Automédication : la solution pour sauver la Sécu ?

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La France est un des grands pays européens où l'automédication est la moins développée
La France est un des grands pays européens où l'automédication est la moins développée (Crédits : P.R)
L’automédication était au centre du 6e Forum national de santé aquitaine, intitulé "Médication familiale, levier de croissance et enjeu de santé publique", co-organisé ce mardi matin sur le campus universitaire par le Gipso (Groupement des industries pharmaceutiques et de santé du Sud-Ouest), l’Université de Bordeaux et le Conseil régional d’Aquitaine.

Rendre les patients autonomes en les incitant à prendre eux-mêmes en charge le traitement de leurs pathologies bénignes, sur les conseils avisés du pharmacien, et faire faire des économies à la Sécurité sociale sont les grands objectifs de l'automédication. Mais ces médicaments que l'on achète sans prescription médicale et qui ne sont pas remboursés n'ont pas forcément une bonne image auprès du public.

"La liste des médicaments en vente libre, sans ordonnance (OTC), s'est en particulier allongée quand le gouvernement a cessé de rembourser certaines spécialités à cause d'une faiblesse dans le service médical rendu. Ce qui n'a pas été bon pour l'image des OTC. Le marché de l'automédication a augmenté grâce au lancement de nouveaux produits, mais pas à cause de réformes structurelles" résume Charlotte Malchere, directrice des affaires publiques de Sanofi en Aquitaine, qui a remplacé au pied levé Philippe Tcheng, vice-président des affaires publiques et gouvernementales de Sanofi en France.

OTC en recul de 3,5 %

L'Aquitaine est bien représentée dans ce secteur puisque BMS France, qui produit de nombreux médicaments OTC à Agen avec Upsa, occupe la 4e place nationale tandis que Sanofi, installé dans la banlieue de Bordeaux, est leader de ce marché.

La palme du médicament le plus vendu en automédication revient au Doliprane, devant la spécialité homéopathique Oscillococcinum. Déléguée générale de l'Association française pour l'industrie pharmaceutique de l'automédication responsable (Afipa), Daphné Lecomte Somaggio a rappelé que l'association qu'elle représente fédère 36 laboratoires pharmaceutiques qui représentent plus de 80 % du marché du médicament en France. L'automédication englobe trois types de produits : médicaments (2,1 Md€ de CA en valeur l'an dernier), dispositifs médicaux comme par exemple les bas de contention (621,7 M€) et compléments alimentaires (606,1 M€). L'ensemble de ce marché s'est légèrement tassé de 0,1 % l'an dernier, à 3,3 Md€. Les dispositifs médicaux (+ 4,3 %) et les compléments alimentaires (+ 6,2 %) sont à la hausse, mais les médicaments non prescrits et non remboursés ont enregistré un recul de 3,5 % en valeur l'an dernier, pour la première fois depuis des années.

Suédois en tête

Dans le même temps, le marché des médicaments prescrits (remboursés ou non) a reculé de 3,5 % l'an dernier, à 25,7 Md€, en baisse régulière depuis 2011 (- 1,3 %).
Signe que les Français lèvent le pied de l'accélérateur ?

"Il suffirait de délister 22 molécules du tableau des substances vénéneuses et de les dérembourser pour permettre à Sécurité sociale de réaliser 535 M€ d'économies, ou 170 M€ sans déremboursement" note Daphné Lecomte Somaggio.

Avant de souligner que sur le terrain de l'automédication aussi, la France est en retard... Elle est même presque au dernier rang sur huit pays européens, avec une part de marché de 15,7 % pour l'automédication (devant l'Italie, à 12,4 %, et l'Espagne, à 8,7 %). La France est ainsi très loin de la Suède, où la part de marché de l'automédication est de 42,2 %, l'Allemagne (39,7 %) ou encore le Royaume-Uni (39 %).

D'autre part, notre pays enregistre parmi les dépenses les plus faibles en automédication, à 32,40 € par habitant en 2013, contre 70,50 € en Belgique, 58,80 € en Allemagne ou 49,80 € en Suède. Dans ce système de l'automédication, le pharmacien devrait renforcer sa position. "Il doit être la gare de triage du système de santé et décider si la pathologie du patient qui se présente à lui relève de l'automédication, du passage chez le médecin ou de l'envoi aux urgences", estime Daphné Lecomte Somaggio. Une hypothèse qui ne semble pas prête d'être réalisée, même si le pharmacien est aussi là pour donner des conseils.

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