French Tech Day Bordeaux : deux plaidoyers pour l'engagement, un ticket pour le CES 2020

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Le French Tech Day du 12 décembre a accueilli, au fil de la journée, plus de 2.000 personnes.
Le French Tech Day du 12 décembre a accueilli, au fil de la journée, plus de 2.000 personnes. (Crédits : French Tech Bordeaux)
Une économie numérique plus diverse, plus accessible et plus responsable : c'etait le fil rouge des interventions d'Anne Bioulac (Augustus intelligence) et d'Adeline Braescu-Kerlan (Groupe SOS Tech) lors de la soirée du French Tech Day, le 12 décembre. En parallèle, la startup CibleR a décroché un ticket pour les CES de Las Vegas du 7 au 10 janvier 2020.

Les trois invités d'honneur du French Tech Day du 12 décembre avaient tous un point commun : un sens de l'engagement fort et la conviction chevillée au corps que la technologie doit être mise au service du bien collectif, dans un secteur où l'entre-soi a encore trop tendance à dominer. Le fondateur d'INCO, Nicolas Hazard a évoqué le sujet en fin de matinée après la présentation du programme French Tech Tremplin, destiné à proposer des solutions aux entrepreneurs pour surmonter les obstacles socio-économiques. La première promotion des lauréats de ce programme French Tech Tremplin, avec 13 porteurs de projets issus des quartiers prioritaires de la ville et d'anciens étudiants boursiers, a été présentée. Une douzaine de mentors ou d'entrepreneurs expérimentés se sont positionnés pour les accompagner dans leur phase de pré-amorçage, ainsi que deux structures : La Ruche Bordeaux et les Premières Nouvelle-Aquitaine.

Quelques minutes avant de monter sur scène, en fin de journée, Anne Bioulac confiait également ses espoirs en matière de diversité des profils. Spécialiste de la transformation digitale et de l'impact de l'intelligence artificielle sur les organisations et les modèles économiques des entreprises, celle qui est aujourd'hui managing director pour l'Europe au sein d'Augustus Intelligence, craint un monde virtuel inégalitaire et manquant cruellement de diversité car fondé sur des données biaisées. L'IA est aujourd'hui partout et Anne Bioulac craint les effets d'une intelligence artificielle utilisée par tout le monde mais codée presqu'exclusivement par des hommes à partir de données issues de notre monde bourré d'imperfections. "Notre avenir ne sera ni juste ni équitable si les algorithmes que nous utiliserons chaque jour sont plein de biais", explique-t-elle, illustrant son propos par l'exemple récent de l'Apple Card. La carte de crédit lancée par Apple a été accusée de proposer aux hommes des plafonds de crédit vingt fois supérieurs à ceux des femmes utilisatrices du même service, malgré les dénégations du géant américain et de son partenaire Goldman Sachs. "Le risque de bâtir une IA pour une seule élite et l'importance de trouver un équilibre deviennent des thèmes heureusement plus reconnus", estime Anne Bioulac.

La spécialiste livre deux pistes pour aller plus loin. La première repose sur une implication plus forte des femmes, et plus largement de toutes les diversités, dans la construction des modèles technologiques. Comment alors amener ces profils vers les carrières technologiques ? "Il faut réussir à combattre l'autocensure et redonner du sens, en particulier lors des cursus de formation. Moi-même, plus jeune, je ne voyais pas l'utilité du code. Coder pour coder, ça ne mène nulle part. La recherche du sens doit être beaucoup plus présente." Anne Bioulac a bon espoir que la mixité des profils s'installe, "d'autant plus que les langages de programmation sont aujourd'hui accessibles à un plus large éventail de profils, plus logiques, plus open source aussi." Mieux former donc, mais aussi réussir à conserver les talents.

La seconde piste qu'elle dresse est plus institutionnelle : "Comme pour les opérateurs téléphoniques, il faudra probablement pour l'IA des normes, avec un contrôle des Etats, des opérateurs agréés, etc." L'Europe a une place à prendre : "Je n'ai pas choisi une vie régentée par des algorithmes américains, sourit Anne Bioulac. L'Europe doit jouer un rôle moteur. La difficulté est que le paysage de l'IA y est extrêmement fragmenté. Sans logique industrielle plus poussée, il est dur de peser sur la scène mondiale."

Encourager plutôt que punir

Adeline Braescu-Kerlan se montre sensiblement sur la même ligne. Ancienne consultante en santé publique, passée par la direction diversité et inclusion de Sodexo Monde, elle a ensuite piloté l'Incubateur de politiques publiques de Sciences Po avant de rejoindre le groupe SOS en tant que directrice de Groupe SOS Tech, qui s'appuie sur les nouvelles technologies pour "mettre le digital au service de l'intérêt général". SOS Tech est notamment à l'origine de Reconnect, un "cloud solidaire" qui répond à une problématique rencontrée par les personnes sans domicile fixe : leur accès aux droits avec des documents souvent égarés mais nécessaires. Avec ce coffre-fort numérique, elles ont ainsi la possibilité de copier leurs différents papiers et de les stocker dans cet espace en ligne, sans risquer de perdre les précieuses informations qu'ils contiennent. Le travailleur social qui accompagne la personne SDF a également accès à ce coffre-fort et peut ainsi gagner du temps en accédant plus rapidement aux éléments dont il a besoin et les partager à différentes structures. Au-delà de cet aspect, le système permet aux travailleurs sociaux de mieux suivre et piloter le parcours des personnes sans abri.

"Ça a été long, compliqué, mais il y a désormais une prise de conscience de l'univers de la tech sur son impact sur l'environnement et sur la nécessaire inclusion des diversités, sourit Adeline Braescu-Kerlan. On a 15 ans de retard mais la dynamique est bonne. Il a fallu du temps pour accepter de dire qu'on a mal fait certaines choses, qu'on a laissé des sujets sur le bord de la route. Mais ce que je veux retenir, c'est l'envie, l'appétence pour ces thématiques de l'inclusion, de la diversité et de l'environnement." Faut-il, comme le préconise Anne Bioulac, poser un cadre ? "Je crois que les quotas sont par exemple un mal nécessaire, répond Adeline Braescu-Kerlan. Imposer un cadre réglementaire, oui mais il faut qu'il soit valorisant. Je crois à l'incentive plus qu'au fouet, l'enjeu est donc d'inciter plus que de punir. On gagnera tous, collectivement, à aller dans cette direction."

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CibleR part à Vegas

A l'issue d'une joute verbale opposant les fondatrices et fondateurs de 16 startups de Nouvelle-Aquitaine, quatre d'entre elles s'étaient qualifiés pour les demi-finales : CibleR (marketing ciblé et prédictif), Viji (solution de RSE pour l'industrie du textile), MyEli (bijoux connectés) et Nuage (solutions cloud). Lors de la finale opposant CibleR à Viji, c'est la première qui a remporté un billet visiteur pour le CES (Consumer electronic show) 2020 offert par l'association French Tech Bordeaux. Son co-fondateur et CEO, Erwan Simon, s'envolera donc pour Las Vegas du 7 au 10 janvier avec la délégation de Nouvelle-Aquitaine avant d'aller également faire un tour au NRF 2020, le salon mondial de la vente au détail, du 12 au 14 janvier à New York.

Créée en 2015, CibleR emploie dix personnes pour développer et commercialiser ses algorithmes de marketing ciblé et prédictif. Le chiffre d'affaires, confidentiel, connaît une forte croissance avec une vingtaine de clients dont Cdiscount, E.Leclerc, Bpiffrance ou encore EDF. "Notre force c'est d'être capables en trois jours d'établir des données très fines sur les intentions des clients, des bons clients comme des nouveaux clients", fait valoir Erwan Simon. "On sait aussi démontrer le retour sur investissement de la personnalisation fine de l'expérience client. En général, quand on donne 10 € de bon d'achat à un client lambda, cela génère 50 € de vente. Nous on propose de cibler de manière intelligente ces 10 € sur certains clients de manière à générer 100 € de vente", poursuit le dirigeant dont l'entreprise est hébergée au Village by CA de Bordeaux.

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