Moon Village : quand les entrepreneurs privés sont invités à se lancer vers l’objectif Lune

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Claudie Haigneré, astronaute et conseillère auprès du directeur général de l'ESA, lors de sa conférence à l'occasion du festival Big Bang de Saint-Médard-en-Jalles.
Claudie Haigneré, astronaute et conseillère auprès du directeur général de l'ESA, lors de sa conférence à l'occasion du festival Big Bang de Saint-Médard-en-Jalles. (Crédits : DR)
Alors que les projets qui prévoient un retour sur la Lune gagnent du terrain dans les agendas des gouvernements, des agences spatiales et des entrepreneurs privés, l’Agence spatiale européenne (ESA) porte une vision coopérative de village lunaire (Moon Village). Claudie Haigneré, astronaute, a tenu une conférence sur le sujet à l’ouverture du festival Big Bang qui se tient à Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, jusqu’au samedi 18 mai.

Le Moon Village n'est pas un projet spatial classique, "c'est une vision", insiste Claudie Haigneré qui a pris la parole à l'occasion de la conférence inaugurale du festival de l'air et de l'espace Big Bang de Saint-Médard en Jalles. Première femme astronaute française à être allée dans l'espace, c'est en tant que conseillère auprès du directeur de l'Agence spatiale européenne (ESA) qu'elle s'est exprimée. Car c'est bien lui, Jan Wörner, qui a ouvert la voie en 2015 à un concept d'infrastructures permanentes sur la Lune, ouvert à de multiples partenaires.

"Pour lui, on allait retourner sur la Lune pour s'y installer et y développer des habitats. Il a employé ce terme de village qui implique qu'il va se développer petit à petit mais qu'il va aussi être permanent, durable. Dès lors, autant le penser ensemble, et faire appel à des partenaires avec qui nous n'avons pas l'habitude de travailler. Car si je pense village, cela veut dire qu'il faut construire des routes, organiser la mobilité, gérer les déchets ou encore stocker l'énergie."

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Le rôle de l'Europe

50 ans après les premiers pas sur la Lune, les Américains viennent d'annoncer un premier équipage en 2024. Un projet de plateforme orbitale lunaire (Gateway) est aussi mené par les États-Unis. Les Chinois annoncent une base scientifique à l'horizon 2030.

"Mais ce n'est pas l'esprit village, insiste Claudie Haigneré. Le village lunaire n'est pas européen, mais l'Europe a un rôle à jouer en étant médiatrice, facilitatrice. C'est une belle opportunité politique. Il faut qu'elle montre qu'elle est un partenaire fiable, ce qu'elle a montré sur la station spatiale internationale, et qu'elle sait contribuer. En l'occurrence, des programmes sont en cours pour démontrer notre capacité à extraire des ressources in situ, le régolithe par exemple pour en faire un matériau de construction. Il faut enfin que l'Europe sorte de son milieu habituel qui consiste à ne travailler qu'avec de gros industriels dans le domaine du spatial, et qu'elle soit en capacité d'organiser des partenariats commerciaux."

Toyota, Audi, Blue Origin...

"Il va falloir s'extraire du schéma actuel où seul l'argent public permet l'exploration spatiale. Les secteurs publics et privés devront s'associer. Il faut changer de modèle", insiste-t-elle également. Et de citer Toyota qui a passé un contrat avec l'agence japonaise pour développer le premier van pressurisé. "Résultat, le constructeur va faire des progrès technologiques et en tirera un bénéfice image considérable. Cela vaut le coup."

Audi travaille pour sa part sur un rover, tandis que Jeff Bezos, le patron d'Amazon et de la société spatiale Blue Origin, vient de présenter un projet d'alunisseur pour y transporter véhicules et équipements en 2024. "Il gagne de l'argent avec Amazon pour construire son objectif spatial. On n'en a pas des comme ça en Europe, mais Vinci pourrait par exemple investir. Vodafone s'y est mis pour réfléchir à la connectivité du futur."

Des questions autour du traité de 1967

Alors qu'il est question d'utiliser les ressources lunaires in situ, ou d'en ramener sur terre, l'hélium par exemple, se pose toutefois la question du droit. "Les corps célestes sont régis par un traité des Nations Unis de 1967, signé par 106 pays, qui dit qu'ils ne sont pas appropriables par des Etats. Mais qui est propriétaire des ressources ? Est-ce que toutes nos envies sont compatibles avec la gouvernance, les traités, les régulations qui sont les nôtres aujourd'hui ?"

En attendant des réponses à ces questions, Claudie Haigneré a annoncé l'ouverture fin 2019, à Cologne en Allemagne, d'un espace dit "analogue" pour effectuer des tests au sein du Centre d'entraînement des astronautes (EAC). Mais Claudie Haigneré insiste : "Le concept, c'est bien plus qu'une démonstration technologique." Et de conclure cette conférence en citant Oscar Wilde : "Il faut toujours viser la lune car en cas d'échec, on retombe dans les étoiles. On apprendra beaucoup à faire cette tentative."

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