Hydrogène de France et Atos signent pour lancer les premiers data centers verts sur le marché

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Chacune de ces piles à combustible de forte puissance fait la taille de deux conteneurs.
Chacune de ces piles à combustible de forte puissance fait la taille de deux conteneurs. (Crédits : HDF)
SPÉCIAL HYDROGÈNE, LA FRANCE A L'HEURE H - La société Hydrogène de France (HDF) se lance avec le groupe Atos dans la conception d'une nouvelle génération de centres de données (data centers) alimentés en énergie décarbonée grâce à l'hydrogène vert. HDF aura bientôt sa première usine d'assemblage de piles à combustible de forte puissance à Bordeaux Métropole. Des générateurs d'énergie décarbonée pour lesquels Hydrogène de France est à l'avant garde internationale.

Société d'ingénierie et de développement de projets en énergie renouvelable utilisant l'hydrogène, Hydrogène de France (HDF), ou HDF Energy, à Lormont (Gironde/Bordeaux Métropole), fondée en 2012 et dirigée par Damien Havard, vient de signer avec le groupe Atos un accord de partenariat qui porte sur un objectif d'avant-garde : la commercialisation des premiers centres de données fonctionnant à l'hydrogène vert.

"Notre métier c'est la production d'électricité à partir d'hydrogène, sur de fortes puissances. Nous ne travaillons pas pour les particuliers mais pour les réseaux, les professionnels. Nous développons des projets intégrant l'hydrogène en tant que producteurs d'électricité, mais aussi au titre de financeurs : nous recherchons les investisseurs, négocions la dette... " recadre tout d'abord Damien Havard.

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Etre les premiers à proposer un data center vert

Géant international de la transformation digitale, le groupe Atos, à Bezons (Val-d'Oise), qui s'est originellement développé à partir d'une activité de service en ingénierie informatique, et qui est aujourd'hui le premier fabricant européen de supercalculateurs, emploie 105.000 salariés dans le monde pour un chiffre d'affaires moyen de 11 milliards d'euros, tandis qu'Hydrogène de France annonce une activité de 2 millions d'euros par an, avec une trentaine de salariés.

Malgré cette gigantesque différence de taille, HDF a été retenu par le service recherche et développement d'Atos, avec lequel la PME girondine était en contact, pour son offre technologique unique : celle de piles à combustible de forte puissance fonctionnant à partir d'hydrogène vert.

"Nous cherchons à développer des solutions pour soutenir nos clients dans leur approche de décarbonation. Dans cette perspective, la solution d'Atos et HDF sera la première du marché à permettre d'exploiter un data center en production, avec des charges de travail très exigeantes, en utilisant de l'hydrogène vert. Cela répond non seulement aux attentes des opérateurs, mais aussi du marché et des pouvoirs publics", explique Arnaud Bertrand, vice-président senior d'Atos, directeur de la stratégie et de l'innovation pour les activités big data et sécurité du groupe.

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Les besoins en hydrogène vert devraient exploser

Pour produire de l'hydrogène vert, HDF Energy a essentiellement recours aux énergies renouvelables. A cette fin la PME bordelaise développe de A jusqu'à Z des sites de production d'énergie solaire ou éolienne équipés de piles à combustible de forte puissance. L'hydrogène permet de stocker de façon massive et durable l'énergie renouvelable, générée de façon intermittente par les parcs éoliens ou solaire, et de produire ensuite en continu de l'électricité, grâce à la pile à combustible.

"Nous sommes très enthousiastes à l'idée de développer le premier datacenter vert avec Atos. HDF est un pionnier de l'hydrogène-énergie et nous souhaitons démontrer que nos solutions 'Hydrogen-to-Power' sont adaptées à des clients pour qui l'approvisionnement en électricité fiable est stratégique. Ce développement au sein de l'industrie numérique, où la consommation d'énergie augmente chaque jour, nous ouvre un marché mondial considérable. Le partenariat HDF-Atos offrira la première infrastructure unique et durable pour ce vaste marché", précise Damien Havard, président de HDF.

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Un  virage peut-être historique pour la PME girondine

Atos veut réussir d'ici 2023 à mettre au point avec HDF son premier démonstrateur de centre de données alimenté à l'hydrogène vert.

"Microsoft a été le premier à démontrer qu'il était possible de faire fonctionner un data center à partir d'hydrogène vert. Nous voulons être les premiers à commercialiser cette solution sur le marché. D'où l'objectif de mettre au point ce démonstrateur d'ici 2023. Mais nous ne pouvons pas préciser quel sera le premier cas d'usage, le premier data center concerné par cette bascule dans l'hydrogène vert", commente-t-on chez Atos pour La Tribune.

Atos va tout naturellement se charger du développement du matériel, des logiciels et services d'intégration qui permettront à ses centres de données de fonctionner à partir de l'hydrogène vert, en ayant recours à des technologies d'intelligence artificielle pour optimiser la consommation. HDF étant chargé de fournir une électricité prévisible et stable grâce à des piles à combustible de forte puissance alimentées par de l'hydrogène vert.

Atos veut du zéro émission nette d'ici 2028

A l'instar de Microsoft, l'objectif de long terme pour Atos est très clair : atteindre le palier de zéro émission nette d'ici 2028. Cet objectif global, notamment porté par la jeune activiste écologiste Greta Thunberg, consiste à retirer de l'atmosphère terrestre toutes les émissions de gaz à effet de serre générées par l'activité humaine, pour amener le bilan climatique net de la Terre à zéro, déduction faite des diminutions naturelles et artificielles de dioxyde de carbone.

Ce grand acteur international de la transformation digitale souligne qu'il a développé des solutions aussi bien physiques que logicielles pour réduire la consommation énergétique de ses supercalculateurs et mieux gérer l'énergie, tout en optimisant les performances. Le partenariat signé fin février 2021 avec le groupe Atos est d'autant plus important pour HDF Energy qu'il fait suite à la signature par HDF Energy, en avril 2020, d'un autre accord très important avec le groupe suédois ABB, qui ouvre à la PME le marché maritime.

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La mise en service de l'usine d'HDF programmée pour 2023

Parallèlement, la société Hydrogène de France se développe grâce à son association avec le groupe canadien Ballard Power System, leader mondial de la propulsion à hydrogène des bus. Et la bonne nouvelle c'est que Bordeaux Métropole a attribué le 8 avril dernier à la PME girondine une parcelle du terrain des Circuits, dans la zone industrielle de Blanquefort, correspondant aux 3,5 hectares demandés par cette dernière pour y construire son usine d'assemblage de piles à combustible de forte puissance.

Un projet dans lequel HDF doit investir 15 millions d'euros qu'il lui faut encore réunir. HDF, dont des ingénieurs se forment chez Ballard Power System au Canada, va recevoir ensuite à Blanquefort des spécialistes venus du groupe canadien.

"Les ingénieurs de chez Ballard seront là pour nous guider. L'usine doit être construite en 2022 et opérationnelle en 2023. Nous allons y assembler des piles à combustible dix à quinze fois plus puissantes que celles que développe Ballard Power System. L'objectif est d'en produire pour 100 MW par an, soit environ 67 unités", observe Damien Havard.

Des piles à combustible qui pèsent 25 tonnes

HDF Energy n'a jamais déposé le moindre brevet concernant l'hydrogène. Ainsi, pour ne pas avoir à "réinventer l'eau tiède", Damien Havard a négocié un partenariat avec Ballard Power System, qui garantit à HDF l'exclusivité pendant sept ans de l'usage de la technologie canadienne.

Chacune de ces piles à combustible de forte puissance que va assembler HDF Energy à Bordeaux Métropole fait la taille de deux conteneurs pour un poids unitaire de 25 tonnes. C'est pourquoi l'usine va démarrer d'entrée avec une grande surface, qui devrait avoisiner les 8.000 m2. Si HDF n'a pas encore mené à bout tous les grands projets dans lesquels elle est impliquée à l'international, au Mexique comme en Indonésie ou en Australie, son compteur n'est pas à zéro.

C'est ainsi que l'entreprise bordelaise a installé la première pile à combustible de forte puissance, de 1 MW, en Martinique, dans le cadre du projet européen ClearGen, dans une raffinerie de la Société anonyme de raffinerie des Antilles (Sara). L'objectif consiste à récupérer de grandes quantités d'hydrogène issues des activités chimiques et pétrolières. De l'hydrogène perdu qu'HDF réutilise dans sa pile à combustible pour produire de l'électricité, qui est injectée ensuite dans le réseau électrique martiniquais.

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Le premier projet a été bouclé en Martinique

Un programme qui a mobilisé 10 millions d'euros de financement européen et des compétences de très haut niveau, un domaine où s'illustrent les Bordelais puisqu'en plus d'HDF et Sara, le laboratoire ICMCB (Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux) du CNRS, fait partie de l'opération, ainsi que la filiale Europe du groupe canadien Ballard Power Systems et les Espagnols de Jema Energy. Selon la presse spécialisée, l'exploitation d'une pile à combustible de cette puissance dans une raffinerie est une première mondiale. Une installation majeure à tout le moins, qui a été inaugurée le 5 décembre 2019 par Alfred Marie-Jeanne, président de la collectivité territoriale de Martinique.

Ce tropisme caribéen, qui n'a rien de surprenant à Bordeaux, HDF l'a poussé un peu plus vers le sud-ouest, jusqu'en Guyane, où l'entreprise est engagée dans un énorme projet qui doit notamment accoucher de la plus grande centrale de production et de stockage d'énergie renouvelable au monde. Un énorme complexe qui comptera un parc photovoltaïque d'une puissance de 55 MW dont la production d'énergie solaire sera connectée à une gigantesque unité de stockage à base d'hydrogène d'une capacité de 140 MWh, soit plus de capacités que celle de Tesla en Australie, qui tient encore la corde avec 129 MWh.

Le plus grand réservoir d'énergie mondial émerge en Guyane

"La construction de Ceog, Centrale électrique de l'ouest guyanais, devrait démarrer cet été, si elle a pris du temps c'est que ce projet à 130 millions d'euros est complexe. Ce site va permettre de faire du stockage long pour fournir de l'électricité en continu. Le stockage de l'énergie produite par la centrale solaire se fera dans des réservoirs, elle sera ensuite injectée dans la pile à combustible qui génèrera la production électrique. C'est comme ça que l'intermittence des énergies renouvelable va devenir stable", déroule Damien Havard.

Les projets en cours de développement génèrent du chiffre d'affaires pour HDF et leur montée en puissance va venir booster ce dernier. C'est ainsi que Damien Havard s'attend à voir son chiffre d'affaires grimper à six voire dix millions d'euros d'ici fin 2022.

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Commentaires
a écrit le 17/04/2021 à 19:06 :
Fabriquer de l’électricité à partir d’hydrogène produite avec de l’électricité? J’espère que cette électricité va pouvoir être utilisée pour produire de l’hydrogène....
Sauf si le rendement de 100% a enfin été inventé par une belle victoire sur les lois de la physique, ce beau business modèle semble digne des Shadoks...

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