LGO Exchange, le très discret spécialiste bordelais des cryptomonnaies

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LGO Exchange cherche à créer une plateforme hybride en s'appuyant sur des systèmes centralisés et décentralisés
LGO Exchange cherche à créer une plateforme hybride en s'appuyant sur des systèmes centralisés et décentralisés (Crédits : LGO Exchange)
Fonder une plateforme d'échanges ultra-sécurisée et transparente à la croisée des mondes de la finance et des cryptomonnaies : la société LGO Exchange est embarquée dans un projet ambitieux. Son cœur technique a discrètement été implanté à Bordeaux, où elle emploie une quinzaine de personnes. Son cofondateur et directeur technique Ouziel Slama dévoile le positionnement de LGO Exchange, qui a levé 35 millions de dollars en début d'année via une ICO (initial coin offering), et ses objectifs.

Ne cherchez pas l'adresse de LGO Exchange, ni même la moindre plaque indiquant sa présence en bas de ses locaux bordelais. Discrète, LGO Exchange l'est assurément. La nature de ses activités, la création d'un nouveau protocole blockchain avec une plateforme dédiée à l'échange de cryptomonnaies*, l'y oblige. La société, de droit français, emploie 13 personnes à Bordeaux, 2 à Marseille et 15 aux Etats-Unis. Ces derniers mois, elle a fait parler d'elle chez les initiés bordelais en débauchant d'excellents profils techniques. Les connaisseurs des cryptomonnaies l'ont aussi identifiée car elle se montre active sur le sujet depuis plusieurs mois. Les profils de ses cofondateurs ne sont pas inconnus non plus : Frédéric Montagnon et Julien Romanetto sont cofondateurs d'Overblog, la plateforme d'hébergement de blogs devenue leader européen avant d'être rachetée par Webedia en 2014. Tous deux sont à l'origine de plusieurs entreprises dans le numérique. Le 3e cofondateur, Ouziel Slama, installé à Bordeaux, est "tombé amoureux de l'univers blockchain" en 2013. Il a accepté de recevoir La Tribune pour évoquer le projet porté par LGO Exchange.

Quel est votre parcours jusqu'à présent et votre rapport aux cryptomonnaies ?

Ouziel Slama - "Je suis développeur et j'ai été directeur technique pendant plusieurs années, notamment dans l'univers de la communication à Paris. J'ai vécu pendant quelques années au Maroc et j'ai découvert Bitcoin en 2013. J'ai de suite compris qu'il s'agissait d'une véritable révolution technique, basée sur un constat simple : on peut aujourd'hui envoyer un message à un interlocuteur instantanément via un SMS ou un mail, mais on ne peut toujours pas envoyer de la valeur aussi facilement. Bitcoin, et plus largement les cryptomonnaies, sont une vague de fond et un sujet hyper technique qui remet le développeur sur le devant de la scène et valorise son travail, alors que dans bien d'autres sujets il est une simple main d'œuvre, moins respectée. J'ai travaillé sur plusieurs projets blockchain* avant de rencontrer Frédéric Montagnon et Julien Romanetto, avec qui nous avons rapidement partagé les mêmes points de vue. Le projet Legolas Exchange, rebaptisé LGO Exchange plus tard, est né ainsi. Et comme je suis installé à Bordeaux et que je n'avais pas envie de quitter la ville, l'équipe technique est basée ici. Elle a été constituée à partir de l'équipe de développeurs de la société Arpinum qui ont tous été embauchés. Recruter des développeurs n'est pas difficile s'ils ont conscience que la valeur de leur travail est au cœur de la boîte... et qu'ils sont rémunérés en conséquence. Le cœur technique de LGO Exchange est donc à Bordeaux. Frédéric Montagnon est installé aux Etats-Unis avec la seconde partie de l'équipe."

Faites-vous partie de ceux qui jugent que Bitcoin*, en tant que première cryptomonnaie et aujourd'hui bien identifiée, est indétrônable ?

"Je pense effectivement qu'elle a peu de chances d'être détrônée. Le sujet des cryptomonnaies est passionnant car il ouvre plein de portes : monnaie, finance, philosophie, société... que le web ne remet pas autant en question. La blockchain promet de la transparence et la seule cryptomonnaie qui respecte tous les critères, c'est Bitcoin."

Quel est le postulat de LGO Exchange ?

"A travers les cryptomonnaies j'ai découvert d'abord les concepts anarchistes américains. Notre démarche n'est pas du tout celle-là. Nous ne voulons pas mettre en conflit les mondes de la finance et des cryptomonnaies, nous ne voulons pas l'effondrement du premier car nous pensons qu'on peut l'améliorer sans tout casser, nous voulons créer des ponts avec des piliers équilibrés. La démarche est presque darwiniste, évolutive : le monde de la finance est totalement lié à la géopolitique et aux gouvernements. Mais il est possible de le faire évoluer vers plus de transparence et la technologie est un outil pour cela. Il ne faut pas oublier qu'il a de sérieux atouts : des process notamment en matière de sécurité, des savoir-faire... LGO Exchange est donc pensée comme une plateforme hybride mélangeant des briques centralisées et décentralisées, que nous avons-nous-mêmes développées. Et ce consensus était attendu par le monde des cryptomonnaies."

Comment comptez-vous vous départir de l'image souvent sulfureuse accolée au sujet ?

"Je dis que les gens qui veulent cacher leur argent y arriveront toujours, par plein de moyens. Nous ne nous adressons pas à eux : nous nous adressons à tous ceux qui veulent plus de transparence et de démocratie. Par exemple, j'aimerais bien pouvoir tracer l'argent de mes impôts et comprendre concrètement comment il est utilisé. Certaines banques ont réussi au fil des années à faire descendre le niveau de responsabilité, en cas de problème, jusqu'au niveau des traders. Mais aujourd'hui, beaucoup sont prêtes à plus de transparence. Chez LGO Exchange, nous nous positionnons du côté du régulateur et des acteurs bancaires, en fournissant des outils pour, justement, maximiser la transparence des mouvements de fonds. L'objectif de la plateforme est notamment d'empêcher le front running (décalages de cours permettant l'enrichissement des courtiers, NDLR) et les manipulations de marché.

Aujourd'hui, les autorités, lorsqu'elles contrôlent ces sujets, le font a posteriori et se retrouvent confrontées à des montagnes de données qu'il leur faut longuement éplucher. LGO Exchange, Bitcoin et la blockchain, de par leur nature, permettent d'éviter ces problématiques. Notre solution incorpore un grand livre décentralisé (ledger, NDLR) dans sa plateforme centralisée afin de neutraliser le front-running et de garantir l'invariabilité, la temporalité et la transparence du carnet d'ordres. Nous visons ce double sujet de la sécurité et de la transparence avec l'idée de démontrer que l'on peut proposer des solutions techniques permettant aux cryptomonnaies de se conformer à un cadre légal sans perdre en efficacité ni souplesse, tout en écartant les risques de manipulation des échanges."

Vous dites aussi que la géopolitique joue un rôle trop important aujourd'hui et que les cryptomonnaies permettent de s'en affranchir...

"Notre intuition est que jamais les Etats ne renonceront à leur souveraineté sur le monde de la finance. On voit bien la guerre de la monnaie à laquelle se livrent les Etats-Unis et d'autres pays. Et les entreprises ne veulent plus de monnaies indexées sur des décisions étatiques. Bitcoin résout le problème car elle est en train de devenir une devise internationale indépendante, une sorte d'esperanto qui n'obéit pas aux logiques de conflits financiers entre Etats, qui n'appartient à personne... donc qui appartient à tout le monde."

Pour démarre votre projet, vous avez frappé fort en levant 35 millions de dollars grâce à une ICO (initial coin offering, méthode fonctionnant via l'émission d'actifs numériques échangeables contre des cryptomonnaies*) réalisée depuis les Etats-Unis. Sans avoir de produit fonctionnel à présenter aux investisseurs. Pourquoi avoir procédé ainsi ?

"En amorçage d'une entreprise, c'est compliqué en France de collecter plus de 100.000 €. Mais on ne peut pas sécuriser correctement une plateforme d'échanges telle que la nôtre avec un tel montant ! Nous n'avions donc pas d'autres solutions, l'ICO étant un parfait moyen de financer un projet naissant. Le fait d'être basé en France a été très important car rassurant pour les 9.000 souscripteurs : en cas d'arnaque, vous pouvez aller porter plainte au commissariat d'à côté, l'ICO n'a pas été montée à Malte par exemple. D'autant plus que le visage de Frédéric Montagnon est bien connu des acteurs du numérique et que cela crédibilise le projet. Dans l'univers des cryptomonnaies, un projet crédible avec des gens connus qui ont de l'expérience ressort vite du lot."

Quel regard portent les banques sur votre projet de plateforme d'échange ?

"Il est très positif pour plusieurs raisons : elles voient les plus-values engrangées par les premiers utilisateurs, elles ont de l'argent et ont besoin de relais de croissance. Quant aux fonds d'investissement non cotés, ils sont littéralement harcelés pour aller dans cette direction. Ces acteurs sont donc prêts à y aller mais ils ont le pied sur le frein car en face d'eux, ils n'ont pas d'acteurs réellement visés par les autorités. Ils ont aussi conscience qu'il est très facile de passer à côté de quelque chose qui bouleversera tout. Et dans leur esprit, le risque de manquer quelque chose est plus fort que le risque de se planter."

Qu'avez-vous emprunté au monde de la finance ?

"Pas mal de process, notamment en termes de sécurisation. Nos clients auront par exemple des comptes ségrégués ouverts dans des banques en leur nom, et seront donc protégés en conséquence. Les clés pour utiliser le portefeuille de cryptomonnaies et passer des ordres seront triples : une pour le client, une pour nous, une pour un tiers, un huissier de justice par exemple. Ceci de manière à limiter les risques en cas de perte de la clé par l'utilisateur, ce qui arrive régulièrement, ou de vol. Mais nous n'avons pas tout emprunté à la finance car son monde a été conçu pour établir une chaîne de responsabilité faite de manière à ce que même en cas d'impayé, ça passe quand même. Dans le système bancaire, tout mène à des crédits. Mais dans notre philosophie, payer quelque chose sans argent à soi n'a pas de sens."

Quel est maintenant votre calendrier ?

"Nous espérons pouvoir ouvrir la plateforme d'échanges fin novembre pour les institutionnels, autrement dit les profils supérieurs à 1 million d'euros. Pour le grand public, nous l'ouvrirons probablement fin mars 2019."

* Lexique

Blockchain : technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Les transactions entre utilisateurs sont regroupées par blocs. La blockchain constitue ainsi une base de données réputée inviolable car partagée par tous ses utilisateurs, chacun pouvant vérifier la validité de la "chaîne de blocs". Le mathématicien Jean-Paul Delahaye la compare à « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible ».
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Bitcoin et cryptomonnaies : les cryptomonnaies sont des actifs virtuels sécurisés par des techniques de cryptographie permettant des échanges entre utilisateurs, de pair à pair. Le G20 dénie aux cryptomonnaies le rôle d'une monnaie. Bitcoin est la première inventée et la plus célèbre, mais il en existe beaucoup d'autres. La Banque de France donne la définition suivante aux cryptomonnaies : "Tout instrument contenant sous forme numérique des unités de valeur non monétaire pouvant être conservées ou être transférées dans le but d'acquérir un bien ou un service, mais ne représentant pas de créance sur l'émetteur".

Initial coin offering (ICO) : méthode de levée de fonds, fonctionnant via l'émission d'actifs numériques échangeables, baptisés tokens, contre des cryptomonnaies durant la phase de démarrage d'un projet. Ces tokens sont émis par l'entreprise qui a besoin de cette levée de fonds. Dans un second temps, ils peuvent être vendus ou échangés. Leur valeur est indexée sur le service fourni par l'entreprise car ils ont vocation à être utilisés dans le cadre de ce projet. Ils ouvrent donc un droit d'accès ou droit préférentiel à un produit ou service.
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