Deeptech Tour : comment le tissu universitaire bordelais crée des startups issues de la recherche

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Kevin Alessandri et Maxime Feyeux autour de leur animal totémique, la rainette, alias treefrog en anglais.
Kevin Alessandri et Maxime Feyeux autour de leur animal totémique, la rainette, alias treefrog en anglais. (Crédits : J. Philippe Déjean)
Le tour de France universitaire du Deeptech Tour de Bpifrance est passé par le campus de Bordeaux. Un moment particulier pour les acteurs de cet écosystème académique qui a pu montrer le dynamisme de ses startups.

L'étape bordelaise du « Deeptech Tour » de Bpifrance, qui fait jusqu'au 9 mars prochain la tournée des campus, était ce jeudi 23 janvier au domaine Haut-Carré de l'Université de Bordeaux, à Talence (Gironde/Bordeaux Métropole), après le campus de Rennes, le 21 janvier, et avant celui de Lyon, le 30 janvier. La « deeptech » englobe les innovations issues de la recherche fondamentale susceptibles de changer le monde, comme la mise au point des premiers alternateurs par Nikola Tesla, qui ont permis la création des réseaux de distribution électrique.

Ce tour de France poursuit trois objectifs : montrer les ponts qui relient le monde académique à celui des startups, via des exemples et des témoignages ; illustrer la richesse de l'écosystème qui travaille à la réussite des jeunes pousses, et donner des outils opérationnels de création d'une entreprise innovante. Pascale Ribon, directrice Deeptech de Bpifrance, était du voyage et la première table ronde rassemblait François Cuny, directeur général de l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique), Manuel Tunon de Lara, président de l'Université de Bordeaux, et François Létard, président de la startup Olikrom, à Pessac (Gironde/Bordeaux Métropole), née d'un transfert de technologie universitaire.

L'innovation dans l'ADN de l'Université de Bordeaux

"Nous avons créé ce tour des campus académiques pour partager notre conviction sur l'importance de la création de startups pour créer de nouveaux produits. Le plan Deeptech Tour a été lancé il y a un an par l'Etat et Bpifrance en est l'opérateur. Quand on parle de startups il est également important de partager sur les outils financiers, de développer une grammaire commune à ce sujet", a déroulé Pascale Ribon, qui a rajouté que "c'est cette capacité à dialoguer qui garantit de bons résultats", la réussite étant celle d'un écosystème et pas d'un outil unique.

A l'Université de Bordeaux, cet écosystème est notamment structuré autour de la société d'accélération de transfert de technologies (Satt) Aquitaine Science Transfert, en relation avec la pépinière Unitec, créée par la Région Nouvelle-Aquitaine, centrée sur les startups, ou encore le technopôle métropolitain Bordeaux Technowest. Un rayonnement sur lequel est revenu Manuel Tunon de Lara qui a souligné que l'innovation et l'entreprise étaient dans l'ADN de l'Université de Bordeaux, qui compte 70 laboratoires et 30 structures communes entre le monde universitaire et celui des entreprises.

Lire aussi : Comment l'Université de Bordeaux veut attirer les entreprises sur le campus

Olikrom, les couleurs qui éclairent

François Cuny a de son côté expliqué que la puissance de l'impact économique des activités scientifiques de l'Inria est liée à l'ancrage de l'institut dans les campus universitaires. Hors Paris, l'Inria dispose de huit centres de recherches installés à Bordeaux, Grenoble, Lille, Nancy, Saclay (ville de Palaiseau/Essonne) et Sophia Antipolis, à Biot (Alpes-Maritimes). La société Olikrom, à Pessac (Gironde/Bordeaux Métropole), fondée et dirigée par François Létard, exploite des pigments très hautement technologiques capables de changer de couleur sous l'effet de la chaleur, de la pression ou de la lumière.

Jean-François Létard, fondateur d'Olikrom

Jean-François Létard, fondateur et dirigeant d'Olikrom

Une technologie innovante développée au sein de l'Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux par Jean-François Létard alors qu'il était directeur de recherche au CNRS. C'est ainsi qu'Olikrom a notamment développé une piste cyclable luminescente conjointement avec Eiffage. Comme l'a exposé Manuel Tunon de Lara, la très importante charge de travail que doivent encaisser les chercheurs rend d'autant plus nécessaire l'existence de clusters pour mutualiser la prise en charge des transferts de technologie, et l'Université de Bordeaux, qui compte un vice-président chargé de l'innovation, est organisée dans ce sens.

Comment Nurea est née avec le soutien de l'Inria

La focale a ensuite été mise sur Nurea, une startup installée à Bordeaux Technowest, issue de l'Inria et cofondée par Florian Bernard, qui a témoigné de son expérience. Nurea développe un logiciel d'analyse d'image pour le diagnostic et le suivi de patients atteints de maladies vasculaires. Un logiciel qui permet notamment d'automatiser l'extraction d'informations fiables pour poser un diagnostic et assurer son suivi. Florian Bernard, ingénieur-chercheur diplômé de l'Ensam Bordeaux, titulaire de deux doctorats, en mathématiques appliquées et en mécanique des fluides, avait envie de créer son entreprise.

Inria Bordeaux Talence

L'innovation portée par Nurea est sortie du centre de recherche de l'Inria à Bordeaux (notre photo), implantation dans laquelle la Région a pesé très lourd.

C'est en devenant chercheur à l'Inria que cette envie a pu prendre forme. "Je voulais créer une entreprise mais je ne savais pas quoi faire. A l'Inria, j'ai été cadré et guidé sur un projet", évoque le dirigeant de Nurea. Cet expert en automatisation de traitement des données va affiner son innovation auprès des médecins du CHU (centre hospitalier universitaire) de Bordeaux. Mais c'est grâce à l'organisation interne de l'Inria que Florian Bernard va pouvoir être guidé vers son objectif.

Cédric Quinot, chargé de l'accompagnement des startups au sein du centre de recherche de l'Inria à Bordeaux, a ainsi témoigné de son action. Qui a principalement consisté à bien comprendre ce que voulait faire Florian Bernard, à saisir la façon dont il comptait valoriser ses travaux de thèse. Ceci avant de confronter la technologie portée par ses recherches à la réalité du marché.

Treefrog Therapeutics, gros investissement de la Satt

Le Deeptech Tour s'est ensuite penché sur un cas que La Tribune à Bordeaux suit depuis le commencement, celui de la startup Treefrog Therapeutics, cofondée par Jean-Luc Treillou, (président du conseil d'administration), Maxime Feyeux (président) et Kevin Alessandri (directeur général), qui développe un système révolutionnaire de culture de cellules souches pluripotentes baptisé C-Stem. Une technologie grâce à laquelle Treefrog Therapeutics, qui a vu le jour fin 2018, est capable de cultiver en un temps record et avec une fiabilité maximale des centaines de millions de ces CSP, qui sont capables de fabriquer n'importe quel organe. Cette startup bordelaise a bénéficié d'un appui financier massif de la part de la Satt Aquitaine Science Transfert, dont Maylis Chusseau, la présidente, est venue témoigner.

"Nous avons fait une démonstration de faisabilité de la technologie de Treefrog Therapeutics notamment sur la maladie de Parkinson. Puis une étude de marché a été réalisée, pour cibler l'axe de développement de la startup puis concevoir le cahier des charges conduisant à la preuve de concept, afin que Maxime et Kévin puissent présenter cette technologie. Avec Treefrog Therapeutics, la Satt a réalisé son plus important investissement en propriété intellectuelle, soit 1,2 M€", a détaillé Maylis Chusseau.

Jean-Luc Treillou, qui a rappelé que Treefrog Therapeutics apportait une technologie de rupture, a illustré quelques-uns des grands défis que doit relever la startup fondée il y a 14 mois, dont l'effectif est tout d'abord passé de 4 à 20 personnes, et qui se prépare à grimper à 40 salariés dans les prochaines semaines. Directeur d'investissement à XAnge Private Equity (groupe Banque Postale), à Paris, Guilhem de Vregille reconnait que c'est sa société de gestion de portefeuille qui est allée à la rencontre de Treefrog Therapeutics. "Le nom de Treefrog est souvent ressorti, ce qui nous a convaincu d'envoyer quelqu'un à Bordeaux. C'est là que l'on voit l'importance de l'écosystème", a souligné l'investisseur. Un mécanisme dont Jean-Luc Treillou a rappeler la grande efficacité vis-à-vis de Treefrog Therapeutics, du premier soutien de la Satt jusqu'à la qualification de la startup.

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