Gouach réunit 3,3 millions d'euros pour déployer ses batteries réparables

C'est une structure toute jeune et de petite taille mais qui sait déjà comment réparer les batteries des vélos en libre-service. La startup bordelaise Gouach va mobiliser ces trois millions d'euros, levés auprès de trois investisseurs, pour optimiser encore sa technologie brevetée, destinée au marché des mobilités électriques.

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Alexandre Valette a fondé l'entreprise Gouach en 2019 à Bordeaux pour breveter des batteries facilement réparables.
Alexandre Valette a fondé l'entreprise Gouach en 2019 à Bordeaux pour breveter des batteries facilement réparables. (Crédits : Agence APPA)

"L'équilibre économique, ce n'est pas ce qu'on cherche. On veut créer de l'innovation à fond !" Comme pour beaucoup de jeunes pousses qui portent des technologies de rupture, la rentabilité de Gouach n'est pas encore au programme. La motivation, elle, est sincère et l'esprit, artisanal. Mais surtout, la batterie réparable en dix minutes pourrait trouver sa place sur le marché de la mobilité électrique. En tout cas, les investisseurs de cette première levée de fonds y croient et ont investi au total 3,3 millions d'euros pour s'octroyer environ 20 % du capital de l'entreprise créée en 2019 à Bordeaux. Ils sont deux : le fonds d'investissements Breega pour moitié, et Bruno Bouygues avec l'entreprise Gys. Bpifrance et la région Nouvelle-Aquitaine complètent avec, respectivement, un emprunt d'un million d'euros et une subvention de 200.000 euros.

Un tout premier tour de table que Gouach aurait pu mobiliser pour se lancer plein fer dans la commercialisation. Mais les ingénieurs, et le fondateur Alexandre Valette en tête, aiment trop bricoler les cellules de lithium dans leur atelier pour ça. "Notre structure est fragile, reconnaît-il. Mais on doit aller vite pour pousser notre technologie et ensuite capter le marché. Ce n'est pas un business classique mais vraiment une course."

Dans leurs tous nouveaux bureaux-ateliers, à deux pas de l'Hôtel de ville de Bordeaux, où ils ont emménagé début 2022, une partie des quinze salariés s'active à tester, pour les vélos, scooters ou trottinettes en libre-service, des prototypes de batteries. Leur particularité ? Être réparables en dix minutes, là où il faut deux heures pour une batterie classique. Prouesse brevetée. Un gain d'efficacité énorme qui ouvre la voie à un système de réemploi pour ces boitiers au lithium, lourds en matières premières et, pour l'heure, peu durables.

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La batterie réparable de Gouach est composée d'une quarantaine de cellules de lithium. (Crédits : Agence APPA)

Livraison de vieilles batteries

Le prototype imaginé par la startup bordelaise est dépourvu de toute soudure, rendant les 40 cellules présentes dans la batterie plus facilement amovibles. De quoi permettre sa réparation et diminuer son empreinte environnementale de 70 %. Un dispositif testé et abouti au bout d'un an de recherches. En 2018, après avoir créé deux entreprises dans l'analyse de données, Alexandre Valette, installé à Bordeaux depuis six ans, s'intéresse par hasard aux batteries lithium-ion. "J'en ai dépiauté une et j'ai essayé de me construire un vélo. J'ai fait le tour de tout Bordeaux pour collecter les batteries usagées. C'était chaud d'y accéder donc je faisais copain-copain avec les responsables des déchetteries. J'étais en mode pirate", raconte le CEO de Gouach pour La Tribune.

La meilleure source d'approvisionnement reste d'ailleurs les endroits de collecte des batteries hors d'usage. Hors d'usage pour les autres entreprises, mais pas pour Gouach. "Nous les récupérons gratuitement alors qu'il faut payer pour les détruire", pointe Alexandre Valette, qui vient de recevoir 1.000 batteries usagées en provenance de Belgique. L'accès aux semi-conducteurs, utilisées dans les circuits imprimés, est en revanche beaucoup plus délicat, puisque la dépendance de l'Europe à l'Asie est très forte sur cette matière. Gouach limite ce biais en réalisant elle-même le design et la conception de ces composants.

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Nouvelles technologies cherchent gros clients

De l'aveu d'un ingénieur de l'entreprise, la démarche portée "est très artisanale et la façon de travailler sur les batteries ne se pratique nulle part ailleurs." Des process originaux, assumés par l'équipe de Gouach. Mais il faudra tout de même s'assurer des perspectives de viabilité économique. Pour cela, l'entreprise mise sur plusieurs facteurs.

"La conjonction que l'on recherche, c'est d'abord de montrer que, juridiquement, la durabilité des batteries va être rendue obligatoire, ensuite de capter un gros client et de récupérer de la data pour prouver les performances de notre dispositif", entraîne Alexandre Valette.

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En plein centre de Bordeaux, l'entreprise dispose des compétences et des machines nécessaires pour prototyper ses batteries. (Crédits : Agence APPA)

Même si la startup se consacre au perfectionnement de sa technologie, elle a déjà noué un partenariat avec l'acteur local du free-floating Pony pour équiper ses vélos. Elle a également été contactée par la jeune société angoumoisine Midipile Mobility, qui porte un véhicule de micro-mobilité pour la livraison urbaine. Mais il n'est pas économiquement viable pour ces deux structures émergentes, qui recherchent de très gros partenaires, de travailler ensemble. Gouach vise des acteurs majeurs du secteur des véhicules légers électriques comme Lime. Alors, pour prévoir l'industrialisation de sa batterie réparable, elle s'est dotés fin 2021 d'un site de production au Haillan d'où pourraient sortir plusieurs centaines d'unités par mois. L'atelier ne fait que 200 m2, preuve que l'entreprise, prometteuse, est encore bien petite pour le secteur qu'elle ambitionne.

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