Cité de l'océan de Biarritz : un naufrage à 40 M€

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Inaugurée en 2011 par la ville de Biarritz, la Cité de l'océan est déficitaire depuis.
Inaugurée en 2011 par la ville de Biarritz, la Cité de l'océan est déficitaire depuis. (Crédits : Biarritz)
La Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine vient de publier deux rapports sur la gestion de la Cité de l'océan par la ville de Biarritz. Porté par "un modèle économique ambitieux mais irréaliste", le musée a cumulé 1,76 M€ de pertes commerciales depuis 2011, est entaché d'irrégularités de procédures et a souffert de malfaçons techniques. Malgré de nouveaux investissements publics décidés en 2015, les magistrats jugent un rétablissement encore prématuré et chiffrent la facture totale pour la ville de Biarritz à près de 40 M€ nets.

"Modèle économique ambitieux mais irréaliste", "exploitation lourdement déficitaire", "choix scénographiques et commerciaux insuffisamment aboutis", "nombreuses irrégularités ou dysfonctionnements de gestion"... La liste des griefs relevés par les magistrats de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine sur la gestion de la Cité de l'océan est révélatrice des multiples errances de ce projet tant sur le fond que sur la forme. Ce musée océanographique, financé sur fonds publics et inauguré à Biarritz en 2011, vient de faire l'objet de deux rapports complémentaires de la juridiction financière. Le premier a décortiqué la gestion de la société d'économie mixte (SEM) Biarritz océan tandis que le second a évalué les conséquences de l'opération pour la commune de Biarritz.

"Nombreuses malfaçons et sinistres"

Depuis son inauguration en 2011, la Cité de l'océan de Biarritz a connu beaucoup de déboires juridiques et financiers sans rencontrer son public. Petit rappel des faits : en 2008, le maire Modem de la ville, Didier Borotra, lance l'opération "Biarritz Océan" qui combine, pour près de 45 M€, la construction d'un nouveau musée, la Cité de l'océan, et l'extension de l'aquarium existant. Pour cela, la ville signe un partenariat public-privé (PPP) avec le géant du BTP Vinci pour la construction de ces deux équipements. Une délégation de service public est également conclue avec la SEM Biarritz océan, dont la ville est l'actionnaire majoritaire, pour l'exploitation future.

Les deux équipements sont livrés au printemps 2011 marquant le début d'une avalanche de problèmes. "Quelques mois après avoir pris possession des biens sans réserve, la ville de Biarritz a dû faire face à de nombreuses malfaçons et sinistres affectant tant la Cité de l'océan que le Musée de la mer", rappellent les magistrats (infiltration, remontées d'humidité, fissures, corrosions, décollements, problèmes de vitrages, vannes défaillantes, etc.). Des sinistres qui ont entrainé d'importants surcoûts et une bataille juridique encore en cours si bien que le rapport regrette "une certaine impuissance de la ville de Biarritz à faire respecter les obligations de performance des bâtiments fixées par le contrat". Parallèlement à ces déboires, le PPP a été annulé par le Conseil d'Etat en 2014 en raison de l'irrégularité de la délibération municipale l'autorisant.

"Une exploitation lourdement déficitaire"

Enfin, l'exploitation commerciale a également tourné au fiasco. Les deux musées n'ont attiré en moyenne que 328.000 visiteurs par an de 2011 à 2015 alors que l'équilibre économique reposait sur un minimum de 450.000 entrées annuelles. Pire, la fréquentation et le chiffre d'affaires ont diminué régulièrement après le "pic" de 2012 lié à l'ouverture et ses 345.000 entrées pour 3,9 M€ ! Résultat : une "exploitation lourdement déficitaire" aboutissant à 1,76 M€ de pertes cumulées de 2011 à 2015.

"Un tel décalage entre la réalité de l'exploitation et les prévisions initiales conduit à s'interroger sur le réalisme de ces dernières", écrivent, lucides, les magistrats de la CRC, qui pointent "des choix scénographiques et une politique commerciale insuffisamment aboutis" plombés par une "stratégie hésitante" en matière de scénographie et "un socle stratégique faible" sur le front commercial.

Face à cette situation, la municipalité a initié en 2015 un plan de relance de 5,9 M€, avec l'aide de la Communauté d'agglomération, du Département et de la Région, tablant sur un équilibré économique désormais conditionné à 350.000 entrées annuelles. Cependant, ce plan revoit aussi à la baisse la redevance versée par la SEM à la ville (800.000 € au lieu de 1,18 M€). Une décision qui n'est pas du goût de la CRC :

"Cette décision entérine ainsi la déconnexion entre exploitation et financement des ouvrages qui présidait au montage initial de l'opération Biarritz océan. En effet, alors que la commune se trouve pénalisée par la baisse précitée de la redevance versée par son délégataire, le loyer qu'elle reste devoir au titre du PPP demeure, pour sa part, inchangé."

39,2 M€ de charge nette pour les Biarrots

Et au bout du compte, l'addition est très lourde pour les finances publiques et donc pour les contribuables biarrots. La CRC estime ainsi à 39,2 M€ la charge nette pesant sur la ville pour financer l'opération Biarritz océan, correspondant à la différence entre les 62,7 M€ de dépenses engagées ou restant à engager et les 23,5 M€ de ressources encaissées ou restant à encaisser. De son côté, la municipalité avance le chiffre de 23,8 M€ de charge résiduelle. "Ce différentiel conséquent restant en tout état de cause à la charge de la commune  au terme de ces diverses tentatives de chiffrage, devra être apprécié au regard de l'accomplissement des objectifs de politique publique qui avaient été assignés à l'opération", concluent les magistrats. Il s'agit en l'occurrence d'objectifs touristique, culturel et économique. L'équipe municipale met ainsi en avant les retombées économiques indirectes liés à ces équipements.

Au final, malgré un rebond à 390.000 entrées en 2017 pour 5 M€ de revenus, lié notamment à la météo pluvieuse favorable aux musées, la chambre régionale des comptes juge "prématuré de considérer que la situation serait d'ores-et-déjà en voie de rétablissement." Reconnaissant à demi-mot le "carnage financier", selon l'expression de l'opposition socialiste, le maire centriste de Biarritz, Michel Veunac, élu en 2014, assure en réponse qu'il a su tirer les leçons du passé et se concentre désormais sur le développement commercial.

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Commentaires
a écrit le 05/04/2018 à 11:43 :
Un autre exemple de la gabegie financière relevant du "fait du roi", au national comme au local : des décisions dispendieuses, sans aucun sens si ce n'est "laisser une marque dans l'histoire". C'est pathologique de la part des politiques, et encouragé par les sacro-saints PPP dont nous sommes devenus champion du monde, et qui pratiquent la connivence matinée de soft-corruption. Bourdieu appelait ça "reproduction des élites"... La promotion Senghor de l'énarchie branchée actuellement au pouvoir continue à démontrer que l'on peut être formé pour devenir un "grand commis de l'état", au frais de celui-ci (ENA et X), et chier sur sur ce même état en confiant des pans entiers de notre économie au privé... piloté très souvent par les reconvertis des promotions précédentes. Pendant que ceux qui en profitent se gavent au CAC 40, le couillon de citoyen "casque" de plus en plus, directement ou indirectement. Si le privé, dans une démarche soit-disante concurrentielle, est dit coûter moins cher que le public (cf. SNCF actuellement...) alors que le privé doit rémunérer le capital, c'est que notre haute administration, celle qui gère les ressources dédiées au peuple, fait très très mal son boulot... Démocratie ? Non. Oligarchie et ploutocratie.
a écrit le 05/04/2018 à 6:47 :
Alors pauvre Bordeaux et Bordelais, un autre gouffre financier, j'espère que le promoteur est autre!

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