Véhicules électriques : EDF déploie ses premiers points de charge réversible V2G en Gironde

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C'est à Cestas (Gironde), au siège de l'entreprise Hotravail, que les trois premières bornes V2G de France ont été installées par Dreev, une filiale d'EDF.
C'est à Cestas (Gironde), au siège de l'entreprise Hotravail, que les trois premières bornes V2G de France ont été installées par Dreev, une filiale d'EDF. (Crédits : Agence APPA)
C'est une première en France : l'entreprise Hotravail accueille trois bornes de recharge pour véhicules électriques permettant aussi d'alimenter le réseau en cas de besoin. Dreev, filiale d'EDF et de Nuvve, veut en faire la vitrine commerciale de son savoir-faire dans le V2G (vehicle-to-grid / du véhicule au réseau). De son côté, Hotravail devrait économiser 20 € par mois et par véhicule. A terme, cet outil doit permettre d'accompagner l'essor des énergies renouvelables.

L'électricité souffre d'une faiblesse bien connue : elle ne se stocke pas ou mal. Résultat, les pics de production d'électricité des énergies renouvelables - en journée et en été pour le solaire, lorsqu'il y a du vent pour l'éolien - ne correspondent pas toujours aux pics de consommation, en particulier en début de soirée et en hiver. Mais les véhicules électriques, via leur batterie, peuvent venir pallier cet écueil en servant d'autant de points de stockage/déstockage.

"Le principe est de charger la batterie du véhicule lorsqu'il y a peu de demande et que l'énergie est donc abondante et peu chère puis, le soir, lors du pic de consommation, quand l'énergie coûte plus cher, on vient réinjecter dans le réseau l'électricité stockée sur la batterie au lieu d'augmenter la production. Cette électricité peut alimenter le bâtiment, le quartier ou tout simplement le réseau national", explique Eric Mevellec, le directeur général de Dreev.

Cette co-entreprise entre EDF et la startup californienne Nuvve a été créée en février dernier pour déployer à grande échelle les points de recharge réversible, une technologie baptisée V2G (vehicle-to-grid / du véhicule au réseau). "Nous avons choisi de nous associer avec Nuvve parce que leur technologie est déjà déployée commercialement au Danemark et a fait ses preuves deux ans. Elle est robuste et fonctionne bien", précise Eric Mevellec.

Une première en Gironde chez Hotravail

En France, c'est l'entreprise Hotravail (560 salariés, dont 97 % de handicapés, 30 M€ de chiffres d'affaires en 2018) qui fait office de pionnier en accueillant les trois premières bornes de charge réversible sur le parking de son siège social de Cestas (Gironde). "Cela permettra d'alimenter notre flotte de dix véhicules utilitaires qui parcourent environ 200 km par jour mais qui restent stationnés au siège de 17h à 7h du matin", témoigne Serge Dessay, le PDG et fondateur de Hotravail. L'entreprise a été retenue par EDF pour y établir sa vitrine commerciale en raison de l'attachement de Serge Dessay aux problématiques de transition énergétique.

Lire aussi : Hotravail, employeur girondin de salariés handicapés, se prépare encore à grossir


L'investissement, partagé entre Dreev et Hotravail, s'élève à quelques milliers d'euros par borne auxquels il faut ajouter d'éventuels travaux de raccordement. Mais le dispositif opérationnel depuis le 29 avril dernier permet ensuite à l'entreprise d'économiser environ 20 € par véhicule et par mois via une rémunération versée par l'opérateur en contrepartie de la sollicitation de la batterie du véhicule lorsqu'il est stationné.

Hotravail

Les trois bornes V2G permettent d'alimenter les véhicules utilitaires au siège de Hotravail (crédits : Agence APPA).

"En fonction de l'utilisation du véhicule et des plages horaires, la consommation électrique d'un véhicule branché en V2G sera diminuée significativement et pourra tendre vers zéro, voire même aller jusqu'à gagner de l'argent", assure Eric Mevellec. Et pour s'assurer que les véhicules ne sont jamais vides aux heures d'utilisation, l'entreprise et les salariés concernés pilotent le tout via une application mobile en définissant les plages horaires d'utilisation et l'autonomie nécessaire. "En fonction des besoins de chaque client, on peut définir intelligemment les moments et les cycles de charge et de décharge pour optimiser le coût global du dispositif", ajoute le directeur général de Dreev.

16 millions de véhicules électriques en 2035 ?

Très prometteur, ce procédé ne prendra cependant tout son intérêt qu'une fois déployé massivement et à condition qu'il soit accompagné d'un développement parallèle des énergies renouvelables. Le gestionnaire du réseau électrique français, RTE, vient de publier un rapport sur le sujet qui table sur un million de véhicules électriques en France à l'horizon 2022/2023, autour de 5 millions en 2028 et entre 7 et 16 millions en 2035 (soit entre 20 % et 40 % du parc automobile total).

De quoi offrir un vaste réseau de points de stockage sachant qu'en moyenne, un véhicule léger est immobilisé 96 % du temps tandis que 28 % des véhicules légers restent immobiles du lundi au vendredi et la moitié le dimanche. Ainsi, "à partir du moment où les véhicules électriques seront diffusés en nombre suffisant, une flotte de petites batteries seront en permanence connectées au système électrique", souligne RTE, permettant ainsi de gérer une flexibilité de la consommation à l'échelle de la semaine et pas seulement de la journée.

EDF vise 4.000 points de recharge en 2020

Non seulement RTE assure que le réseau français sera capable d'absorber la consommation lié à ce parc de véhicules électriques mais il considère que "le pilotage de la recharge des véhicules électriques offre la possibilité de moduler fortement la courbe de consommation nationale et de l'adapter à la production des énergies renouvelables, tout en respectant les besoins de mobilité des utilisateurs de véhicules électriques." Autant de perspectives de marché qui permettent à EDF et sa filiale Dreev de voir l'avenir en grand :

"L'ambition d'EDF est d'être dès 2020 le leader de la recharge des véhicules électriques avec un objectif de 4.000 points de recharge déployés en France. On n'atteindra probablement pas la barre des 4.000 mais nous devrions en installer plusieurs centaines dès 2019 et amplifier le mouvement en 2020 en ciblant prioritairement les entreprises et les collectivités", détaille Eric Mevellec.

Du côté de Hotravail, l'installation de bornes V2G dans ses locaux de La Teste-de-Buch en septembre 2019 est en cours de discussion avec Dreev. "Plus largement, j'aimerais déployer cet outil sur l'ensemble de nos implantations tant il répond aux préoccupations du moment. L'idée est aussi de faire école et de convaincre d'autres entreprises de s'y mettre", espère Serge Dessay.

Serge Dessay Hotravail

Serge Dessay, PDG de Hotravail (crédits : Agence APPA)

A noter que cette recharge réversible des véhicules électriques est hautement complémentaire d'une autre expérimentation menée dans la région bordelaise par Enedis et Gironde Habitat autour de l'autoconsommation collective d'énergie solaire.

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Commentaires
a écrit le 22/05/2019 à 12:53 :
Ce système semble pour le moment être limité aux entreprises mais je pense qu'à terme il sera aussi étendu aux particuliers. En soit je trouve l'idée interessante, mais j'aimerai avoir plus d'information concernant la durée de vie des batteries des voitures avec ce système sachant que les batteries pourront être chargées et déchargées plusieurs fois par jour...
De plus ce système semble nécessité une programmation des heures de re/décharge. Pour un particulier cela pose un problème de flexibilité évident. A suivre.

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