Comment Thinkdeep et Fieldbox.ai conçoivent l'usine du futur (2/2)

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(Crédits : Fieldbox.ai)
En très forte croissance, Fieldbox.ai s'apprête à recruter encore 50 personnes l'an prochain. La startup bordelaise cherche à améliorer, en collectant et en utilisant la donnée, l'efficacité opérationnelle des équipements industriels. Thinkdeep met elle aussi l'IA à contribution pour inventer l'usine du futur. Les deux sociétés partagent leur vision de l'usine du futur dans le second volet de ce dossier.

Lire ou relire ici le premier article de ce dossier : Pourquoi l'usine du futur ne sera pas que technologique (1/2)

Marc Bagur faisait partie des conférenciers invités à prendre la parole lors du salon ViV Industry. Directeur de la stratégie de la société Thinkdeep, il a développé lors de sa conférence les évolutions de l'intelligence artificielle et rappelé qu'on était encore - très - loin du modèle "terminator" et soulèvement des machines. L'intelligence artificielle est tout autour de nous : dans nos smartphones, dans les playlists que l'on écoute en ligne sur Spotify ou Deezer, dans les premiers véhicules autonomes... mais elle est encore très imparfaite, facile à piéger, pleine de biais. Autrement dit faible, très verticalisée et contextualisée. Mais l'homme aime jouer à se faire peur et se raconter des "fables transhumanistes", échos d'une "blessure narcissique qui le pousse à vouloir s'extraire de sa condition et à créer son golem". S'il ne nie pas les progrès de l'IA, Marc Bagur rappelle donc qu'elle n'est pas prête de quitter ce cadre et de se libérer de ses faiblesses. Les projections, à prendre avec toutes les précautions nécessaires, n'évoquent pas d'IA généraliste, capable de réagir et d'apprendre par elle-même, avant 2040 et d'IA dite supérieure, dépassant les capacités humaines avant 2060. Si elles voient le jour...

Thinkdeep travaille quant à elle sur la création d'un "agent autonome auto-apprenant sans intervention de son créateur" capable de déduire lui-même, en observant l'homme, si les opérations et process utilisés sont fructueux ou non et de bâtir de nouvelles stratégies. L'idée n'est donc pas de créer un système autonome pour l'usine du futur mais bien "un centaure", association entre l'humain et autre chose, en l'espèce l'IA, pour rester dans le vocabulaire mythologique qu'affectionne Marc Bagur :

"Dans des contextes précis, l'intelligence artificielle est et sera plus forte que l'homme. Mais l'automatisation totale de l'usine grâce aux machines et à l'IA n'est pas possible et Tesla, qui l'a essayé, l'a vécu douloureusement. Ce qui a sauvé l'entreprise d'Elon Musk, c'est son mantra : apprendre, apprendre, apprendre. La vision des deux voies d'autoroute, celle de l'usine numérique et de l'usine manufacturière, est imparfaite car c'est une façon de binariser, donc un piège intellectuel. Je préfère les zones de gris... L'IA comme l'automatisation ne résoudront pas tout parce qu'elles constituent des systèmes experts désincarnés qui sont totalement en-dehors des sciences cognitives. Or, pour prendre une décision, il faut de l'émotion ! De plus la confiance est nécessaire, c'est pourquoi il nous faut travailler sur des dispositifs d'IA permettant de produire des résultats satisfaisants, auditables et fonctionnels. A ce jour l'IA ne l'autorise pas, pas plus qu'elle ne répond à l'inexprimé insatisfait. Ce que sait redoutablement faire quelqu'un comme Elon Musk : tout le monde se moque du design de son Cybertruck que personne ne réclamait, mais le nombre de commandes enregistrées prouve bien qu'il répond à une attente non verbalisée. »

Lire aussi : CES 2019 : Thinkdeep.ai place l'expérience utilisateur au centre de son intelligence augmentée

"Entre coloniser Mars avec des Cybertrucks et le gars qui a perdu son post-it, on doit pouvoir trouver une voie"

Pour Marc Bagur, "tout l'enjeu est effectivement de partir des métiers pour aller vers les solutions, qu'elles soient technologiques ou pas". Mais le chemin est encore long selon lui :

"70 % des PME françaises n'ont pas passé le premier pallier nécessaire avant de s'engager dans ces démarches : déployer l'amélioration continue, le lean management. L'étape suivante sera de digitaliser, mais il faut déjà sortir de la culture du papier, savoir mesurer les éléments de l'entreprise. Entre coloniser Mars avec les Cybertrucks d'Elon Musk et le gars qui a perdu son post-it sur lequel il note tout, on doit pouvoir trouver une voie ! A condition d'inventer nos propres modèles et de ne pas vouloir copier l'industrie 4.0 fruit du marketing allemand. Notre problématique est qu'en France, nous manquons encore de possibilité pour faire du retour d'expérience. Appuyons-nous donc sur les erreurs que font les acteurs industriels aux Etats-Unis et en Asie ! Ils en commettent et se confrontent à des plafonds de verre. Nous devons observer et identifier ces paliers d'adoption des nouvelles technologies, en tirer partie et abandonner la vision du tout-techno pour revenir à l'assistant décisionnel que doivent être l'IA, la réalité augmentée... sans pousser trop loin les curseurs. On a déjà eu les Ludites, pas la peine d'y revenir !"

Le directeur de la stratégie de Thinkdeep estime également que le contexte actuel, fruit d'un consommateur soucieux de connaître l'empreinte carbone de ce qu'il achète, de la connexion entre bien produire et bien-être des producteurs, va générer un mouvement de fond qui peut donner naissance à une nouvelle voie industrielle.

Fieldbox.ai en forte croissance

Fieldbox.ai travaille également sur l'industrie du futur. La startup bordelaise s'est fait connaître avec deux cas d'usage appuyés sur des solutions logicielles pointues, fondées sur la donnée et l'intelligence artificielle : la modélisation des flux et la prédiction des pannes du système de tri des bagages de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, et l'anticipation de la casse des pompes qui sont immergées au fond des puits de pétrole pour le compte de Total. Depuis, Fieldbox.ai est entrée en phase d'hypercroissance. L'équipe, basée à Bordeaux mais aussi présente à Paris et Singapour, compte aujourd'hui 70 personnes et prévoit d'embaucher 50 personnes supplémentaires en 2020.

Lire aussi : Fieldbox.ai, l'intelligence artificielle au service de l'industrie

"Notre modèle est de nouer des partenariats avec des grands groupes pour construire des engagements sur la durée, explique Clément Collignon, en charge de la croissance de Fieldbox.ai. Nous voulons devenir un fournisseur mondial de solutions, focalisé sur l'industrie, en développant des solutions spécifiques à partir d'un socle technologique, en conjuguant science de la donnée et compréhension des métiers. On ne vend pas de l'IA, on vend de l'efficacité industrielle. Un des défis sur lesquels on travaille est d'optimiser non pas un mais plusieurs équipements, si bien que l'on voit apparaître un chemin vers l'usine autonome."

Clément Collignon observe aujourd'hui deux types d'acteurs industriels : "Les plus avancés sont ceux qui bénéficient d'une vraie volonté de la part du top management, les moins avancés sont ceux qui se disent « je suis en retard » mais qui n'ont pas encore injecté de gros investissements ni incorporé la démarche « data » dans leur cœur de métier."

Fieldbox.ai travaille également avec deux autres acteurs de poids : avec la SNCF, elle cherche à identifier les anomalies des escaliers mécaniques pour intervenir avant les pannes majeures.

"Nous collectons des informations sur le bruit, les vibrations, l'intensité du courant... ainsi que des images pour nous permettre d'identifier certains points comme le désaxement des marches qui peut aboutir à devoir changer l'escalier si on n'intervient pas assez tôt. Toute la difficulté est de « quantifier du sensible » tel que les vibrations, poursuit Clément Collignon. Pour Vallourec, nous travaillons sur des problématiques de contrôle qualité des tubes fabriqués", notamment pour réduire les stocks immobilisés en attente de vérification.

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