Pourquoi Kumbu mise sur le marché émergent des souvenirs numériques

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L'extension de navigateur Kumbu permet de sauvegarder d'un clic ses souvenirs numériques dans un espace virtuel sécurisé.
L'extension de navigateur Kumbu permet de sauvegarder d'un clic ses souvenirs numériques dans un espace virtuel sécurisé. (Crédits : Kumbu)
Eclatée entre Bordeaux, Paris, Lyon et Montpellier, Kumbu est une jeune pousse résolument dématérialisée dont le business model vise paradoxalement la sécurisation, voire même la re-matérialisation, de nos vies numériques. Blogs, réseaux sociaux, articles, albums photos : cette startup vous propose de sauvegarder tous vos souvenirs numériques. Après 500.000 € en 2016, l'équipe de Kumbu espère lever jusqu'à 5 M€ cette année pour s'affirmer sur ce marché balbutiant qui reste à construire.

"Oui, c'est un pari risqué !", reconnaît d'emblée Ziad Wakim, le PDG de Kumbu, avant d'affirmer clairement ses ambitions : "On fait le pari générationnel que de plus en plus d'internautes souhaiteront sauvegarder leur vie numérique. On se lance sur un nouveau marché et on veut être le premier acteur et le plus gros !" Lancée fin 2016 en bêta fermée puis au printemps 2017 pour le grand public, Kumbu est une extension pour navigateur (*) qui permet en un seul clic d'enregistrer tout type de contenu numérique (texte, photo, vidéo, page internet, post d'un réseau social, etc...) dans un espace cloud sécurisé et personnalisable. Le service est entièrement gratuit.

Modèle freemium et re-matérialisation

L'équipe de six salariés - répartis entre Bordeaux, Paris, Lyon et Montpellier - vit pour l'instant grâce aux 500.000 € levés à l'été 2016 auprès de business angels. De quoi financer le prototypage du produit, le premier volet de prospection de clients et l'exploitation des retours du millier d'utilisateurs actifs actuellement. Une feuille de route qui tiendra jusqu'en novembre prochain. D'ici là, Kumbu doit donc bâtir un modèle économique suffisamment solide. Trois axes sont envisagés de manière complémentaire :

"Le premier, c'est la tarification directe avec un modèle freemium. On proposera de payer un espace de stockage supplémentaire et différents services associés avec un prix d'appel qu'on imagine autour de 24 €/an", détaille Ziad Wakim. Le deuxième, c'est la transformation de ces souvenirs en objets physiques ou digitaux haut-de-gamme que les utilisateurs sont prêts à valoriser. Cela pourrait être des livres-photos, de beaux objets ou des impressions 3D. Enfin, le troisième axe correspond à l'intégration de Kumbu directement dans des plateformes tiers moyennant rémunération."

Tous ces services seront proposés sans aucune publicité. "La philosophie même de Kumbu nous interdit d'utiliser les données de nos utilisateurs pour de la publicité ciblée. Les données sauvegardées chez nous sont cryptées, nous n'y avons pas accès et elles restent la propriété de chaque utilisateur", assure Arnaud Bressier, le directeur marketing, installé à l'espace Coolworking à Bordeaux. C'est ici que Kumbu envisage de développer son pôle marketing et communication dans les années qui viennent.

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Ziad Wakim, à gauche, est installé à Paris tandis qu'Arnaud Bressier, à droite, a choisi Bordeaux et les locaux de Coolworking, aux Quinconces (Crédits : Kumbu).

Concrètement, les données européennes sont stockées en France, chez OVH, tandis que pour le reste du monde, il s'agit de serveurs Amazon aux Etats-Unis. "Les données sont cryptées et sauvegardées en silos sur trois serveurs différents. Les utilisateurs peuvent les télécharger à tout moment", poursuit Arnaud Bressier qui met en avant un dispositif en tous points compatible avec le règlement européen sur la protection des données (RGPD). C'est d'ailleurs l'un des arguments commerciaux de Kumbu, selon le directeur marketing : "De nombreuses plateformes européennes ne sont pas préparées au RGPD et sont intéressées par nos services qui respectent toutes ces problématiques."

5 M€ en ligne de mire

L'équipe de Kumbu ambitionne de passer de 1.000 utilisateurs actifs en 2018 à 10.000 en 2019 puis 100.000 en 2020. "Cela peut paraître énorme mais plusieurs interlocuteurs, notamment nord-américains, estiment que l'on ne voit pas assez grand !", relativise Ziad Wakim. La startup vise un marché, certes émergent, mais mondial, condition de sa future rentabilité. Tout est développé en anglais depuis l'origine du projet dont les utilisateurs se répartissent à parts égales entre l'Europe, l'Amérique du Nord et le reste du monde.

Initiée en novembre dernier, une nouvelle levée de fonds est donc en cours avec l'objectif d'aboutir en juin prochain à un tour de table de 2 à 5 M€ :

"Nous discutons avec des fonds d'investissement européens et américains. On vise entre 2 et 5 M€ sachant que si la levée de capital se fait aux Etats-Unis, les montants seront plus élevés", précise le PDG de 39 ans. "C'est l'une des limites du système startup en France : il manque encore d'acteurs de capital-risque capables de soutenir des projets sur des montants aussi importants et de prendre des décisions aussi rapidement. Mais c'est en train de changer."

Ziad Wakim se montre ainsi plutôt confiant sur le succès de cette levée de fonds en termes de montant, qui permettra d'étendre plus rapidement le marché et de développer de nouvelle options, mais il s'interroge plutôt sur le profil du ou des futurs investisseurs. "Nous tenons particulièrement à trouver un investisseur qui soit en phase avec notre projet et nos valeurs s'agissant des données personnelles notamment. C'est probablement le critère qui sera déterminant pour nous", insiste-t-il. D'autant que Kumbu devra aussi démontrer la pertinence d'une entreprise lucrative sur un marché naissant où plusieurs acteurs se positionnent sur une logique d'open source gratuite et collaborative. Pour Ziad Wakim, c'est une certitude : "Il y a une place pour une société privée à condition qu'elle soit responsable et transparente !"

Deux défis de taille

Kumbu aura ensuite à surmonter deux difficultés de taille. Valider son modèle économique, d'une part, avec une rentabilité espérée à l'horizon 2021 ou 2022. Et trouver sa clientèle, d'autre part : "Nous sommes dans une situation particulière parce que nous ne nous battons pas contre des concurrents mais avec notre capacité à convaincre de l'utilité de notre service", observe Arnaud Bressier qui assure que Kumbu, contrairement à ce que l'on pourrait penser, vise avant tout les utilisateurs d'internet non technophiles. "La moitié de nos utilisateurs actifs ont plus de 50 ans et beaucoup n'avaient jamais installé une extension de navigateur. Tout notre service est pensé pour être le plus simple possible." Principal motif d'optimisme : la cible visée par Kumbu correspond environ à 80 % des internautes dans le monde. Il ne reste plus qu'à les convaincre.

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(*) L'extension est disponible sur Chrome et le sera en mars sur Firefox. Une application iOS et Android, actuellement en bêta fermée, doit être lancée fin mars.

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