Avec son nouvel atelier, Résurrection élargit sa production de biscuits bios recyclés

La startup Résurrection récupère les céréales utilisées dans les brasseries pour la bière, ou la pulpe de soja ayant servi à la fabrication de boissons végétales pour en faire des crackers, des tortillas et du guacamole sans avocat. Des produits de récupération certifiés bios qui commencent à rencontrer leur marché. Au point que Résurrection s'apprête à quitter sa niche pour commencer à vendre dans la grande distribution.

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Notamment accompagnée par les investisseurs parisiens du Club des Prophètes mais aussi par le groupe breton Le Duff (Brioche Dorée), la startup a fait un sans faute pour son nom de baptême.
Notamment accompagnée par les investisseurs parisiens du Club des Prophètes mais aussi par le groupe breton Le Duff (Brioche Dorée), la startup a fait un sans faute pour son nom de baptême. (Crédits : Marie-Elisabeth Roger)

Portée sur les fonts baptismaux au sein de l'écosystème Darwin, à Bordeaux Bastide, en 2018, la société Intelligence Culinaire, plus connue sous sa marque Résurrection, qui a commencé par récupérer les drêches de malt issues de la fabrication de la bière pour en faire des crackers, vient de s'installer à Canéjan.

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Dans cette ville girondine située à la périphérie de Bordeaux Métropole, Résurrection s'est installé sur 1.400 m2 où elle dispose désormais d'un appareil industriel qui va lui permettre de répondre à ses ambitions et aux nouvelles attentes du marché. Parce que la startup a démarré sur une idée de Marie Kerouedan, présidente de l'entreprise (*) qui a été stupéfaite de voir que la fabrication de 1.000 litres de bière entraine la production de 300 kilos de drêches. Des céréales maltées qui ont été privées de leur sucre ainsi que d'un grand nombre de leurs composés biologiques pour faire la bière et qui sont traditionnellement mises à la poubelle après usage.

Marie Kerouedan Résurrection

Marie Kerouedan, présidente d'Intelligence Culinaire (Marie-Elisabeth Roger)

700.000 euros investis dans les machines

C'est ainsi que Résurrection est née de la transformation de ces drêches en crackers. Très vite Intelligence Culinaire a également intégré la récupération de marc de pomme, collecté avant fermentation auprès de ses partenaires. A Darwin, la jeune pousse a réussi à lever 800.000 euros pour démarrer l'activité de Résurrection. Le virage négocié par l'entreprise à Canéjan depuis ces dernières semaines est lui aussi gourmand en liquidités.

"Nous n'avons pas acheté les locaux de cet atelier, nous les louons. Nos investissements se sont concentrés sur la partie machine, à hauteur de 700.000 euros. Investissement que nous avons financé grâce à nos banques, avec également le soutien financier de la Région Nouvelle-Aquitaine et de Bpifrance. Nous sommes bien partis sur les drêches de brasserie au départ, ce qui nous a poussé à continuer à travailler sur la valorisation des coproduits (issus de la fabrication d'un produit principal -Ndr). C'est ainsi que nous avons décidé de récupérer également l'okara, pulpe de soja issue de la fabrication de boissons végétales, dont nous faisons du guacamole sans avocat. Tous nos coproduits sont bios et originaires du Sud-Ouest !", rembobine pour La Tribune Marie Kerouedan.

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En plus des crackers, Résurrection va produire des ingrédients

La mécanique commence à fonctionner à plein régime et Résurrection prend désormais le profil d'une PME. Au point que la production ne s'étend plus simplement à de nouveaux types de coproduits à transformer mais commence à incorporer une nouvelle activité.

"Nous n'en sommes qu'aux prémices mais nous assumons ce mouvement. A l'heure où les coûts des matières premières agricoles s'envolent, nous avons décidé de nous lancer dans la production d'ingrédients à partir de coproduits", souligne Marie Kerouedan, qui entend bien enrichir la palette de ses propositions faites aux transformateurs agroalimentaire.

Crackers Résurrection

Les crackers de Résurrection à leur sortie du four (Marie-Elisabeth Roger)

La présidente d'Intelligence Culinaire, qui ne semble pas vouloir rester bloquée sur ses trois coproduits, est très claire. Pour elle l'entreprise a non seulement les moyens de lancer cette nouvelle activité de fabrication d'ingrédients, mais aussi de production de produits apéritifs bio pour le compte d'autres entreprises, en marque blanche. D'autant que son appareil de production ne tourne pas encore à 100 % de ses capacités.

La tortilla : produit phare émergent dans la panoplie de Résurrection

"Nous produisons actuellement deux tonnes de produits par mois mais nous avons une capacité de production calée à six tonnes. Tout dépend ensuite de l'organisation du travail que l'on met en face pour aller plus loin, avec des équipes en deux ou trois-huit", évoque la dirigeante.

Résurrection bénéficie d'un gros travail mené en amont par la cellule recherche et développement et il semble bien que la startup vienne de trouver son produit phare : la tortilla. Cette galette bio de Résurrection commence à se vendre comme des petits pains et, même si l'activité de l'entreprise part de loin, Marie Kerouedan, qui ne veut donner aucune précision sur le sujet, évoque une croissance annuelle du chiffre d'affaires de +20 à +25 %. Vendus jusqu'ici via des circuits de distribution très marqués bio (épiceries bio, etc.) les produits d'Industrie Culinaire vont bientôt élargir leur horizon. Depuis quelques jours l'entreprise girondine s'est ainsi dotée d'une nouvelle marque à large rayon d'action pour toucher les grandes et moyennes surfaces :

"Nous venons de créer fin avril 2022 la marque Biscuiterie bordelaise, que nous destinons à la grande distribution. Pour le moment nous avançons magasin par magasin. Nous venons de signer avec un premier magasin Système U mais nous sommes en contact avec plusieurs centrales d'achats. Nous comptons bien aller plus loin !" affiche la présidente.

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Cette dernière ne cache pas que les tensions inflationnistes et les problèmes de fournitures pèsent aussi sur son activité. Mais fidèle à son credo tricolore Résurrection se fournit en huile de tournesol française, ce qui n'empêche pas cette dernière de devenir plus chère. Mais en plus de la hausse de +80 % du prix du carton ce sont quand même les retards accumulés dans la livraison des machines commandées qui semble la tracasser le plus.

"Cela ne nous empêche pas d'avancer", observe-t-elle.

L'entreprise, qui compte aujourd'hui 13 personnes, cherche à recruter une demi-douzaine de commerciaux et d'agents de production.

(*) Marie Kerouedan a cofondé l'entreprise avec Nathalie Golliet, retirée du projet l'an dernier.

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