Développement économique des métropoles : de l'importance de jouer collectif

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Jean-Luc Moudenc, président de France Urbaine et de Toulouse Métropole, Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, député, président de la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse.
Jean-Luc Moudenc, président de France Urbaine et de Toulouse Métropole, Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Alain Rousset, député, président de la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse. (Crédits : Appa)
La Conférence économique des métropoles, organisée par l’Association des CCI métropolitaines et France Urbaine, se tenait ce matin à la CCI de Bordeaux, en partenariat avec La Tribune. Le premier débat était consacré au "moteur de croissance métropolitain dans la nouvelle organisation territoriale économique".

"Profiter chacun des bonnes idées des autres, positionner les métropoles en tant que moteur des grandes régions, les faire collaborer ensemble aussi, favoriser les rapprochements de projets communs pour résoudre les problématiques de taille critique à l'international : il s'agit de trouver les moyens, l'énergie, les idées pour le faire."

Ainsi Pierre Goguet, président de la CCI de Bordeaux et de l'Association des CCI métropolitaine (ACCIM) a-t-il fixé l'objectif de ces rencontres, ce matin, au Palais de la Bourse, à Bordeaux, organisées par l'ACCIM et France Urbaine, en partenariat avec La Tribune. De nombreux présidents de chambres de commerces, de métropoles avaient fait le déplacement pour aborder ces questions à l'occasion de cette conférence économique des métropoles ouverte par une intervention de l'économiste Christian Saint-Etienne, titulaire de la chaire d'économie industrielle au Conservatoire national des arts et métiers. Ce dernier a ouvert les débats en abordant la question des "enjeux et leviers de la dynamique métropolitaine dans l'environnement européen et international", rappelant qu'historiquement  toutes les révolutions industrielles sont des révolutions urbaines. Cette 3e révolution industrielle, ou i-conomie, 3e révolution numérique, n'y échappe pas, dans un contexte où la proportion d'urbains sera de 67 % en 2030.

"Ces villes qui accueillent doivent se transformer en grandes ville mais pas seulement : l'accumulation de personnes ne sert à rien. Dans les territoires i-conomiques, il d'agit de favoriser les connexions et interconnexions."

Démarche qui doit s'accompagner d'une densification avec un impératif de développement durable, basé sur des systèmes de transports qui sont propres.
Christian Saint-Etienne a également évoqué le rôle des entrepreneurs, au cœur de chaque révolution industrielle, jugeant qu'ils ne sont pas tous des acteurs dynamiques.

"10 % des entreprises réalisent plus de 70 % de la création nette d'emploi : c'est le 1/10e merveilleux. L'enjeu des gouvernances est d'attirer ces entreprises."

Rappelant que la 3e révolution impliquait aussi, difficulté pour les entreprises, une dé-hiérarchisation de tous les systèmes, il a insisté sur la nécessité de réinvestir dans les infrastructures pour numériser tous nos systèmes, y compris institutionnels, marqués par la 2e révolution industrielle et qu'ils convient de faire évoluer vers la 3e.
Rappelant que les 15 métropoles sont aujourd'hui les moteurs naturels de la France et que les villes sont aujourd'hui les moteurs de la création de richesse, il a insisté sur la nécessité de réussir une collaboration intelligente entre les 13 régions et les 15 métropoles, pour ne pas oublier les populations qui ne sont pas dans les zones urbaines.

Autre impératif : réinvestir dans de grands projets structurants - "et non plus sur des projets de confort locaux" - sur un rythme de 10 à 15 Md€ par an, le tout dans le cadre d'une vision nationale : "On ne va pas faire des nanotechnologies dans 15 villes", avant de conclure sur une note d'espoir :

"Si on regarde les deux premières révolutions industrielles, la France a toujours été en retard au début avant de se rattraper très vite. J'espère qu'on assistera à ça très vite", même si "on a, en France, une fiscalité qui dégoûte de la 3e révolution industrielle".

Densification et mobilité, attractivité économique et coopération

"On a des retards à l'allumage mais des atouts considérables", a réagi Alain Juppé, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, en ouverture de la première table ronde consacrée au "moteur de la croissance métropolitain dans la nouvelle organisation territoriale économique", qui réunissait à ses côtés Patrick Ollier, ancien ministre, président de la Métropole du Grand Paris, Alain Rousset, député, président de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, représentant l'ARF, Jean-Luc Moudenc, président de France Urbaine, président de Toulouse Métropole, Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse.

Rappelant le partenariat signé avec la CCI de Bordeaux pour le développement de l'attractivité des territoires, Alain Juppé a estimé que "repartir sur une nouvelle loi territoriale ou un nouveau découpage serait une grande erreur", témoignant de son "allergie définitive à l'instabilité et aux incertitudes" et rappelant sa proposition d'un pacte de stabilité et d'un droit à l'expérimentation par exemple sur le rapprochement des départements ou les compétences des collectivités. Expliquant le succès de Bordeaux parce qu'il y avait une vision, un projet couplé à une gouvernance en cogestion, il a rappelé les enjeux de demain, entre densification et mobilité, attractivité économique et coopération, citant l'exemple de l'articulation avec la région à travers le SRDEII (Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation).

"Il faut faire attention aux déséquilibres entre les territoires : il ne faut pas que cela devienne "les métropoles et le désert français", a rappelé Alain Juppé. Il s'agit d'irriguer tout le territoire, à condition que ce territoire soit irrigué par le très haut débit."

"Pas suffisamment en responsabilité"

Alain Rousset, député, président de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, représentant l'ARF (Association des Régions de France) a pu témoigner de ce dialogue permanent concernant par exemple le SRDEII avant d'évoquer le problème du développement massif des métropoles :

"Il ne faut pas que cela soit perçu comme un phénomène de déménagement massif du territoire, il faut un réseau de villes, vérifier que dans ce réseau les fonctions essentielles soient assurées (santé, etc.), s'assurer qu'il y ait un réel arrêt de l'étalement urbain qui détruit les zones rurales, agricoles et aggrave l'effet d'encombrement. La nouvelle économie va se développer plus dans les villes, bien sûr, pour des raisons naturelles : taux de formation, taux de création d'entreprises numériques. Il faut équilibrer cela avec des dispositifs d'accompagnement."

Alain Rousset n'a par ailleurs pas manqué l'occasion de donner son opinion sur un Etat jugé trop centralisé, "boulet culturel qui déresponsabilise". Réagissant aux propos tenus par l'économiste Christian Saint-Etienne, il a rappelé que sur le plan du développement économique, le monde de l'industrie est plutôt hors métropole :

"Il faut que les régions aient les moyens de moderniser ce tissu industriel, c'est ce que nous avons commencé à faire avec l'usine du futur."

La région, qui va créer un accélérateur de startups à côté de l'ISVV (Institut des sciences de la vigne et du vin), a par ailleurs lancé un appel à manifestation d'intérêt pour moderniser le secteur du machinisme agricole.

"On n'a pas choisi entre décentralisation et déconcentration, il y a trop de dispositifs au niveau de l'Etat, a-t-il estimé pour finir. Moi je réclame une vraie décentralisation. Nous ne sommes pas, nous Régions, suffisamment en responsabilité."

"Un Etat stratège pour arbitrer"

Jean-Luc Moudenc, président de France Urbaine, président de Toulouse Métropole, a rappelé à ce sujet que l'Etat souhaitait un pacte national avec les 15 métropoles, décliné en 15 projets concrets qui permettrait aux métropoles qui avancent des projets structurants d'avoir un dialogue simplifié avec l'Etat. Pacte qui devait faire l'objet de l'intervention de Jean-Michel Baylet, ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, en fin de matinée.

"Il faudrait au final un pacte tripartite Etat/Régions/Métropoles, a estimé Jean-Luc Moudenc, pour assurer un minimum d'efficacité et abandonner le saupoudrage qui fait tant de mal."

Le président de Toulouse Métropole a pu témoigner de son expérience sur le cas très particulier de la nouvelle grande région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, qui réunit certes deux grandes régions, mais aussi les deux métropoles que sont Toulouse et Montpellier. Les deux villes ont commencé par se rapprocher avant de définir une coopération concrète par un pacte qui inventorie des domaines précis de coopération estimés communs et stratégiques.

"Nous arrivons aujourd'hui dans une configuration qui facilite le travail de la région", notamment pour le SRDE : "J'ai déposé notre Schéma de développement économique de la Métropole. L'alliance du couple Métropole/Région, c'est le gage de la réussite dans l'avenir avec un couple pilier et stratégique."

Jean-Luc Moudenc a évoqué le Schéma du développement économique de la Métropole de Toulouse en co-construction avec la CCI, 600 acteurs économiques donnant lieu à 20 projets, dont a également témoigné Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse.

"Avec un taux de croissance à 3 % et un taux de croissance des emplois à 2 %, on est plutôt bien Toulouse mais ça ne durera pas. Donc nous nous sommes mis ensemble, CCI et Métropole, autour d'une table et nous avons travaillé pour mettre au point ces 20 projets avec une méthode : accepter de nous placer dans un timing entrepreneurial. Nous avons mis des années pour mettre en place cette collaboration."

En conclusion Patrick Ollier, ancien ministre, président de la Métropole du Grand Paris, a rappelé que le problème de compétences entre Régions et Métropole était général :

"La France a perdu la boussole. Pourquoi ? Gauche et droite sont co-responsables. Je suis pour la décentralisation, il faut un Etat stratège pour arbitrer. On a perdu la vision stratégique, on a perdu la Datar, les lois Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) et Maptam (Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles) sont des lois inachevées donc il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des problèmes et que chacun tire la couverture à lui."

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Commentaires
a écrit le 28/06/2016 à 20:33 :
Debats tres interessants et d'actualite.

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