VeraCash va vers une levée de fonds par ICO de 10 M€

 |   |  1314  mots
Jean-François Faure, PDG de VeraCash et d'Aucoffre.com
Jean-François Faure, PDG de VeraCash et d'Aucoffre.com (Crédits : DR)
PDG d'AuCoffre.com et de sa filiale VeraCash, le Bordelais Jean-François Faure prépare une ICO, méthode de levée de fonds basée sur l'émission d'actifs numériques, les tokens, qui pourrait lui permettre de collecter a minima 10 millions d'euros. Un projet à la croisée des univers de l'or, des cryptomonnaies et de la blockchain.

Depuis 10 ans, Jean-François Faure trace son sillon dans les monnaies dites "complémentaires" . Le Bordelais a d'abord fondé AuCoffre.com, basée sur son expérience personnelle : "Je voulais acheter de l'or, explique-t-il. Mais en France, ça se passait comme dans les années 70, dans des boutiques poussiéreuses, alors qu'il existait pas mal de bonnes plateformes étrangères." Foin de lingots, la France est une terre de piécettes : Aucoffre.com nait ainsi à Bordeaux en proposant aux internautes d'acheter des pièces d'or numérotées. La société se fournit sur le marché professionnel mais en fait surtout fabriquer 80 %. Le sujet est totalement délaissé par les banques traditionnelles : "Elles sont sur des modèles de guichet ouvert. La vente de pièces leur demanderait d'aller vers d'autres métiers, les envois postaux, les centres logistiques et leur gestion..."

Autofinancée depuis ses débuts en 2007, Aucoffre.com comptabilise aujourd'hui 30.000 utilisateurs, pour un panier moyen équivalent à 12.000 € placés en pièces d'or. Ces dernières sont précieusement stockées pour 80 % d'entre elles au Port franc de Genève.

"Si une telle infrastructure existait en France, la question ne se poserait pas pour nous, précise Jean-François Faure. Mais si le Port franc de Genève était un musée, ce serait le plus richement doté de la planète avec l'équivalent de 200 milliards d'euros d'œuvres d'art qui y sont stockées, avec les dispositifs de protection qui vont avec. Nous y avons déployé notre propre système de sécurité en plus de celui du Port franc."

Les 20 % restant sont répartis entre la France et la Belgique. Depuis, Jean-François Faure a lancé la Vera Valor, sa propre pièce d'or sécurisée, et frappe des pièces en co-branding avec des Etats tels que la Tanzanie, Gibraltar ou le Tchad . L'entrepreneur bordelais conseille aux acquéreurs sur Aucoffre.com "de ne pas dépasser 5 à 20 % de leur patrimoine placés dans de l'or. Au-delà, c'est de la spéculation. Les métaux présentent l'intérêt d'être contre-cycliques. Lorsque l'immobilier baisse, le cours de l'or monte. Et la valeur de l'or est globalement stable depuis 5000  ans. En cas de retournement de cycle, c'est une bonne assurance incendie du reste de son patrimoine." Jean-François Faure la conçoit d'ailleurs comme "une monnaie open source" que pourrait se réapproprier le grand public, sans intervention des Etats et de leurs politiques monétaires.

60 M€ de CA en 2017

Fin 2012, Jean-François Faure a donné naissance à la VeraCarte, devenue VeraCash depuis, une carte non-bancaire de paiement adossée... à de l'or, toujours, et de l'argent, destinée à rendre le tout plus liquide. "La génération de richesse vient de la circulation, il n'y a pas de valeur intrinsèque sans elle, postule Jean-François Faure. Une monnaie qui ne circule pas tombe." Pour pousser les utilisateurs à se montrer actifs, VeraCash a mis en place un système dit d' "oxydation". Après avoir réglé les frais d'entrée, le détenteur de la carte de paiement qui l'utilise pourra réaliser ses opérations de transaction gratuitement. Celui qui laisse dormir son or au-delà du seuil de 6 mois sans y toucher se verra pénalisé, à hauteur de 0,02  % de sa valeur tous les jours. La carotte et le bâton, en somme...

Filiale à 95 % d'Aucoffre.com (les 5 % restants étant liés à une précédente opération de financement participatif), VeraCash totalise maintenant 14.000 utilisateurs, détenteurs de 50  M€ d'actifs en 2017 , et a enregistré l'an passé 1 M€ d'échange entre ces utilisateurs. Consolidé, l'ensemble emploie 30 personnes et a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros.

Blockchain et tokens

Jean-François Faure veut maintenant plus loin. Première idée, le lancement d'un processus blockchain "via des boîtiers installés derrières les box Internet de nos utilisateurs, chacun embarquant un « nœud » de la blockchain. Cette couche de sécurisation a été doublée de la création d'une association d'utilisateurs  qui sera garante de l'intégralité de la blockchain, ce qui veut dire que même si nous faisions un jour faillite, le système perdurera." La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d'informations sans organe de contrôle et est régulièrement comparée à un livre de comptes numérique et inviolable (voir ici la définition complète de la blockchain).

A plus court terme, VeraCash prépare une ICO (initial coin offering) qui va être rendue publique dans les prochains jours et qui doit notamment servir à financer son développement mondial. "Nous espérons avoir, d'ici l'été, tous les éléments pour être les premiers à présenter un « security token » et à réaliser l'opération en France", poursuit Jean-François Faure. L'ICO est une méthode de levée de fonds basée sur l'émission d'actifs numériques, les tokens, aussi appelés jetons. Ces tokens peuvent être achetés lors de la phase d'ICO lancée par une entreprise par exemple, grâce à des cryptomonnaies, puis échangés de pair à pair sans intervention d'un tiers. Ils ne donnent pas accès à des parts du capital de l'entreprise émettrice : leur fonction initiale est de donner accès à un service ou à un produit ou de servir à les acheter (plus d'informations ici). Le flou juridique règne encore sur les ICO, ce qui en fait un mode de financement encore considéré comme risqué voire sulfureux.

Vers une levée de 10 millions d'euros au minimum

Dans les faits, Jean-François Faure espère lever, lorsque VeraCash émettra ses tokens via la blockchain Ethereum, "au moins 10 millions d'euros". Les détenteurs de ces fameux tokens pourront avoir un accès privilégié aux différents services de VeraCash : acheter de l'or et de l'argent moins cher, les payer avec des cryptomonnaies, etc . Les tokens permettront aussi à leurs possesseurs de percevoir des bonifications si la communauté d'utilisateurs devient de plus en plus grande et dynamique. Ils auront donc tout intérêt à en devenir de fervents ambassadeurs.

L'entrepreneur bordelais n'envisage pas de créer sa propre cryptomonnaie par l'entremise de VeraCash mais comme un système qui aura sa propre vie en-dehors de la plateforme  et donc aura sa propre valorisation, permettant de l'utiliser comme actif valable dans VeraCash. Jean-François Faure cible notamment les grandes entreprises qui auraient besoin de créer leurs monnaies internes, par exemple les groupes qui ont des acheteurs et des vendeurs dans différents pays en leur sein ou des équipages en itinérance comme les compagnies aériennes : "En interne, ou en créant leurs propres communautés d'entreprises utilisatrices, elles pourraient s'épargner des dizaines de millions d'euros de frais de change, de commissions. Ça ne coûterait rien de les échanger."

On rejoint là une des passions des Jean-François Faure : les monnaies employées par les communautés, locales ou non. Lui se dit "plutôt anti-bitcoin, trop spéculative, déflationniste et hyperpolluante" (lors du minage, l'émission informatique des bitcoins nécessitant une quantité énorme d'énergie, NDLR) mais "pas anti-cryptomonnaies. Une cryptomonnaie est intéressante comme monnaie quand justement, on ne compare pas sa valeur à une monnaie traditionnelle. L'inverse voudrait dire que ce ne serait qu'un actif spéculatif et que la seule monnaie qui compte serait in fine la traditionnelle. Je pense que le bitcoin sera sans doute  vu dans 10 ans comme le dinosaure par qui tout est arrivé." Avec ou sans régulation des gendarmes financiers, alors que la tendance est à l'encadrement des ICO ? "Ces acteurs ont compris que ce n'était pas une mode mais une tendance lourde. Ils ont le droit d'être exigeants." Jean-François Faure croit en tout cas "aux logiques communautaire et aux monnaies complémentaires. C'est tout l'intérêt de l'eusko au Pays basque par exemple."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/03/2018 à 16:54 :
On parle ici de security token mais ce serait plutôt un "utility token" non ? Le token ici ne donnant pas accès à des parts dans la société mais plutôt à un service.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :