une autre caractéristique de Trump est de faire passer les intérêts avant les valeurs. Et si l'on se penche sur le vocabulaire qu'il emploie, que l'on regarde les mots qui reviennent et ceux qui tendent à disparaître, c'est éclairant. Le mot démocratie n'a par exemple jamais été aussi absent chez un président américain depuis Harry Truman (président d'avril 1945 à janvier 1953, l'homme des bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki -NDLR). Les mots justice et droits de la personne n'apparaissent pas non plus dans ses discours, ce qui plaît aussi bien en Russie qu'en Corée-du-Nord par exemple" déroule Charles-Philippe David.

Sur la scène internationale cet intellectuel voit Trump prendre ses décisions diplomatiques comme un candidat à la présidence en campagne, à l'écoute exclusive de sa base électorale.

Fin de la domination du monde occidental ?

L'autre caractéristique de cette politique étrangère selon Trump tient dans l'acronyme FCO (Faire le contraire d'Obama).

"Avec Trump il y a deux choses à ne pas faire : lui parler d'Obama et lui dire que quelque chose est impossible, comme se retirer de l'accord signé avec l'Iran. Trump est l'homme des décisions intempestives et des improvisations. Ce que l'on a pu voir avec Kim Jong-un. Trump a fait comme Cartapus, l'espionne d'Astérix et Obélix dans Mission Cléopâtre, vous savez  là on me voit, là on me voit plus, on me voit, on me voit plus..." expose Charles-Philippe David.

Cet impact de Trump sur les relations internationales était au centre de la 4e édition du Forum du Saint-Laurent sur la sécurité internationale cofondé par Charles-Philippe David, qui s'est tenu en mai dernier à Montréal. Entrons-nous dans une ère "Post Pax Americana" (PPA) ? Pour le conférencier, cette séquence PPA se développera d'autant plus vite qu'il y aura accélération de la "désoccidentalisation", autrement-dit de la fin de l'hégémonie occidentale sur la planète. Et Trump joue bien sûr le rôle de l'inconnu dans cette équation géopolitique à plus de 7 milliards d'habitants. Mais Donald Trump, qui rêve de réagencer le monde à son goût, semble avoir la tête ailleurs.

Trump transformé en virus très infectieux

Parce que cette hégémonie occidentale, cette suprématie politique et militaire, doit aller de pair avec l'acceptation de normes communes. "Ces normes de l'hégémonie doivent être acceptées par les alliés. Si elles disparaissaient personne ne peut dire ce qui pourrait se passer", note Charles-Philippe David avant d'illustrer ce qui pourrait s'assimiler à une dérive des normes.

"Donald Trump organise plus d'entretiens avec les dictateurs qu'avec les démocrates. Normalement le Canada est le pays où tout nouveau président des Etats-Unis effectue son premier voyage à l'étranger. Parce nous nous sommes voisin et premier client des Etats-Unis. Avec Donald Trump cette visite n'a pas encore eu lieu".

Charles-Philippe David, qui estime que Donald Trump a, comme un pirate de l'air, détourné à son profit personnel le Parti Républicain, compare le président des Etats-Unis à un virus en train d'infecter le système international, "Trump est le perturbateur en chef de l'ordre mondial". Un puissant perturbateur qui s'insère dans un mouvement plus large, de "récession démocratique", dont les présidents de Hongrie ou de Turquie seraient autant de symptômes.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2018 à 9:31 :
"Un vocabulaire trop pauvrement démocratique"

Tout est dit puisque votre "démocratie" ne repose que sur le langage au final il y a ce que nos dirigeants néolibéraux serviteurs des riches nous affirment via leurs médias et la réalité or la réalité elle est de plus en plus facile à mesurer.

EN 2005 le peuple français a voté par référendum contre le traité constitutionnel européen à plus de 55%. En 2007 tous nos parlementaires ont voté pour ce traité nous imposant donc cette aberration de façon anti-démocratique qui est en train de décimer les peuples européens.

Je n'ai toujours pas vu Trump faire preuve d'autant de mépris pour la pensée démocratique que nos politiciens européens et de très loin.

Bref, merci pour la messe néolibérale mon père mais nous sommes athées.

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