Accessibilité numérique : Facil'iti, la startup de Limoges qui séduit les Etats-Unis

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Frédéric Sudraud est le directeur général de l'agence ITI Communication et de sa filiale Facil'iti créée formellement début 2018.
Frédéric Sudraud est le directeur général de l'agence ITI Communication et de sa filiale Facil'iti créée formellement début 2018. (Crédits : Thibaud Moritz / Agence APPA)
Rendre internet accessible à tous, quel que soit le handicap : c'est le défi relevé par l'équipe de Facil'iti à l'aide d'un algorithme breveté. Déjà adopté par plus de 200 sites, il intéresse les villes de New York et le gouvernement fédéral américain. Si bien que la startup de Limoges devrait dépasser le million d'euros de chiffre d'affaires dès 2018. Une levée de fonds de plusieurs millions d'euros est aussi dans les tuyaux.

Malvoyance, maladie de Parkinson, dyslexie, daltonisme... Pour les personnes souffrant de ces handicaps, la simple consultation d'un site internet peut ressembler à un parcours du combattant. C'est pour lever ces difficultés qu'une agence de communication installée à l'Ester Technopole de Limoges, Iti Communication, a décidé de suivre l'idée d'un de ses stagiaires : développer un outil simple permettant d'adapter en un clic tous les sites web aux différents handicaps visuels, moteurs et cognitifs. Près de quatre années de R&D, un budget de 1,4 M€ et l'aide de 14.000 testeurs seniors et handicapés seront nécessaires pour mettre au point la solution dont le lancement commercial est décidé fin 2016. Quant au stagiaire, il a été promu directeur technique !

"Nous ne touchons pas au code du site internet mais nous posons une surcouche visuelle indépendante programmée par un algorithme breveté au niveau mondial et déployable en cinq jours sur n'importe quel site. Chaque utilisateur crée, en fonction de ses propres contraintes, son profil qui sera détecté sur tous les sites ayant adopté notre solution", détaille Frédéric Sudraud, le directeur général d'Iti Communication depuis 2001 et de sa filiale Facil'iti, officiellement créée en janvier 2018 pour commercialiser l'outil sur un modèle exclusivement BtoB.

Plus d'1 M€ de CA en France en 2018

L'utilisation est en effet gratuite du point de vue de l'utilisateur mais facturée à l'éditeur du site à 350 € par mois sur un abonnement de 36 mois jusqu'à 50.000 connexions par jour. Plus de 200 sites internet, majoritairement français, l'ont déjà adopté dont beaucoup d'associations de personnes handicapées mais aussi les mairies de Limoges et Toulouse, l'université de Limoges, l'office de tourisme de Paris et des acteurs de la banque, de l'assurance et de la grande distribution. Le marché potentiel reste donc énorme et devrait être très porteur à l'avenir selon Frédéric Sudraud :

"D'une part, il y a une prise de conscience sur la nécessité de faciliter l'accès à internet pour les gens qui nous entourent, nos parents et grand-parents, pour qu'ils puissent utiliser les services publics, bancaires et d'e-commerce. D'autre part, il y a un impact croissant sur l'image et le business des entreprises puisque la population senior ne fera qu'augmenter dans les années qui viennent."

Malgré un investissement de 500.000 € en 2017, financé par Iti Communication, Facil'iti a déjà réussi à dégager un chiffre d'affaires du même montant l'an dernier et n'hésite plus à voir grand. La startup s'attend à doubler son chiffres d'affaires en France pour dépasser le million d'euros en 2018 et détient d'ores et déjà des devis d'un montant supérieur au million de dollars aux Etats-Unis.

Etats-Unis et Japon : deux marchés prioritaires

Encore faut-il réussir à les transformer car pour accéder au marché américain les négociations sont longues et les formalités complexes et protectionnistes. Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle : "Les normes légales sur l'inclusivité et l'accessibilité numérique sont très présentes aux Etats-Unis avec, pour les organismes publics, des risques de procès et de condamnations financières très importantes", analyse Frédéric Sudraud qui a déjà convaincu la ville de New York, à l'issue de 15 mois de discussions, d'équiper certains de ses sites préalablement à un déploiement plus global. Chicago figure aussi au tableau de chasse du PDG qui est également en discussion avec la ville de Washington où il a rencontré, fin mars, la Commissaire fédérale à la communication (FCC), Mignon Clyburn. qui pilote l'accessibilité de l'ensemble des médias fédéraux. "Elle a été très impressionnée et nous a demandé de structurer une filiale aux Etats-Unis pour pouvoir avancer. Une nouvelle rencontre avec ses équipes techniques est déjà prévue en juin", s'enthousiasme le PDG, tout juste de retour en France.

C'est au Consumer electronics show (CES) de Las Vegas que l'équipe de Facil'iti est allée glaner ces précieux contacts américains. Frédéric Sudraud est même en passe de convaincre l'organisation du CES d'adopter Facil'iti pour le site web du plus grand salon technologique mondial, possiblement dès 2019. De quoi offrir une exposition sans équivalent.

Le Japon est l'autre marché prioritaire ciblé par Frédéric Sudraud qui s'envolera dans quelques jours pour y recruter une équipe de 4 personnes : "Il y a des places à prendre sur ce marché très mature où les seniors sont nombreux et les exigences d'accessibilité omniprésentes. D'autant que l'enjeu de l'inclusivité numérique y est renforcé par l'imminence de la Coupe du monde de rugby 2019 puis des Jeux olympiques de Tokyo 2020."

Lever jusqu'à 10 M€

Constitué d'une dizaine de salariés aujourd'hui, la jeune pousse devrait doubler de taille courant 2019 et atteindre la quarantaine de collaborateurs d'ici à fin 2020. Si les profils commerciaux sont privilégiés à l'international, des jeunes profils à vocation technologique (Bac +2/+3 en programmation informatique) sont recherchés à Limoges.

Cette montée en puissance potentiellement très rapide nécessitera une levée de fonds fin 2018 ou début 2019 dont le montant devrait être au minimum de 2 à 3 M€ et grimper dans le meilleur des cas autour de 10 M€, comme l'explique le PDG :

"Si le développement à l'export se déroule aussi bien et aussi vite que nous l'espérons, nous viserons plutôt une levée de fonds à 8 chiffres pour assurer le suivi commercial et la R&D. Si ce n'est pas le cas, nous viserons plutôt 7 chiffres. Mais, quoi qu'il arrive, nous avons pu nous appuyer dans un premier temps sur Iti Communication et, désormais, nous gagnons de l'argent. Il n'y a donc pas d'urgence à lever de fonds ce qui nous offre le confort de choisir avec qui nous travaillerons. Les fonds locaux, et notamment ceux portés par la Région, sont par exemple des partenaires intéressants."

A propos de partenaires, Facil'iti reconnaît avoir du mal à convaincre les collectivités locales françaises de franchir le pas et d'adopter sa solution. Un comble pour une startup qui compte New York et Chicago dans son portefeuille client. Frédéric Sudraud y voit un certain biais culturel : "Aux Etats-Unis, il y a une volonté très forte d'être premier, quitte à prendre des risques. En France, on aime être pionnier mais pas être le premier donc il y a une certaine frilosité. On attend que les autres expérimentent à notre place pour ne pas avoir à essuyer les plâtres." Mais les choses pourraient évoluer dans le bon sens puisqu'un rendez-vous avec les équipes de Virginie Calmels, vice-président de Bordeaux Métropole, s'est tenu début avril pour parler de Facil'iti. Affaire à suivre.

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