Pourquoi la startup NFC-I a refusé 1 M€ d’augmentation de capital

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Nicolas Bournet et Serge Chaumette, cofondateurs de NFC-I
Nicolas Bournet et Serge Chaumette, cofondateurs de NFC-I (Crédits : Appa)
A la recherche de 500.000 euros, les cofondateurs de NFC-I ont finalement refusé de signer le contrat qui leur assurait une levée de fonds de 1 M€, quand ils se sont aperçus que ça n’allait pas. D’abord leur société valait plus cher que ce qu’avait prévu le dirigeant du fonds d’investissement, et puis surtout ils n’avaient aucune envie de vendre leur startup !

Incroyable mais vrai : la startup NFC-I (ex-NFC-Interactive), à Bordeaux, vient de dire non à une augmentation de capital de 1 M€. Rien d'irréfléchi pourtant dans la décision prise par Nicolas Bournet, ex-directeur administratif et financier de la chaîne de télévision bordelaise TV7, diplômé de l'IAE de Lyon et président de NFC-I, société qu'il a cofondée en 2014 avec Serge Chaumette, une pointure du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (Labri), où il est enseignant-chercheur. En 2016 les deux associés annoncent qu'ils veulent réaliser une levée de fonds de 500.000 euros pour financer leur développement, qui est en cours d'accélération.

"En 2016 NFC-I a réalisé un chiffre d'affaires de 290.000 euros pour un résultat net de près de 132.000 euros. En 2017 notre CA, qui sera bientôt déposé, a augmenté de +70 %, à 500.000 euros, et notre résultat net de +25 %, à 164.000 euros. L'an dernier nous avions présélectionné trois fonds d'investissement, puis nous en avons retenu un, il s'agissait de business angels parisiens. L'idée était d'ouvrir le capital pour financer notre croissance à l'international tout en préservant notre trésorerie", rembobine Nicolas Bournet.

"Votre société ne vaut pas 1 mais 3 M€!"

Impossible de réaliser une augmentation de capital sans avoir une idée de la valeur de l'entreprise. Ce qui serait quasi suicidaire pour l'investisseur comme pour l'entreprise.

"L'entreprise était dans une période charnière. Nous étions trop gros pour être vraiment petits et trop petits pour être gros : il était difficile d'évaluer où nous nous trouvions exactement pour calculer le montant d'une levée de fonds, quelque part entre 0,5 et 1 M€. Le premier fonds d'investissement qui nous a audité, raconte Nicolas Bournet, a conclu que notre entreprise valait 1 M€. Nous avons quand même décidé d'aller voir d'autres gestionnaires de fonds. Après examen, le second nous a dit "votre société ne vaut pas 1 mais 3 M€ !" s'amuse le président de NFC-I, qui ne cache pas avoir été stressé par la situation. "Ensuite, poursuit-il, ce dirigeant de fonds nous a dit que nous avions une situation financière saine, que nous n'étions pas pressés par le temps, que c'était à nous de choisir notre investisseur...".

Un conseil qui valait son pesant d'or. Car le premier contrat prévu pour la levée de fonds de 1 M€ contenait une clause couperet que ni Nicolas Bournet ni Serge Chaumette n'avaient vu.

"Dans cinq ans tu fermes"

"Je suis allé voir notre avocat avec ce gros contrat de douze pages, bourré de dispositions complexes. J'avais passé pas mal de temps sur ce document et je lui ai fait lire, pour être sûr. Après l'avoir parcouru l'avocat m'a dit : "C'est tout à fait correct mais tu as vu, dans cinq ans tu fermes". J'ai dit "quoi ?" et il m'a répondu en montrant un passage du bout du doigt : "Regarde, c'est écrit ici, dans cinq ans tu donnes mandat à une banque d'affaires pour céder la société". Incroyable. J'avais lu et relu le contrat dans tous les sens sans voir cette phrase, pas plus que mon associé" essaie de plaisanter Nicolas Bournet, qui a senti le vent du boulet.

Comme son nom ne l'indique pas pour les profanes, NFC-I a innové dans un domaine pointu appartenant au monde des objets connectés : la communication en champ proche (ou near field communication) interactive. L'avantage de cette technologie de communication sans contact, qui utilise de très hautes fréquences dont la portée n'excède pas dix centimètres, c'est qu'elle n'a pas besoin de réseau. Ce qui correspond parfaitement aux besoins en sécurité de la SNCF et des sociétés de chemins de fer.

Un enjeu de sécurité pour les chemins de fer

Les cabanes techniques éparpillées sur les réseaux ferrés, qui gèrent les flux électriques contrôlant l'ouverture et la fermeture des barrières des passages à niveaux ou la signalisation des chemins de fer, génèrent en effet des champs électromagnétiques qui empêchent toute communication par Internet.

Avec la technologie NFC les smartphones peuvent collecter des informations hors ligne et récupérer les données sur le fonctionnement des cabanes techniques. En 2015, un an après sa création, la société NFC-I a élargi ses compétences en proposant à ses clients d'intégrer leurs protocoles de communication, qu'il s'agisse de bluetooth ou de wifi par exemple, dans une même plateforme IoT (Internet des objets). Les utilisateurs peuvent ainsi créer leur propre réseau de communication Internet des objets, notamment en maintenance (communication de machines ou de contrôles de sécurité pour annoncer qu'une pièce va bientôt lâcher, ou qu'un système électrique a cessé de fonctionner, etc.).

Arrêter la disparition des tourets de la SNCF

"Nous travaillons sur un nouveau projet avec la SNCF qui concerne la gestion des tourets, ces grandes bobines de bois autour desquelles sont enroulés les câbles. La SNCF en perd ou s'en fait voler, d'où l'importance de les tracer. Et cette solution de traçage des tourets, nous allons la coconstruire avec le personnel. Pour que nos solutions fonctionnent nous devons connaître les contraintes auxquelles font face nos clients. Pour la SNCF nous suivons pendant des semaines les cheminots le long des rails, pour savoir quels gestes ils font au quotidien, de quelles informations ils ont besoin, quelles sont les difficultés de leur métier", décrypte Serge Chaumette.

Même si elle n'emploie que 10 salariés, NFC-I fait désormais partie des entreprises reconnues par la SNCF, ce qui représente une solide carte de visite, en France mais aussi à l'étranger. Carte de visite qui a sûrement aidé la startup bordelaise à convaincre Mesea (groupe Vinci), qui assure la maintenance de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Tours, de travailler avec elle. Comme annoncé il y a quelques mois, Nicolas Bournet confirme aussi que NFC-I va prendre pied cette année au Canada.

Lire aussi : La startup bordelaise NFC-Interactive prend le train pour Toronto

Contacts prometteurs avec le groupe canadien WSP

"La SNCF est un très grand acteur du rail y compris à l'international, en particulier avec sa filiale d'ingénierie Systra, qui intervient sur de nombreux projets à l'étranger. Quand nous disons que nous travaillons pour la SNCF, les portes s'ouvrent, y compris en Amérique du Nord. C'est ainsi que nous sommes entrés en contact avec le groupe WSP, dont l'activité en ingénierie et conseil va au-delà des rails. C'est ainsi que nous allons nous installer à Montréal et à Toronto" éclaire Nicolas Bournet.

WSP, basé à Montréal, est un grand groupe d'ingénierie et de conseil québécois qui joue un rôle majeur dans son secteur d'activité en Amérique du Nord. Il emploie 42.000 salariés dans 40 pays. D'autre part Toronto est la ville où Google va créer le quartier Google City, ce qui intéresse beaucoup les Bordelais, qui sont également en contact avec la société de chemins de fer allemande Deutsche Bahn, tout aussi intéressée que les autres opérateurs par les questions de sécurité.

Accident SNCF Brétigny-sur-Orge

L'éclisse défectueuse qui a provoqué la catastrophe de Brétigny-sur-Orge était connue mais l'information n'est pas remontée, un type d'erreur que NFC-I aide à résorber (photo Reuters)

En plus de fiabiliser à des niveaux jamais atteints la collecte et le traitement des informations ayant trait à la sécurité sur les voies ferrées, NFC-I, dont la devise est "Faire parler les données" développe aussi ses compétences en traitement du big data. L'extraction et le traitement d'informations de ces grandes masses de données générées par la communication des objets étant un nouvel enjeu stratégique, y compris pour la SNCF...

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Commentaires
a écrit le 06/02/2018 à 19:11 :
Euh mais non mais la valo au doigt mouillé....
Pas sûr que le QR code soit encore innovant
Bref un coup de com bof

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