"Architectes, foutez-vous à poil ! "

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Michel Serres, philophe et historien des sciences
Michel Serres, philophe et historien des sciences (Crédits : Mikaël Lozano / Objectif Aquitaine)
Michel Serres n'aime pas vraiment ce que l'architecture est devenue ces dernières années. Et il l'a dit publiquement avec la faconde qu'on lui connaît lors d'un moment d'échange organisé par Adim Sud-Ouest, société de Vinci Construction France, lors de la dernière édition de la biennale d'architecture, d'urbanisme et de design à Bordeaux. Le philosophe et historien des sciences appelle les professionnels à se révolter, mais avec le sourire.

Assister à une conférence de Michel Serres, c'est souvent l'occasion de prendre un grand bol d'air frais en pleine face. Le souriant philosophe prend un malin plaisir à malmener son auditoire. Devant un public d'acteurs de l'immobilier et de l'urbanisme, le philosophe a récidivé vendredi 12 septembre lors d'une carte blanche consacrée à l'architecture et à l'urbanisme. Morceaux choisis.

Sur l'habitation :

"Quand on parle d'habitat, il faut évoquer trois mémoires profondément ancrées en l'homme. La première, c'est que nous sommes des animaux. Nos habitats sont les squelettes géométriques d'un arbre. Nous habitons des arbres. L'architecte construit des arbres ! Il recherche l'indépendance énergétique, à capter le soleil, à entourer son œuvre de feuillage. C'est la plus vieille idée du monde. Voilà pour la première mémoire. La deuxième : les paléoanthropologues savent que les chasseurs-cueilleurs choisissaient volontiers pour s'établir la savane arborée, près d'un point d'eau. Aujourd'hui, le rêve du plus riche reprend ce rêve ancien. Nos projets ne sont solides que s'ils récupèrent quelque chose de solidement ancré dans notre mémoire. Concernant la troisième mémoire : le lieu, c'est l'appareil génital de la femme. Si j'étais riche, j'appellerai un architecte et je lui dirai : "Faites-moi une femme !" Nous cherchons à retrouver, dans notre habitation, dans notre chambre, dans notre lit, les sensations que nous avons vécues pendant neuf mois."

Sur la mort de la ruralité :

"Rendez-vous compte qu'en 1820, 8 % seulement de l'humanité habitait les villes ! Un jour, j'ai été interrogé par une journaliste sur l'événement qui selon moi était le plus important du XXe siècle. En 1900 en France, 65 à 70 % des habitants vivaient de l'agriculture ou de métiers relatifs. En 2000, ils étaient 1 %. Pour moi, l'événement le plus frappant du XXe siècle, c'est la désertion de l'espace rural. La ville a tué la ruralité."

Sur les banlieues :

"Ma banlieue, c'est le 9.3. Tout le monde dit qu'elle est glauque, pauvre. Mais venez ! Elle est infiniment plus riche que des bourgades de la Creuse ou de l'Ariège. On y habite dans des endroits plus proches de l'ascenseur social. Notre rapport aux banlieues est je crois plus réussi que celui entretenu avec ces bourgades agricoles où disparaissent les hôpitaux, les écoles..."

Sur l'espace :

"Mon adresse a changé. C'était un espace avec des chiffres et des lettres, cartésien, métrique. Une rue, un numéro. Je n'y reçois plus que des pubs. En revanche, sur mon mail, sur mon téléphone, c'est désormais là que je reçois des messages qui m'importent. J'ai changé d'adresse ! Et notre rapport à l'espace aussi a changé. Si j'appelle une interlocutrice pour un rendez-vous galant, l'espace devient autre, sans distance puisque je peux téléphoner de n'importe où. Nous habitons maintenant un espace sans distances topologiques. L'âne, le cheval ont réduit les distances. Les technologies de l'information et de la communication les ont supprimés."

Sur les villes :

"J'ai été frappé, à mon arrivée aux Etats-Unis, par la laideur des villes américaines, qui tenait à la prégnance de l'écriture. Cette écriture a envahi la France dans les années 70. Quand nous arrivons dans une ville, nous pénétrons aujourd'hui dans des laideurs hurlantes. Ces entrées sont devenues la honte de la France et cela tient uniquement à l'écrit. L'architecture est morte, l'écriture a tué le bâtiment. Vous ne bâtissez plus que des écrans, des pages. Et pourtant, je suis un homme d'écriture, j'ai écrit 60 bouquins. Mais celle-là tue votre métier, merde ! Déshabillez-vous ! Architectes, foutez-vous à poil ! A poil les archis ! Le premier qui saura restaurer le bâti aura sauvé l'architecture."

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Commentaires
a écrit le 20/10/2014 à 3:32 :
Les bâtiments, ne sont que des PLACARDS.
a écrit le 19/09/2014 à 14:48 :
C'est pas très intéressant ce qu'il dit, que des images sans trop de sens, et encore une fois, l'architecte est tenu pour responsable de ce qui ne le touche pourtant que de très loin, à savoir les zones industrielles, les zones commerciales, les zones pavillonnaires, etc.. Il faudrait plutôt interpeller les maires ou les propriétaires des enseignes qui sont installées...
a écrit le 17/09/2014 à 20:42 :
Promoteurs, élus, maîtres d'ouvrages, citoyens (et penseurs) donneurs de leçon foutez vous à poil !!! Nous, ça fait longtemps qu'on a baissé notre pantalon...
a écrit le 16/09/2014 à 13:53 :
"Architectes, foutez-vous à poil !" ... mais ça belle lurette qu'ils font mieux que ça !!! vous en connaissais beaucoup vous des architectes qui ont réussi à garder le pantalon relevé ?
Réponse de le 18/09/2014 à 16:43 :
oui les fracs maçons on les pantalons sous les bras tenu par leur bedaine repue
a écrit le 16/09/2014 à 10:15 :
Une ribambelle de niaiseries pontifiantes comme Michel serres, has been national de la pensée, a l'habitude de nous déblatérer depuis son île paradisiaque de stanford. Le problème de la France c est qu elle écoute encore ces beaux parleurs plutôt que les professionnels d un métier. Dans notre pays en pénurie de foncier et en régression socio-économique, l architecture n est devenu qu une histoire de coûts, et même si c est peut être triste, il faut s ancrer dans le concret avant de pouvoir se remettre a rêver et éviter de sauter les étapes.
a écrit le 16/09/2014 à 9:51 :
Excellent
a écrit le 16/09/2014 à 2:12 :
Pas très valorisée depuis longtemps le métier d'architecte en France où il serait bon de devoir passer plus souvent par un architecte qualifié et formation un peu hybride entre artistique et technique et pas souvent assez en pointe ce qui ne donne pas globalement des résultats excellents. Pourtant l'architecture et l'urbanisme sont très importants au quotidien.
a écrit le 16/09/2014 à 2:08 :
On parle d'architecture mais c'est en fait l'urbanisme qui prime surtout actuellement avec la majorité des gens habitant les villes et les problèmes d'énergies, de réseaux, d'environnement etc. En outre en France dans les chiffres on assiste à un certain retour vers les villages, l'exception française !
a écrit le 15/09/2014 à 23:20 :
Il n'y a pas de belle Architecture sans volonté du commanditaire. L'architecte ne conçoit pas pour lui même. La performance structurelle, spatiale et financière sont les maitres mots auquel l'Architecte doit se soumettre. Le véritable problème de l'Architecte est qu'il ne dispose plus de la maitrise de ses champs de compétence et de création parce que ses commanditaires ont peur de s'y perdre ou de s'y sentir mal à l'aise. Seuls quelques stars arrivent à subjuguer leurs clients à grand coup de miroirs aux vanités. L'Architecte ne peux plus se mettre à poils, il est nu et lisse comme un ver ...
Réponse de le 16/09/2014 à 10:47 :
je trouve que l'architecte se cache justement trop souvent derrière l'absence de maitrise de ses compétences!! lorsqu'on a des convictions on se bat pour elles! le véritable problème de l'architecte c'est son manque de courage!!
Réponse de le 17/09/2014 à 3:50 :
Cher Bof,
Votre discours est tout à fait utopique : avant de rever, il faut manger. ..
Deuls les nantis et les stars de la profession peuvent se le permettre...
Et un archi poète et crève la faim ne construit pas grand chose.
a écrit le 15/09/2014 à 21:56 :
Avez vous vu les nouvelles maisons d'architectes? Des boites empilrées.... pas de quoi s'enorgueuillir et parader....faire des etudes pour pondre des boites? Quelle époques décadente
Réponse de le 22/09/2014 à 22:54 :
Oh Fred! T'as du plomb dans la tête?
a écrit le 15/09/2014 à 20:16 :
Le souci, pour bien connaître le milieu, est que les architectes touchent trop de rétro-commissions. Même combat que les toubibs et la grande distribution...
Réponse de le 15/09/2014 à 21:02 :
des "rétro-commissions" ? désolé yvan mais c'est illégal et une cause de radiation de l'Ordre des Architectes ! tu dois confondre avec les pavillonneurs ou les maîtres d'oeuvre !
Réponse de le 16/09/2014 à 2:05 :
C'est pas faux pour certains architectes des bâtiments de France qui changent d'avis avec des dessous de table !
a écrit le 15/09/2014 à 18:49 :
Il a bien raison.Mais il y a une chose qu'il ne faut pas sousestimer: Il y a une generation qui arrive et qui est plus conscient de leur qualité de vie et de vivre et personellement je compte sur eux de arreter cette folie d'une architecture qui ne sert qu"à la gloire des architectes..
Qu"est que on pouvait faire avec l'argent en jeu pour leurs monuments...merde, cette esthetique qui n'en est plus parceque esthetique inclut la qualité de vie de notre société..
et là, il y en a plus !
a écrit le 15/09/2014 à 18:35 :
oh tellement jubilatoire!!! l'architecture a besoin de retrouver le chemin de la beauté et du sens !!! Nos zones commerciales sont laides, nos centres villes laissent trop souvent à désirer et que dire des abords de nos routes, tout cela manque d'arbres et de plantes!!!! trop de bitume!!! trop de pseudo écologie ou des architectes stars font leur show !!! la beauté et l’écologie ne sont pas de vilains mots, ils sont la clé de notre bien être!!!
Réponse de le 26/12/2016 à 16:26 :
vous pensez réellement que la pauvreté architecturale d'aujourdhui et la résultante d'une esthétique universelle que seul les architectes peuvent comprendre et vous impose ?

je pense plutôt que l'architecte est le dernier des francs tireurs a se battre quotidiennement pour élargir les limites qu'on lui impose (vous impose) par le biais d'un cahier des charges de plus en plus drastique.

Les architectes sont des amis qui vous veulent du bien

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