Bordeaux et Angoulême se construisent un destin commun autour de la LGV

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L'accord de coopération bilatéral signé en 2015 s'est appuyé sur une étude de prospective à l'horizon 2025 réalisée par l'A'Urba, l'agence d'urbanisme de la métropole bordelaise.
L'accord de coopération bilatéral signé en 2015 s'est appuyé sur une étude de prospective à l'horizon 2025 réalisée par l'A'Urba, l'agence d'urbanisme de la métropole bordelaise. (Crédits : A'Urba)
Désormais accessibles en seulement 35 minutes de TGV, les agglomérations de Bordeaux et d'Angoulême ont décidé de capitaliser sur ce rapprochement. Un contrat de coopération bilatéral, le premier du genre, a été signé à l'automne 2016 et s'est concrétisé il y a quelques semaines par la signature d'un projet immobilier commun aux quartiers des deux gares TGV.

Partager l'attractivité nouvelle liée à la ligne à grande vitesse (LGV), mieux se connaître et éviter les phénomènes de concurrence territoriale : c'est l'objectif du protocole de coopération territoriale signé le 5 octobre 2016 par Alain Juppé et Xavier Bonnefont, les maires de Bordeaux et d'Angoulême. "Pour être honnête, je n'avais pas d'attentes précises, c'était une démarche expérimentale, un premier contrat opérationnel pour ébaucher une politique de voisinage qui demandait à être inventée", se souvient l'édile charentais.

A l'époque, il a répondu à une proposition d'Alain Juppé formulée au lendemain des élections municipales de 2014 dans l'idée de faire vivre un réseau de villes moyennes autour de la métropole bordelaise. Une intuition renforcée à la fois par la création de la grande région Nouvelle-Aquitaine au 1er janvier 2016 et l'ouverture de la LGV Sud-Atlantique qui replace Angoulême et ses 42.000 habitants sur l'axe Bordeaux-Paris.

Quatre priorités identifiées

Concrètement, ce contrat de coopération, qui court sur la période 2016-2020, fixe quatre axes prioritaires de coopération économique : la culture, notamment autour de l'image ; l'écosystème viti-vinicole ; l'e-santé et les quartiers d'affaires autour des gares. Des choix qui reprennent les conclusions de "l'exercice de prospective stratégique" de la relation Bordeaux-Angoulême à l'horizon 2025 fraîchement réalisé par l'A'Urba à la demande des deux collectivitiés. "Vu de la Chine, Bordeaux et Angoulême sont au même endroit ! Avec une offre touristique commune, notamment autour du vin, tout le monde pourrait être gagnant. Il y a aussi des complémentarités évidentes sur le numérique et l'animation. Des complémentarités qui demandent à être organisées pour éviter la concentration et la concurrence", observe ainsi Jean-Marc Offner, le directeur général de l'agence d'urbanisme de la métropole bordelaise. Le diagnostic territorial met en effet en lumière une forte imbrication des deux bassins de vie et d'emploi distants de 120 km :

"Angoulême est complètement intégrée dans le système métropolitain élargi de Bordeaux. Elle contribue pleinement au développement métropolitain bordelais. [...] Bordeaux étant souvent le point d'attraction le plus fort pour Angoulême ; Angoulême est souvent le premier territoire hors Aquitaine en lien avec Bordeaux. Ici s'affirment des logiques spatiales avant tout, qui s'affranchissent des limites administratives."

Bordeaux Euratlantique & Angoulême TGV : même combat

S'affranchir des limites administratives, c'est justement l'objet d'une consultation conjointe commun lancée le 14 février pour la cession simultanée de deux emprises foncières : la première près de la gare Saint-Jean dans le quartier Armagnac sur le périmètre de l'opération Bordeaux Euratlantique, la seconde au sein de l'ilot du Port à proximité de la gare d'Angoulême. "Je crois que c'est une première et ça concrétise notre volonté de travailler ensemble sur nos quartiers de gare", se félicite Xavier Bonnefont. Concrètement, le promoteur qui remportera cette consultation sera chargé de la réalisation des deux projets de construction de logements à Bordeaux et à Angoulême. "C'est un signal fort avec un seul promoteur pour deux projets de manière à attirer des investisseurs sur Angoulême", confirme Mylène Villanove, conseillère métropolitaine de Bordeaux en charge des coopérations territoriales.

La LGV permet également à la cité angoumoisine de mette en avant une attractivité résidentielle vis-à-vis de Bordeaux comme vis-à-vis de Paris. "La qualité de notre bâti historique et nos maisons avec jardin en cœur de ville sont des atouts qui peuvent parler à des cadres refroidis par les contraintes des métropoles", argumente Xavier Bonnefont. En TGV, Bordeaux n'est qu'à 35 min en TGV tandis que la capitale est accessible en 1h45.

Partenariats ambitieux

L'objectif est d'enclencher une logique gagnant-gagnant. "Une métropole qui serait installée dans un désert ne serait pas une métropole en bonne santé. C'est pourquoi Bordeaux s'est engagée dans des partenariats ambitieux avec Angoulême, par exemple", assurait encore Alain Juppé au micro de Public Sénat le 19 mars dernier.

Les complémentarités entre les bassins d'emplois girondin et charentais sont en effet réelles, en particulier en matière d'animation, de jeux vidéo et de bande dessinée. Dans ce domaine, la décision du salon international de l'animation, Cartoon Movie, de poser ses valises à Bordeaux, a priori, pour plusieurs années sonne comme une consécration. "La création de la Nouvelle-Aquitaine, qui est la 2e région de l'animation après l'Ile-de-France, a été un déclencheur en permettant d'asseoir le binôme entre Bordeaux et le pôle image Magelis d'Angoulême. J'ai le sentiment que Cartoon Movie a trouvé sa place naturelle au sein de cet écosystème très fort", expliquait ainsi à La Tribune Marc Vandeweyer, le directeur général du salon, le 8 mars dernier. "Cette décision est une vitrine pour le secteur et pour le pôle de l'image Magelis. Il y a des synergies fortes avec Bordeaux dans ce domaine", abonde le maire d'Angoulême.

Vers un pass culture unique ?

Enfin, le tourisme est aussi un chantier visé par cette coopération territoriale et Angoulême espère bien tirer son épingle du jeu. "Nous devons profiter des 6 millions de touristes qui viennent chaque année à Bordeaux", milite Xavier Bonnefont. Les vignobles du bordelais et du cognaçais sont ainsi invités à travailler davantage ensemble. "Ils le font déjà mais peut-être pas de manière suffisamment coordonnée. Les collectivités peuvent jouer un rôle de facilitateur sur la formation et sur l'oenotourisme notamment", poursuit le maire d'Angoulême. L'objectif, mis en lumière par les travaux de l'A'Urba, serait d'aboutir, à terme, à un "pass culture" commun à Bordeaux et Angoulême pour les grands évènements culturels, tels que Bordeaux Fête le fleuve et le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, mais aussi pour tisser davantage de liens entre les théâtres et les musées des deux villes.

"Cette idée est toujours d'actualité mais il est encore trop tôt pour en dire plus ou évoquer d'autres actions", botte en touche Xavier Bonnefont qui se félicite cependant que "cette coopération vive dans la durée et ne s'arrête pas à la volonté d'un jour". Un investissement qui se compte, pour l'heure, davantage en temps de mobilisation des agents municipaux plutôt qu'en investissement sonnant et trébuchant. "C'est un dialogue qui s'inscrit nécessairement dans le temps long tant il bouleverse les habitudes. C'est une coopération par petits pas", relativise Mylène Villanove, qui porte cette vision auprès de ses collègues depuis 2014.

Quoi qu'il en soit, 18 mois plus tard, cette relation spéciale nouée par Angoulême avec Bordeaux a fait des émules. Libourne lui a emboîté le pas dès l'automne 2017 tandis que Marmande devrait signer un contrat de coopération d'ici la fin de l'année. Saintes, Mont-de-Marsan et d'autres villes moyennes seraient aussi sur les rangs... à condition que l'équipe de la direction des coopérations et partenariats métropolitains de Bordeaux Métropole puisse suivre le rythme !

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