Le big bang territorial bouleverse les équilibres

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La 4e étape du cycle de conférences-débats dans le cadre du bicentenaire de la Caisse des dépôts a eu lieu à Pau.
La 4e étape du cycle de conférences-débats dans le cadre du bicentenaire de la Caisse des dépôts a eu lieu à Pau. (Crédits : LTB)
Réforme des régions, émergence du phénomène de métropolisation, développement des intercommunalités, fusion de communes... Le big bang territorial change les frontières et les manières de penser la compétitivité, l'attractivité. Ces questions viennent d'être débattues à Pau dans le cadre du bicentenaire de la Caisse des dépôts.

La Caisse des dépôts fête cette année son bicentenaire. Dans ce cadre, 4 conférences-débats ont été coorganisées sur le territoire de Nouvelle-Aquitaine, sur les 4 transitions qui la mobilisent : transition numérique, transition écologique et énergétique, transition démographique, et transition territoriale. Cette dernière était au centre des débats lors d'un événement organisé au Palais Beaumont à Pau, dernière ville-étape après Bordeaux, Poitiers et Limoges.

Les territoires sont aujourd'hui en pleine recomposition, au point que certains évoquent même un "big bang territorial". Parallèlement, de nombreuses questions se posent, sur fond de baisse globale des ressources budgétaires. Que va changer cette transition territoriale ? Comment gérer maintenir voire renforcer la compétitivité et l'attractivité des territoires ? Comment soutenir le développement des entreprises et l'emploi ? Comment faire émerger des projets d'envergure ?

Pour Joël Mendez, directeur de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) Adour Atlantique, cette transition territoriale "aura un impact certain. C'est un sujet important pour nous car nous avons besoin d'un soutien des collectivités pour nous aider à être plus réactifs. Il est essentiel aujourd'hui d'avoir une vision partagée du développement économique. Les territoires doivent être agiles et capables d'anticiper, de coopérer."

Les projets font les territoires et pas l'inverse

Michel Casteigts s'est livré à un exposé pointu des mécanismes à l'œuvre aujourd'hui, évoquant notamment les nombreuses fusions de communes alors que se développent des intercommunalités de plus en plus grosses qui concentrent les leviers d'action importants, tout en soulignant que "ce sont les projets qui font les territoires, et non l'inverse". Consultant et chercheur spécialiste des politiques publiques et du management territorial stratégique, ancien directeur général des services du département de l'Oise, ancien directeur général de la Communauté d'agglomération de Bayonne Anglet Biarritz, il connaît parfaitement ces sujets, et peut-être encore plus particulièrement celui de l'émergence d'une intercommunalité à l'échelle du Pays basque, en tant que membre du Conseil de développement du Pays basque.

"Au 1er janvier 2017 naîtra une seule agglomération de 158 communes dont le siège sera à Bayonne, indique-t-il. A l'échelle du pays, ce sera une des plus grandes, à l'exception des métropoles."

Cette nouvelle structure est finalement assez symbolique de la transition territoriale, qui n'est pas sans poser certains casse-têtes. Leslie Chaze, chargée de développement territorial à Mairie-conseils Caisse des dépôts, Service d'intérêt général qui donne des outils et des méthodes aux collectivités, en a cité quelques-uns.

"Beaucoup de questions qui sont traitées par Mairie-conseils portent sur la manière de conduire une fusion en un temps record, sur la façon d'harmoniser des politiques différentes, et sur les méthodes pour piloter les nouveaux ensembles", détaille-t-elle, estimant que "60 % des collectivités sont concernées par cette transition".

Face à la baisse globale des ressources budgétaires, ces nouveaux ensembles politiques massifiés ne doivent pas oublier les territoires les plus enclavés, penser aménagement et infrastructures, et enfin jouer groupés dans le but de renforcer leur attractivité et leur compétitivité. Jouer groupé, dans une logique partenariale : c'est précisément la vision que chacun des intervenants a défendue. Philippe Goold en a donné un éclairage concret avec l'expérience de Jechange.fr dont il est le directeur général. L'entreprise agenaise, fruit de la fusion entre deux sociétés de Lot-et-Garonne et de Paris, a choisi de se développer à partir d'Agen. En hypercroissance, Jechange.fr a misé sur le territoire, où elle a trouvé une qualité de vie supérieure, un personnel moins "chassé" qu'à Paris, des loyers moins chers, et une proximité importante avec les autres acteurs de la vie économique et administrative.

"Sur les 110 salariés employés par l'entreprise, 105 sont au siège social à Agen", explique Philippe Goold. Sur une initiative du Conseil département de Lot-et-Garonne, qui a confié la mise en place et l'animation à des acteurs privés, l'association Inoo, cluster d'entreprises autour de l'innovation et du numérique, est né. Piloté par Philippe Goold et d'autres, cette structure est un bon exemple d'un travail collaboratif mené en bonne intelligence avec des territoires en recomposition, réussissant par exemple à faire venir une école informatique à Agen. La transition territoriale, c'est aussi cela : ne pas hésiter à décloisonner.

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