Pourquoi le premier candidat médicament d'Aelis Farma vaut près de 470 millions de dollars

Aelis Farma, la startup bordelaise qui développe deux candidats médicaments révolutionnaires contre des troubles dus au cannabis et à la Trisomie 21, prépare son entrée en bourse. Appuyée par l'Etat, la Région Nouvelle-Aquitaine et l'Université de Bordeaux, Aelis Farma est quasiment assurée de réussir son entrée à Euronext Paris. Le laboratoire Indivior PLC est prêt à mettre jusqu'à 470 millions de dollars (412,1 millions d'euros) sur le premier candidat médicament développé par la startup.

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Un des deux candidats médicaments développés par Aelis Farma doit permettre de traiter les troubles liés à la consommation de cannabis.
Un des deux candidats médicaments développés par Aelis Farma doit permettre de traiter les troubles liés à la consommation de cannabis. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

La startup bordelaise Aelis Farma, spécialisée dans le développement de traitements pour les maladies du cerveau, annonce sa prochaine entrée sur le marché boursier et la validation par l'Autorité des marchés financiers (AMF) de son indispensable "document d'enregistrement". Il s'agit de la première étape réglementaire à valider pour l'entreprise avant de pouvoir entrer sur le marché réglementé d'Euronext Paris.

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Fondée et dirigée par le professeur Pier Vincenzo Piazza, psychiatre et neurologue, ex-patron de l'Institut de neuroscience Magendie, à l'Université de Bordeaux, d'où elle est sortie, la startup biopharmaceutique Aelis Farma développe deux candidats médicaments, l'AEF0117 et l'AEF0217, qui sont ciblés sur une zone très précise du cerveau : celle du récepteur neurotransmetteur CB1 du système endocannabinoïde. Ces deux candidats sont tellement spécifiques qu'ils constituent déjà une nouvelle classe de médicaments, baptisée CB1-SSi.

CB1 : le récepteur neuronal qui aime l'euphorie du cannabis...

Premier récepteur cannabinoïde découvert dans le cerveau au cours des années 1980, CB1 est notamment responsable des effets euphorisants provoqués par le cannabis à l'état naturel, dont il laisse passer les molécules du principe actif (THC) dans le cerveau, ses récepteurs étant compatibles avec ces dernières. Les travaux menés par le groupe de recherche du professeur Piazza ont permis de mettre à jour en 2014 la mécanique moléculaire de la vulnérabilité aux drogues chez l'animal, ainsi que l'existence d'un mécanisme naturel de protection du cerveau contre les effets néfastes du cannabis.

Ces recherches se focalisent ainsi en particulier sur le contrôle de l'hyperactivation pathologique de CB1 et visent à inhiber spécifiquement son activité cellulaire, à l'origine de nombreux troubles. Sans perturber pour autant le fonctionnement physiologique de base de CB1, qui est le principal récepteur du système endocannabinoïde. Système qui joue un rôle crucial dans la régulation de très nombreux processus physiologiques et cognitifs dans le corps humain. C'est là la grande originalité du premier candidat médicament qui, comme le précise Pier Vincenzo Piazza, pour La Tribune ne sera un nouveau médicament artificiel de plus.

"Nous avons étudié le mécanisme naturel d'inhibition de l'hyperactivité pathologique de CB1 et nous l'avons recopié dans un médicament. Nous savons que nous somme sur la bonne voie, car contrairement à toutes les classes de médicaments pour le cerveau déjà existantes, notre candidat médicament 0117 est sans effet sur un sujet normal", éclaire le professeur Piazza, interrogé par La Tribune.

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... Comment le protéger de l'hyperactivité pathologique ?

C'est la raison pour laquelle le fondateur et dirigeant d'Aelis Farma insiste sur cette dimension absolument novatrice de son premier candidat médicament, les autres classes de médicaments ciblant le cerveau, comme les antidépresseurs ou les neuroleptiques ayant des effets secondaires parfois redoutables.

"Je suis ravi et fier de présenter à la communauté financière Aelis Farma, une société fondée autour de la découverte d'un nouveau mécanisme de défense naturel du cerveau qui le protège des effets d'une hyperactivité pathologique du récepteur CB1 du système endocannabinoïde. Le CB1, un des principaux récepteurs cérébraux, est impliqué dans plusieurs maladies sans traitement aujourd'hui.

Cette découverte majeure, réalisée à l'origine avec mes équipes de l'Inserm, nous a permis de mettre au point une nouvelle classe de médicaments, les CB1-SSi, qui paraissent capables de traiter des comportements pathologiques sans provoquer des effets indésirables sur le comportement normal. Il s'agit d'une vraie première pour les traitements des maladies du cerveau. Grâce à l'expérience de notre équipe, nous avons réussi à amener deux CB1-SSi au stade clinique en seulement huit ans, nous permettant ainsi de bénéficier de longues périodes d'exclusivité", déroule Pier Vincenzo Piazza.

Indivior PLC : le laboratoire qui a fait le Subutex

D'où l'importance des deux médicaments candidats développés par Aelis Farma et l'intérêt que leur porte l'industrie pharmaceutique. C'est ainsi qu'en juin 2021 le groupe pharmaceutique britannique Indivior PLC, un des leaders mondiaux dans le traitement des addictions, plus connu pour être à l'origine du Subutex (substitut à l'héroïne, passé à la postérité grâce à la trilogie de Virginie Despentes "Vernon Subutex" -Ndlr), s'est rapproché d'Aelis Farma, par ailleurs soutenue par de nombreux acteurs français en capital risque et capital développement, mais aussi des institutions comme l'Université de Bordeaux ou bien la Région Nouvelle-Aquitaine.

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"Le premier CB1-SSi, AEF0117, est destiné à traiter l'addiction au cannabis et les autres troubles liés à sa consommation excessive. Les résultats générés jusqu'à présent nous ont permis de conclure un partenariat majeur avec un leader international du domaine des addictions, le groupe Indivior, qui va permettre d'accélérer le développement et l'accès au marché de AEF0117. Notre deuxième candidat-médicament, AEF0217, pourrait devenir le premier traitement de plusieurs déficits cognitifs et notamment de ceux liés au syndrome de Down (Trisomie 21)", complète le patron d'Aelis Farma.

AEF0117 pourrait rapporter 470 millions de dollars à Aelis Farma

Indivior PLC a pris une option de licence sur AEF0117, ce qui a valu à Aelis Farma de percevoir un paiement de 30 millions de dollars. Si cette option de licence sur AEF0117 est finalement exercée, à l'issue de l'essai clinique de phase 2b, Indivior PLC versera 100 millions de dollars à la startup bordelaise pour l'acquisition de la licence. Puis jusqu'à 340 millions de dollars "en cas de franchissement d'étapes prédéfinies" ainsi que des redevances sur les ventes nettes, entre 12 et 20 %.

Le groupe pharmaceutique britannique s'est par ailleurs engagé, de façon irrévocable, à souscrire l'équivalent de 11 millions de dollars, dans le cadre de l'introduction en bourse des actions d'Aelis Farma sur Euronext Paris. L'objectif est d'arrivée à l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du premier candidat médicament d'ici 2027, dévoile le professeur Piazza pour La Tribune, qui voit dans ce dernier non pas un médicament de plus, mais un nouveau paradigme thérapeutique.

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"Aelis Farma a développé des nouvelles molécules pharmacologiques qui sont parmi les plus avancées et innovantes pour répondre aux besoins croissants et non satisfaits de santé publique liés au trouble de la consommation excessive de cannabis et à d'autres pathologies comportementales. Ces nouveaux candidats-médicaments ouvrent de nouveaux domaines thérapeutiques et répondent parfaitement à la volonté d'Indivior de proposer des solutions innovantes pour traiter les addictions et d'autres troubles graves du comportement sans traitement efficace et sûr à ce jour", commente en substance Mark Crossley, directeur général d'Indivior PLC.

Les investisseurs historiques de la startup ont de leur côté pris l'engagement d'apporter, de façon également irrévocable, la somme de 4,5 millions d'euros à Aelis Farma. Si Indivior PLC mise sur la startup bordelaise c'est que le groupe britannique est convaincu par la pertinence de sa démarche, qui, comme c'est désormais la règle dans cette activité, prend elle-même en mains la très délicate phase des expérimentations cliniques.

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