Marché de l'emploi : les Premières, avant-garde de la création au féminin (7/7)

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Christine Panteix, directrice des Premières Nouvelle-Aquitaine
Christine Panteix, directrice des Premières Nouvelle-Aquitaine (Crédits : J. Philippe Déjean)
L’incubateur des Premières Nouvelle-Aquitaine, installé dans l’écosystème Darwin, à Bordeaux Bastide, promeut avec succès la cause des femmes dans la création d’entreprise. Sans renoncer à son exigence de qualité dans l’accompagnement individuel. (Réactualisé le 04/05/2018)

Avant de devenir les Premières Nouvelle-Aquitaine, l'incubateur qui promeut l'entrepreneuriat au féminin et en équipes mixtes s'appelait les Pionnières. Installé au cœur de l'écosystème Darwin, la base alternative de la Rive droite de Bordeaux, les Pionnières véhiculaient alors une fragrance vintage d'utopisme en mode Komsomol, cette Union de la jeunesse communiste léniniste riche en pionnières et en pionniers. Devenu Premières Nouvelle-Aquitaine en avril 2017, avec l'ensemble de la fédération nationale à laquelle il appartient, cet incubateur, présidé par Marie-Christine Bordeaux, ex déléguée générale puis présidente de Paris Pionnières, a poursuivi sur sa lancée initiale, avec l'objectif désormais déclaré de faire des femmes les leaders de demain.

Lire aussi : Entrepreneuriat féminin : pourquoi les "Pionnières" deviennent les "Premières"

Christine Panteix, directrice des Premières Nouvelle-Aquitaine, apporte un peu de profondeur à ce mot d'ordre de combat. "Les Premières forment un réseau national et international. L'association a été créée à Bordeaux en 2011, sous le nom des Pionnières. L'incubateur s'est installé à Darwin en 2012. Nous soutenons les femmes et les équipes mixtes, à condition que la femme soit la dirigeante. Nous luttons contre la sous-représentation des femmes dans l'entrepreneuriat, en leur apportant un soutien pour qu'elles puissent gagner en confiance. Nous leur donnons les moyens d'avoir plus d'ambition, car elles ont tendance à faire des projets plus petits, moins innovants" décrypte Christine Panteix.

Répondre à un enjeu social

Depuis sa création, le jeune incubateur des Premières Nouvelle-Aquitaine a aidé à la création de 70 entreprises qui ont-elles-mêmes généré 130 emplois. Mais les Premières Nouvelle-Aquitaine c'est aussi 35 créatrices en projet et 120 projets accompagnés.

"La majorité des femmes qui viennent aux Premières ont autour de 35 ans, avec une première vie, souvent de cadre. Actuellement elles sont 20, dont un tiers de nouvelles arrivantes à Bordeaux. Nous avons trois ou quatre étudiantes parmi nos membres les plus jeunes, grâce à nos liens avec Entrepreneuriat Campus Aquitaine (ECA), structure de la Communauté d'universités et établissements d'Aquitaine", éclaire Christine Panteix.

L'ECA accorde en particulier le statut d'étudiant entrepreneur.

Comme elle le souligne, l'action des femmes dans la création d'entreprises est un véritable enjeu social, qui prend un relief particulier avec la domination du modèle des startups.

"On compte 30 à 35 % de femmes dirigeantes d'entreprises mais à la tête des sociétés innovantes de plus de dix salariés elles ne sont que 10 %. Ce n'est pas normal et c'est l'une des situations que nous nous efforçons de corriger. C'est pourquoi notre incubateur soutient les femmes porteuses de projets innovants créateurs d'emplois, recadre Christine Panteix. Le fait d'avoir cette offre très spécifique pousse les femmes à porter des projets correspondants. Nous avons de plus en plus de demandes d'inscription dans ce sens".

Tester et valider son idée, construire son projet, conquérir son marché et se développer sont les trois grands axes qui guident l'action des Premières. Plus concrètement les incubateurs de cette fédération nationale présidée par Claire Saddy, fondatrice et dirigeante de Tipi Formations, proposent un accompagnement individuel, des ateliers business et développement personnel, l'intervention d'experts ou encore la mise en relation avec l'écosystème du financement.

L'accompagnement individuel se fait par l'intermédiaire d'un coach facilement accessible aux dirigeants des jeunes entreprises incubées. L'incubateur régional emploie quatre salariées, s'appuie sur six consultantes à temps partiel et un groupe d'une quinzaine d'experts, qui interviennent ponctuellement. L'incubateur a un statut d'association loi 1901 ce qui ne l'empêche pas de vendre des prestations et de réaliser un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 300.000 euros.

Interventions dans la grande région

Les Premières Nouvelle-Aquitaine ne suit pas plus d'une vingtaine de nouveaux projets par an. "En 2017 nous avons eu 200 prises de contact. Notre objectif est d'offrir un accompagnement hyper personnalisé. Le dispositif comprend six à neuf mois de structuration du projet plus un accompagnement pendant la première année de lancement. Depuis bientôt cinq ans nous avons créé des sessions de trois jours, juste pour valider les idées de création" détaille la directrice. Confrontée à la création de la Nouvelle-Aquitaine la direction de l'incubateur a su faire face avec les moyens dont elle disposait. "Nous organisons depuis deux ans des sessions de trois jours de formation à Angoulême, Périgueux, Limoges, et bientôt Poitiers, avec l'association Transtech, qui regroupe les inventeurs et où il y a également très peu de femmes" observe Christine Panteix.

Malgré ces fortes contraintes qui sont aussi la rançon de son succès, l'incubateur des Premières Nouvelle-Aquitaine va s'étendre d'ici la fin de l'année à Héméra, l'accélérateur bordelais qui investira l'ancienne halle industrielle Marie Brizard, où les Premiers Nouvelle-Aquitaine disposeront de dix places. Fondée en 2005, cette fédération vouée à la libération entrepreneuriale des femmes a essaimé dans le pays mais aussi au Luxembourg et au Maroc. La fédération revendique un taux de pérennité des entreprises qu'elle appuie de 85 % à 3 ans : un chiffre nettement supérieur à une moyenne nationale pourtant en hausse, qui atteignait 71 % début 2016. Le succès de cet incubateur de créations d'entreprises au féminin ne se dément pas, au point que de plus en plus d'hommes veulent en être... dans le cadre des équipes mixtes.

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Cet article appartient à la série de 7 déjà parus dans le dossier dédié à l'emploi des femmes dans la métropole bordelaise, en kiosque le 23 mars dernier. Le site de La Tribune les publiera au fil des prochains jours.

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