"La France n'est pas bonne dans la formation des demandeurs d'emploi"

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Myriam El Khomri, ministre du Travail et de l'Emploi, en visite à Bordeaux ce vendredi
Myriam El Khomri, ministre du Travail et de l'Emploi, en visite à Bordeaux ce vendredi (Crédits : La Tribune Bordeaux / Mikaël Lozano)
En visite à Bordeaux ce vendredi, la ministre du Travail et de l'Emploi Myriam El Khomri a fait la promotion du Plan 500.000 formations supplémentaires et défendu sa loi Travail, confirmant qu'elle ne la retirera pas malgré les mouvements de contestation.

"La France n'est pas bonne dans la formation des demandeurs d'emploi. Nous formons un demandeur d'emploi sur dix, c'est le double en Allemagne !"

La ministre du Travail et de l'Emploi Myriam El Khomri a dressé ce constant sans appel ce vendredi à Bordeaux. Après avoir inauguré la 9e édition des Olympiades des métiers pour les personnes en situation de handicap, les Abilympics, elle a visité L'Electrolyse, PME spécialisée dans les procédés de traitements de surface, à Latresne. L'après-midi, elle a participé à la signature de la convention régionale du Plan 500.000 formations supplémentaires par Alain Rousset, président du Conseil régional Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, et le préfet Pierre Dartout, ainsi que les co-présidents du Comité paritaire interprofessionnel régional pour l'emploi et la formation professionnelle (Coparef), qui réunit instances patronales et syndicales.

Le pilotage aux Régions

Ce Plan 500.000 formations supplémentaires s'inscrit dans le cadre du plan d'urgence pour l'emploi annoncé par François Hollande le 18 janvier et prévoit de doubler l'effort de formation des personnes en recherche d'emploi, l'Etat dégageant 1 Md€ pour ce faire. Soit un objectif d'un million d'actions engagées au plan national cette année. Les conseils régionaux sont chargés d'assurer la coordination de la mise en œuvre de ce plan. Ce qui réjouit au plus haut point Alain Rousset, qui affirmait haut et fort cet après-midi dans l'hémicycle régional qu'il comptait bien jouer ce rôle avec le plus grand zèle. Celui qui est aussi député s'est fait taquin :

"Je suis ravi que Myriam El Khomri vienne en région. Ca fait du bien de se ressourcer sur le terrain. On ne se ressource jamais devant BFM TV."

Il a surtout insisté sur l'importance de ne pas faire de ces formations des voies de garage et de "flécher les demandeurs d'emploi vers des filières d'avenir, qui embauchent", avec une attention toute particulière à destination des PME "car ce sont elles qui créent de l'emploi". Alain Rousset a notamment rappelé que la carte formation pouvait également être un véritable atout lorsque des industriels négocient à l'export. Citant en exemple Dassault et la future implantation d'un centre de formation à la maintenance aéronautique Aérocampus Aquitaine en Inde, que son directeur avait annoncé dans nos colonnes en janvier dernier.

Myriam El Khomri a elle aussi insisté sur la question des débouchés :

"Je reçois beaucoup de courriers. Et quand je vois qu'il peut parfois s'écouler six mois avant qu'un demandeur d'emploi entre en formation, j'estime que c'est inadmissible. Et c'est pourquoi nous voulons doubler le nombre de formations à destination des chômeurs. Nous ne voulons pas de stages parking, nous voulons la mise en place de formations de qualité et qui ont des débouchés. Pas former pour former, mais former utile. Je considère que dans la mesure où nous signons aujourd'hui la convention régionale, le dispositif doit démarrer dès lundi."

Ce dernier commentaire déclenchant une moue gênée du directeur régional de Pôle Emploi, présent à quelques mètres de la ministre...

L'Etat flèche une enveloppe de 96 M€

Les besoins sont là : près de 120.000 demandeurs d'emploi de longue durée en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, presque 150.000 qui n'ont pas ou peu de qualifications et 9,6 % seulement bénéficient de formation. La convention de partenariat signée ce vendredi, la 5e de ce type en France, prévoit que le Conseil régional maintiendra en 2016 son propre effort de formation à destination des personnes en recherche d'emploi, soit à hauteur des 38.721 actions menées en 2015 pour un montant de 96,545 M€, et qu'il s'engage à réaliser 26.777 actions de formation supplémentaires cette année. Une part de ces opérations sera confiée à Pôle Emploi et sera précisée dans une autre convention qui semble difficile à formaliser... De son côté, l'Etat débloque pour ces formations un financement de 80,331 M€. Enfin la Coparef s'engage à mobilier les organismes paritaires collecteurs et à faire financer par le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels d'autres actions pour un montant de 17,921 M€.

Signature plan formation chômeurs Aquitaine

Les signataires Alain Rousset, président du Conseil régional, Myriam El Khomri, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation, et le préfet d'Aquitaine Limousin Poitou-Charentes Pierre Dartout (crédit photo ML)

"La loi Travail ne sera pas retirée"

En marge de la signature, Myriam El Khomri n'a pas échappé aux questions sur sa décriée loi Travail et sur les manifestations de la veille.

"Je suis très attentive au climat. Nous sommes toujours à l'écoute des organisations de jeunesse mais si leur seul mot d'ordre, c'est le retrait de la loi, alors non elle ne sera pas retirée."

A l'aube du débat parlementaire qui s'annonce et qui portera sur la mouture amendée de cette loi Travail, la ministre s'est montrée confiante :

"Il y a deux tendances à gauche, celle de ceux qui veulent aller vers les 32h et celle qui souhaite apporter de la souplesse aux entreprises en laissant dans la loi les fondements de notre Code du travail. (...) Il y a beaucoup de députés et de parlementaires de gauche qui voteront pour cette loi, qui n'est pas un retour à Zola comme certains veulent le faire croire. Nous devons redynamiser les négociations collectives. Cette loi allie performance sociale et performance économique des entreprises."

Myriam El Khomri ne semble pas craindre un détricotage en règle de ses mesures. Tout juste convient-elle qu'il y a "peut-être encore des choses à faire en matière de dialogue social dans les PME".

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Commentaires
a écrit le 28/03/2016 à 9:31 :
Il faut modifier en profondeur le système de gestion de la formation professionnelle. Pour ma part je serai favorable à un regroupement des crédits consacrés à l'enseignement supérieur avec les crédits consacrés à la formation professionnelle. Avec cet ensemble (dotation annuelle de 55Ge environ), on pourrait distribuer une allocation universelle fléchée de "formation postbac" d'environ 150 euros par mois de 18 ans à la retraite. En parallèle la BPI serait mobilisée pour préter à long terme et à taux réduit aux personnes adultes qui veulent se former et tous les organismes de formation (universités et classes prépa compris) cesseraient d'être subventionnés directement par l'état. Le besoin en formation professionnelle étant plus important lorsque la formation initiale a été plus faible et la formation pouvant aussi être financée individuellement lorsqu'elle aboutit à un salaire plus élevé, ce système serait beaucoup plus juste et sans doute beaucoup plus efficace.
a écrit le 27/03/2016 à 12:22 :
Que
a écrit le 27/03/2016 à 8:57 :
Parce que la France est bonne ailleurs ?
a écrit le 26/03/2016 à 22:48 :
La France n'est surtout pas bonne dans la formation de son élite dirigeante qui ne pense qu'à développer des règlementations tatillonnes qui paralysent toute dynamique entrepreneuriale : le code du travail n'a plus rien à envier à celui des impôts. Et quand en plus on ose gagner de l'argent, on devient une cible : c'est mal de réussir et on empêche l'accumulation de capital. Le problème c'est que la "réussite" commence vraiment très tôt, maintenant : dès qu'on sort du livret A et des placements administrés, c'est-à-dire en réalité "socialement autorisés"...
a écrit le 26/03/2016 à 18:14 :
Et une chape de plomb sur l'Article 6 de la Loi du Travail qui autorise l'arrivée de la religion dans l'entreprise. Autrement dit c'est le commencement de la fin de la laïcité. Bravo les socialistes, on vous doit tant.
a écrit le 26/03/2016 à 13:20 :
D'un côté, les socialos s'acharnent à vouloir former des esclaves pour des industries en disparition, d'un autre côté, les entreprises (surtout les grandes) cherchent à optimiser les rendements financiers avec du personnel hautement qualifié, mais pas cher et corvéable à merci. On a donc tout faux, car d'une part, l'esclavage étouffe la créativité et la motivation, et d'autre part, les gens qualifiés s'en vont, faute de pressentir de meilleurs horizons en France. Une des solutions: rendre aux gens la liberté et la volonté d'entreprendre en se débarrassant des contraintes administratives. Par exemple, enregistrement d'une TPE avec 50 euros sans avoir à payer 3 mois d'avance d'URSSAF, exemption d'impôts jusqu'à 30 000 euros de chiffre d'affaires. Ces quelques mesures simples redonneront aux gens l'envie d'entreprendre et permettront aux plus vaillants d'entrevoir un avenir. On remarquera aussi que ces quelques mesures ne nécessitent pas d'argent du contribuable, dans la mesure où les dirigeants de ces nouvelles pousses ne pourront prétendre aux allocations chômage puisqu'employés à leur propre compte :-)
a écrit le 26/03/2016 à 9:41 :
Tant qu'on saupoudrera des formations par ci par là au petit bonheur la chance sans la lier précisément à un chercheur d'emploi avec une offre d'emploi précise en face, et un besoin de formation identifiée pour CE demandeur et CET emploi, on gaspillera de l'argent et de l'énergie. Une formation n'est opportune qu'à un moment donné, en relation avec une personne/un poste précis. Saupoudrage et gaspillage sont les deux défauts du système de formation actuelle. Sans compter les traditions de l'EN, qui refuse toujours de travailler avec les réalités et besoins de l'économie. L'EN ne prépare pas à l'emploi aujourd'hui, ce qui est un autre grand gaspillage, mais chut !
a écrit le 26/03/2016 à 9:09 :
Pourquoi faut-il attendre que le chômage atteigne des sommets historiques, et de multiples rapports réguliers des agences pour arriver encore et encore à ce constat ?
a écrit le 26/03/2016 à 9:04 :
Que d'argent gaspillé ! et les charges augmentent !
a écrit le 26/03/2016 à 8:33 :
par contre l a France est excellente dans la formation de ceux qui peuvent refuser un emploi pour rester au chomage
a écrit le 25/03/2016 à 20:16 :
"Pas bons pour les formations des demandeurs d'emploi" sans doute mais dans ce cas pourquoi ne pas faire confiance aux organismes privés au lieu de privilégier depuis 2 ans les seuls OF de type AFPA ou Gretas ?

Par ailleurs que risque un chômeur qui ne participe pas sérieusement à son apprentissage et à sa formation aujourd'hui ? Rien car tout le monde s'en fiche (à commencer par Pole emploi qui ne fera pas sauter une indemnisation pour si peu).4

Autre point : quel est le vrai prix pour une formation de qualité en France ? certainement pas 9 euros par heure et par personne mais on préfère encore les stages parking de 600 heures à des stages de qualité plus chers mais plus courts. L'objectif étant évidemment de faire baisser artificiellement le chiffre des chômeurs de catégorie A.
Bref chacun devrait balayer devant sa porte et quand la ministre déclare que les formations doivent commencer 3 jours après la signature de la convention cadre avec la région elle ne sait pas comment marchent ces choses en France (si ça démarre en septembre ce sera déjà une belle performance).

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