Quel avenir pour le foie gras produit en laboratoire ?

Le Cifog prévient qu'aucun foie gras cultivé en laboratoire ne pourra jamais être mis sur le marché, ce produit étant protégé par une appellation. Et si les cultures de viande in vitro progressent, le professeur Jean-François Hocquette, de l'Inrae, interviewé à ce sujet dans le cadre de l'émission "Vox Pop" d'Arte, précise qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

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Le foie gras ne peut être juridiquement produit que par gavage.
Le foie gras ne peut être juridiquement produit que par gavage. (Crédits : Regis Duvignau)

Impossible d'arrêter le progrès, surtout en ce qui concerne la fabrication de viande in vitro. Proposer un steak haché ayant la texture, le goût et les qualités nutritionnelles du steak haché naturel, in vivo, mais sans les problèmes liés aux conditions de l'élevage des animaux (nutrition et vaccination comprises), ainsi que de leur abattage est encore un rêve.

Pourtant de nombreux laboratoires travaillent déjà concrètement sur ce type de culture. Avec un intérêt qui va bien au-delà du simple steak puisque le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) vient de tirer la sonnette d'alarme. Le Cifog s'inquiète des travaux déjà menés en laboratoire sur le foie gras et condamne d'avance leur viabilité juridique.

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 Juridiquement impossible de produire du foie gras in vitro

"Des expérimentations en laboratoire sont actuellement menées en France pour obtenir un produit de synthèse formulé à partir de la manipulation de cellules de canard et voulant s'apparenter au « Foie gras ». Dans ce contexte, la filière du foie gras de France rappelle que l'appellation « Foie gras » est strictement encadrée par une réglementation précise, tant aux niveaux français qu'européen.

Ainsi le terme « Foie gras » est défini par le règlement (CE) No 543/2008 de la commission européenne du 16 juin 2008 et les préparations à base de foie gras par le décret n° 1993‐999 du 9 août 1993. Cette appellation n'est donc autorisée que pour définir un foie issu d'un canard, ou d'une oie, engraissé par gavage. Il est donc interdit de l'utiliser pour un produit qui n'est pas issu de ce procédé", alerte ainsi le comité interprofessionnel, dont Michel Fruchet est le président.

La division cellulaire ne se nourrit pas de l'air du temps

L'interprofession du foie gras surréagit-elle à une activité scientifique encore d'avant-garde ou prend-elle au contraire la mesure du danger ? Difficile à dire. En tout cas la production de viande synthétique ne semble pas être pour tout de suite. Comme l'a précisé Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l'Inrae (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), spécialiste en biologie musculaire, dans l'émission « Vox Pop » d'Arte consacrée ce dimanche 5 septembre à la révolution de la foodtech (18:47 à 19:23), les cellules ont besoin de carburant pour se diviser.

Il ne suffit pas de laisser le processus biologique se dérouler de lui-même pour arriver sans effort de la cellule musculaire de départ à la fabrication d'un steak ou d'un filet mignon. Parce que les cellules ont besoin de carburant pour se diviser. Le chercheur de l'Inrae souligne ainsi que ce carburant de la division cellulaire utilisé en laboratoire consiste traditionnellement en "quelques gouttes de veau fœtal".

Une culture de viande en laboratoire encore très problématique

Ce qui pose un problème si l'on raisonne à l'échelle industrielle puisqu'il faut abattre les vaches en gestation pour obtenir ce sérum de fœtus. L'autre option étant le milieu synthétique, avec des hormones et facteurs de croissance produits par l'industrie chimique. Si toutes les startups aujourd'hui engagées dans ce marché encore futuriste dénient utiliser des hormones et facteurs de croissance naturels, aucune, comme le relève Jean-François Hocquette, ne veut divulguer la recette qu'elle utilise.

Or, souligne le chercheur, il n'est pas possible de lâcher ces ingrédients chimiques dans la viande in vitro sans vérifier leur innocuité. Ni sans que les autorités de l'Union européenne en charge de ce type de dossier n'aient donné leur feu vert au rajout de ces facteurs synthétique de croissance. Autrement-dit, et même si l'engouement pour cette nouvelle biotechnologie ne se dément pas, ce dossier semble encore bien loin de pouvoir se retrouver dans nos assiettes.

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