Bordeaux : pourquoi La Boca Foodcourt opte pour un mode de paiement sans cash

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Ni carte bancaire, ni espèces ne sont acceptées à la Boca Food Court sans passer par l'application mobile ou une carte à puce NFC.
Ni carte bancaire, ni espèces ne sont acceptées à la Boca Food Court sans passer par l'application mobile ou une carte à puce NFC. (Crédits : Pierre Planchenault)
C'est une première en France pour un lieu pérenne. La Boca Foodcourt, qui a ouvert ses portes à Bordeaux fin 2018, impose un système de paiement "cashless" entièrement dématérialisé. D’habitude cantonné aux festivals et enceintes sportives, il bannit le cash et contraint à payer sur mobile ou via une carte NFC dédiée. Un parcours client déstabilisant qui promet de dynamiser les recettes de l'exploitant et des restaurateurs.

Au sein de la Halle Boca, vaste projet immobilier inauguré en décembre 2018, La Boca Foodcourt, comprendre l'aire de restauration, occupe la halle aux bestiaux des anciens abattoirs de Bordeaux. 14 restaurants, 350 places et 100 places en terrasse occupent désormais cet espace de 4.500 m2 où 70 salariés reçoivent quotidiennement entre 1.000 et 1.500 clients. Pour consommer, ces derniers n'ont le choix qu'entre deux modes de paiement - une application mobile ou une carte NFC rechargeable - à la fois dématérialisés et captifs. En effet, après avoir alimenté par carte bancaire ou espèces l'un de ces moyens, on ne peut les utiliser qu'auprès des restaurateurs du "foodcourt"... ou se faire rembourser moyennant une commission de 0,5 €.

Un mode de paiement prisé des festivals

"Ce système de paiement cashless a été retenu dès la conception du projet pour deux raisons : d'une part, notre logique de gestion interne qui mutualise beaucoup de services entre les restaurateurs et, d'autre part, notre volonté de fluidifier le parcours client et de permettre aux restaurateurs de se concentrer sur la cuisine", avance Marie-Audrey Turellier, la chargée de communication du lieu. Après avoir payé un ticket d'entrée de 90.000 €, chaque restaurateur doit s'acquitter d'une redevance de 22 % de son chiffre d'affaires correspondant au loyer, aux charges et aux différents services mutualisés de fonctionnement de l'espace, dont le système de paiement assuré par l'entreprise Weezevent.

Créée en 2008 à Dijon et spécialisée initialement dans la billetterie, celle-ci propose depuis 2014 des outils de paiement dématérialisés pour des festivals et des évènements sportifs ponctuels ou réguliers. "Historiquement notre activité concerne de l'événementiel sur des périodes assez courtes et le plus souvent en extérieur ce qui justifie d'avoir des paiements dématérialisés et sécurisés, via une carte ou un bracelet par exemple. Le "foodcourt" est à la fois un test et un showroom pour nous", explique Pierre-Henri Deballon, le directeur général et fondateur de l'entreprise qui affiche 150 M€ de chiffre d'affaires en 2018.

La Boca Food Court

La carte rechargeable dotée d'une puce NFC.

Booster les recettes...

"Les principaux avantages pour l'organisateur sont de limiter les risques de fraude à la TVA et de coulage voire de vol par les bénévoles et/ou salariés mais aussi de diminuer les coûts de sécurisation du cash tout en gagnant du temps à l'encaissement", poursuit le dirigeant. Et pour cause : moyennant un investissement évalué à environ 5 % des recettes prévisionnelles, les festivals ayant adopté le dispositif ont vu les gains de leurs stands de boissons et nourriture bondir d'environ 20 %. "Le dispositif est en général rentabilisé dès la première édition et parmi les festivals qui travaillent avec nous, le taux de réutilisation l'année suivante frôle les 100 %", assure Pierre-Henri Deballon.

Difficile d'avoir un retour sur le gain potentiel pour le cas du "foodcourt" bordelais compte-tenu du caractère inédit de la démarche et du fait que l'exploitant ne souhaite pas divulguer ses chiffres. A titre d'éclairage, le système de paiement sans espèces sous forme de jetons (tokens) adopté par l'Union Bordeaux Bègles depuis 2015 a permis d'augmenter les recettes des consommations de l'ordre de 15 % (lire plus bas).

... grâce à une consommation plus indolore

Au "foodcourt", le coût de l'investissement dans le système n'est "pas anodin", voire "élevé", et s'y ajoutent des frais récurrents de location des matériels et d'édition des cartes NFC. Mais il devrait être rentabilisé dès la 1ere année et, une fois passé le côté déstabilisant tant pour les restaurateurs que pour les clients, présente de nombreux avantages.

Il permet ainsi de fluidifier le parcours client, en particulier grâce à un gain de temps à l'encaissement, et de rendre plus indolore l'acte de consommer en faisant disparaître le cash au profit d'un clic sur une application mobile. De quoi dynamiser les recettes mais pas seulement. "Le vrai enjeu sur ce lieu, c'est d'avoir un système efficace et traçable entre tous les commerçants. Nous jouons le rôle de tiers de confiance", précise Pierre-Henri Deballon.

Lire aussi : E-commerce : comment ils veulent vous faire passer à la caisse

Un impact sur la trésorerie ?

Quid des avantages pour les clients ? Ils doivent passer par une étape supplémentaire avant de pouvoir consommer, se voient contraints de se doter d'une application ou d'une carte de plus dans leur smartphone ou portefeuille et constatent qu'une partie de l'argent non consommé alimente désormais la trésorerie du "foodcourt". "C'est un système nouveau qui bouleverse les habitudes et qui peut être déstabilisant mais on a des équipes sur place pour expliquer et accompagner les nouveaux venus. Au total, l'accueil est plutôt positif", estime Marie-Audrey Turellier qui met en avant "le passage en caisse qui ne dure plus que 2 secondes" et la possibilité de consommer facilement dans n'importe lequel des stands de la halle.

Qu'en est-il de l'effet sur la trésorerie ?

"L'impact en termes de trésorerie est réel mais, à mes yeux, il n'est à ni considérable, ni décisif", promet le DG de Weezevent. "Par exemple, pour un club de Ligue 1, cela représente quelques dizaines de milliers d'euros pour des budgets globaux de plusieurs dizaines de millions d'euros. Et sur un site comme La Boca, les clients ont tendance à charger une petite somme à chaque fois qu'ils viennent sur place plutôt qu'un gros montant comme cela peut être le cas pour un festival de quatre jours ou une saison de Ligue 1."

D'autant que ces sommes doivent rester disponibles à tout moment en cas de demande de remboursement et sont déposées sur un compte géré par Weezevent.

Utilisation des données personnelles

Enfin, maigre avantage pour les clients, la possibilité d'éditer leurs factures en ligne en plus des reçus papier. A condition d'avoir téléchargé l'application mobile ou d'avoir enregistré leur carte en ligne, tombant de fait dans un programme de fidélisation. "Sur le premier mois de fonctionnement, c'est plutôt la carte NFC qui remporte les suffrages mais le mobile reprend des couleurs dernièrement, notamment auprès d'une clientèle d'habitués", précise Marie-Audrey Turellier.

De quoi alimenter quotidiennement la base de données personnelles collectées via l'application et analysées en temps réel par Weezevent. Ces données permettront à l'exploitant et aux restaurateurs d'ajuster au fur et à mesure l'offre et les prix et de développer du marketing ciblé.

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Rugby : bilan juteux pour les tokens de l'UBB depuis 2015

"Nous en sommes très satisfaits et nous venons de renouveler pour trois ans notre contrat avec notre prestataire AGP Système", explique Olivier Brouzet, le directeur du développement de l'Union Bordeaux Bègles. Adopté en 2015, le système de tokens (jetons remplaçant le cash dans l'enceinte du stade) est déployé par AGP Systèmes, entreprise lyonnaise qui équipe notamment la moitié des clubs de rugby du Top 14. "La réussite du dispositif dépend du déploiement des automates et des vendeurs. Nous en avons un pour 750 spectateurs. C'est très efficace à l'avant match et à la mi-temps en fluidifiant la consommation et en limitant le coulage", poursuit Olivier Brouzet, qui ne souhaite pas donner le montant de l'investissement. Ces gains de temps ont permis à l'UBB d'augmenter d'environ 15 % ses recettes de consommation lors des matchs, toutes choses égales par ailleurs. Sans compter l'effet positif sur la trésorerie. D'autant que les jetons bénéficient en plus d'un effet "no show" : les fameux tokens à l'effigie des joueurs sont très prisés des collectionneurs en herbe et renouvelés à chaque saison ! Une partie des tokens sont tout simplement gardés en souvenir.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2019 à 0:58 :
Est-ce légal de ne pas accepter le cash ou d'obliger les clients à passer par un précompte ?
Dans ce cas est-ce un refus de vente ?
Réponse de le 24/01/2019 à 10:13 :
Bonjour,

Afin de respecter le cadre légal, il est possible de recharger la carte NFC en espèces ou en CB sur place.

Bien cordialement
Réponse de le 24/01/2019 à 18:08 :
Je ne pense pas puisqu'il faut en sorte convertir sa monnaie avant l'achat. Ce n'est pas un pré paiement puisque le montant de la facture n'est pas connu.

Je crois qu'ils "jouent" en se disant que personne n'ira en justice pour refus de vente.

Les fintech proposent des choses a la limite mais comme personne ne va en justice ils peuvent continuer.

A déconseiller aux touristes qui laisseront leur compte créditeur en partant.

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